XXXVIII. Saint Mayeul, abbé de Clugny
Cependant Aimard , abbé de Clugny, ayant perdu la vue, prit pour coadjuteur Mayeul, né à Avignon vers l'an neuf cent six. Poucher, son père, étoit de la première noblesse, et si riche qu'il donna au monastère de Clugny vingt terres avec les églises qui en dépendoicnt , situées dans les diocèses de Ries, d'Apt, d'Aix et de Sisteron. Mayeul étoit encore jeune quand il perdit son père et sa mère ; et ses terres ayant été ravagées par les Barbares, il fut obligé de quitter son pays et d'aller en Bourgogne, où il se retira à Màcon (2). Ces Bar bares étoient les Sarrasins et les Hongrois; mais principalement les Sarrasins qui, de leur forteresse de Frassinet , faisoient des courses dans tous les pays voisins. Le jeune Mayeul fut reçu à Màcon par un seigneur de ses parents ; et , après quelque séjour , l'évêque nommé Bernon, connoissant son beau naturel, le mit entre ses chanoines, et lui recommandoit en secret de se conserver dans la pureté, comme il fit. Ayant appris qu'il y avoit à Lyon un docteur fameux, Antoine, abbé de l'Ile-Barbe, il alla étudier sous lui , et y profita beaucoup pour les mœurs aussi bien que pour la doctrine. Car Lyon étoit alors l'école la plus célèbre du pays, et on y étudioit sérieusement les arts libéraux et la philosophie.
Mayeul en étant revenu, fut promu partons les degrés , jusqu'au diaconat, par l'évêque de Màcon, qui le fit même archidiacre. Dans cette dignité, il fit paroitre principalement sa charité envers les pauvres, s'appliquant aussi à instruire les clercs qui venoient le trouver de divers lieux. Sa réputation devint telle, que l'archevêché de Besançon venant à vaquer, il fut élu, par un commun consentement du
(1) Frod. Chr. et Hist.
IV, c, 30. Tom. 9, Conc. p.
(2) Fr. c. 37.
(1) Regin. Cont. Herm, Fred. Chr. UtJ.
(2) Elog. Saec. 5. Acta B, p. 322,762.Boll. U mai, l.
13, p. 657. Sup. u. 0.
prince, du clergé et du peuple ; mais il refusa constamment, et conçut même dès lors la pensée de quitter le monde. Comme le monastère de Clugny est dans le voisinage de Màcon, Mayeul y faisoit de fréquentes visites du temps de l'abbé Aimard , et y avoit souvent des entretiens spirituels avec les moines, qui, de leur côté , le souhaitoient pour confrère , comme un homme capable de les gouverner un jour. Celui qui contribua le plus à l'y attirer, fut Hildebrand , prévôt du monastère, qui refusa deux fois d'en être abbé. Enfin, vers l'an neuf cent quarante-trois , Mayeul embrassa la vie monastique dans cette sainte communauté.
Il ne s'y distingua que par ses vertus , surtout l'obéissance et Thumililé. L'abbé le fit bibliothécaire et apocrisiaire; la première charge lui donnoit l'intendance des études , et il s'enservoit pour détourner les moines de la lecture des portes profanes , même de Virgile. La fonction d'apocrisiaire comprenoit la garde du trésor de l'église et des ofl'randes, et le soin des affaires du dehors. Mayeul fut envoyé à Rome en cette qualité; et pendant ce voyage, étant à Yvrée, il guérit par l'oncction de l'huile sainte le moine Ileldric, qui l'accompagnoit II avoit été des premiers de la cour du roi d'Italie ; mais , attiré par la réputation de Mayeul, il quitta sa femme, ses biens , qui étoient grands, et sa charge, et vint se rendre moine à Clugny.
La sixième année depuis que Mayeul y fut entré , c'est-à-dire l'an neuf cent quarantehuit , l'abbé Aimard, se senlant vieux et aveugle , et craignant que ses infirmités ne fussent cause de quelque relâchement dans l'observance, le déclara abbé du consentement de toute la communauté. Et afin que Mayeul ne pût s'en excuser, il prit le conseil de quelques évéques et de quelques abbés. Nous avons l'acte authentique qu'il en fit dresser, où il déclare qu'il lui donne le gouvernement du monastère de Clugny, avec toutes les abbayes et les autres lieux qui en dépendent. Cet acte fut souscrit par Mainbolde, évêque de Màcon, et par deux autres èvêques , par deux abbès et par cent trente moines , soit de Clugny , soit des monastères voisins. Letolde, comte de Màcon et avoué ou protecteur de l'abbaye de Clugny, donna ses lettres d'approbation. Par cet acte , Aimard prenoit plutôt Mayeul pour coadjuteur que pour successeur ; car on trouve Aimard nommé comme abbé dans plusieurs chartes des années suivantes, jusqu'en neuf cent soixantequatre.