Tome II
50 HISTOIRE EGGLÉSUSTIQUE
sont des témoignages de sa libéralité et de ses autres vertus. Au reste, ce qui nous fait croire qu'on doit marquer l'époque de sa mort en 1275, comme nous avons dit , ce sont deux chartes, Tune du mois de juin, et l'autre du mois d'août en l'an 1276, par lesquelles Guillaume de Yernon , seigneur de Néhou , chevalier, permet au chapitre de Coutances d'acheter vingt vergées de terre, et sept sous quatre deniers de rente, dans son fief , baronnie et ténement , en quelque lieu qu'elles soient de sa dépendance , et d'en jouir purement, simplement et franchement, et ce pour l'obit de Jean, de bonne mémoire, autrefois évèque de Coutances ^
L'autre est un édit du roi Philippe le Hardi, par lequel il mande au bailli de Gotentin qu'ayant su que feu d'excellente mémoire Louis, roi de France, son père et son seigneur, avait permis aux ecclésiastiques d'acquérir les dîmes possédées par des personnes laïques dans les terres et fiefs qui dépendaient immédiatement de lui, et de les posséder à perpétuité sans son consentement ni celui de ses successeurs, il n'ait à mettre aucune opposition à la jouissance de certaines
dimes que feu de bonne mémoire Jean de Coutances acheta de son vivant, et qu'il appliqua à des usages de piété *.
Cet acte, qui est extrait du 86* feuillet du deuxième volume des chartes du chapitre de Cou* tances^ est d'Orléans, le dimanche après l'octave de
• Gartulaire de Goatances^ n» 196.
• Gartulaire de Goataooes, tfi 190; eartukiire nannajaà, n^ STT*
l'assomption de la sainte Vierge; on le verra en son lieu.
L'épiscopat de Jean d'Essey et de quelques-uns de ses prédécesseurs fut honoré de la vie et des miracles d'un trè&-excéilent ecclésiastique ; je veux dire Thomas Hélie, prêtre. Il était d'une naissance médiocre, d'une petite paroisse nommée Biville , dans le doyenné de la Hague, proche de la mer. Sa vie humble et charitable, zélée pour la gloire de Dieu et le salut des hommes, a été regardée- comme modèle de celle d'im véritable ecclésiastique, et on lui attribue une infinité de miracles qu'on dit même encore continuer tous les jours à son tombeau. On a inséré sa vie dans le Recueil des saints martyrs. Pierre Hélie, religieux de l'Hôtel-Dieu de Coutances, a fait une longue histoire de sa vie, de ses emplois , de ses études, de ses voyages, de ses vertus et de ses miracles , qu'on espère qu'il donnera au pu* blic. M. du Saussey en fait une honorable mention dans son Martyrologe françtns^ et nous lisons ces termes dans le calendrier du Rituel de Rouen, imprimé en 1646*, sur le 20 octobre* : « Venerabilis Thomas a Helye, presbyter, sancti Ludovici régis eleemosyna- « rius, sanctitate insignis, in diœcesi Gonstantiensi « moritur anno Domini 1257 ». Sur quoi il est bon d'avertir ceux qui travaillent encore, que, n'ayant vécu que sept à huit ans sous l'épiscopat de Jean d'Essey, on doit prendre garde à ne pas lui attribuer plus de faits qu'il ne lui en peut convenir.
* £n 1640, par Jean Le Prévost.
• Lises le 19.
Nous avons la vie de ce bon prêtre écrite par deux auteurs différents : le premier est un nommé Allain, lequel, par une espèce d'épître adressée au curé de Biville, nommé Clément, lui raconte les saintes actions du bienheureux Thomas, en quoi j'estime qu'il est à remarquer qu'il n'est point dit qu'il était aumônier de saint Louis, ni curé de Saint-Maurice ; le second écrivain exprime son nom par ce distique :
Nomen Baptists, ^ .
Cognomen hominis iste Gessit^ qui dudum Vestiyit frigore nudum.
Ce que je crois signifier Jean-Baptiste de Saint- Martin. Quoi qu'il en soit, il écrit en vers ou rimes françaises. Les curieux de savoir le langage et les riches expressions de ce siècle pourront se satisfaire; nous les insérerons en notre recueil.
Je dirai cependant que le bruit des grands miracles qu'il avait faits pendant sa vie et qui se continuaient à son tombeau étant parvenu jusqu'à Rome, commission fut adressée à notre évèque Jean d'Essey pour en informer, lequel ayant pris pour adjoint Raoul des Jardins, garde des Jacobins de Coutances, ils employèrent dix ans à cette information, depuis 1261 jusqu'à 1272, auquel il l'envoya au pape pour être sur icelle procédé à la canonisation de ce bon prêtre. A Rome, on trouva quelque défaut à la qualité des solliciteurs envoyés pour cela, lesquels n'étaient que deux simples prêtres de la campagne, et l'on trouva
quelque manque de formalité en cette information ^ laquelle ayant été renvoyée à notre prélat Jean d'Essey, et lui étant mort peu de temps après, la chose est demeurée là.
« Voir la ^ie da B. Thomas^ par GLÉmirr, qae If. Léopold Delisle a éditée en 1860.