‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1014 sur 2407 · XLIII. Sainl Burnon, archevêque de Cologne · texte numérisé non relu

XLIII. Sainl Burnon, archevêque de Cologne

L'année suivante, neuf cent cinquante-trois, Brunon, frère du roi Othon , fut élu archevêque de Cologne , et devint un des grands ornements de l'église d'Allemagne. Dès l'âge de quatre ans, il fut envoyée Utrehtpour étudier sous la conduite de l'évêque Baudri (3). Après qu'il eut appris les premiers éléments de la grammaire , on lui fit lire le poète Prudence, qu'il goûta merveilleusement; ensuite il parcourut tous les auteurs de la littérature grecque et latine. Ni les richesses ni la foule de ceux qui l'environnoienl ne le détournèrent point de l'étude, et il aimoit tellement ses livres, qu'il ne souffroit point qu'on les gàtàt ou qu'on les maniât négligemment. Othon, son frère, étant devenu roi , le fit venir à sa cour, où il fut un modèle de doctrine et de vertu. Il renouvela l'étude des sept arts libéraux , il étudia les historiens , les orateurs , les poètes et les philosophes avec les hommes les plus savants, grecs et latins , leur servant quelquefois d'interprète; et le roi, son frère, èloit souvent témoin de leurs doctes entretiens. Israël , évêque écossois, qui éloit un de ses maîtres, en parloit comme d'un saint; les Grecs qu'il faisoit venir pour l'instruire l'admiroient , et rapportoient chez eux les merveilles de sa conduite.

Il étoit fort occupé à secourir les malheureux qui sans cesse recouroient à lui , sans toutefois le détourner de ses éludes. Il composoit , il dictoit , il cul ti voit l'élégance de la langue latine, et l'inspiroit aux autres, mais sans faste et avec une gravité polie. Il s'appliquoit, même après le repas , à la lecture et à la méditation , et ménageoit très-soigneusement les matinées. Il lisoit sérieusement jusqu'aux comédies, ne s'attachanl qu'au style et comptant pour rien la matière. Comme la cour du roi son frère étoil ambulante, il faisoit porter avec lui sa bibliothèque, et gardoit sa tranquillité au milieu de cette agitation, s' occupant même dans les marches. 11 étoit très-attentif aux divins offices (4) ; et voyant son frère Henri s'entretenir pendant la messe avec Conrad, duc de Lorraine, il prédit que leur amitié produiroit

(1) Sup. n. 16, c. 1, 11, (3) Vita ap. Sur. 11 oct.

i, 2, 3. 5, 6. p. 785. Mabill. Saec. 5, p.

(S) Conliu. Regin. ann. 33i. Viu c. 4.

de grands maux. Tout ce qu'il y avoit en ce temps-là d'évêques ou d'hommes pieux qui a voient quelque grand dessein pour la religion, regardoient Brunon comme leur appui , et ne croyoient pas leur autorité suffisante pour faire le bien sans le secours de la sienne.

Son premier gouvernement ecclésiastique fut la conduite de quelques monastères qu'il reçut

étantencorefortjeune(l).lls'enservilpouries réduire à l'observance régulière, partie de gré, partie de force, et pour les rétablir dans leurs anciens privilèges par l'autorité du roi son frère , ne se réservant rien du revenu pour lui ou pour les siens que ce que les supérieurs lui offrirent volontairement. Entre ces monastères étoit celui de Loresheim, que le roi Henri avoit refusé à un seigneur qui le demandoit à contre-temps ; car, dans la guerre que lui fit au commencement de son règne Gisebert, duc de Lorraine , soutenu par le roi de France, un comle très-puissant, et qui lui avoit amené de grandes troupes de ses vassaux, voyant le roi abandonné de plusieurs des siens, crut qu'en une telle occasion il ne lui pourroit rien refuser (2) ; il lui envoya donc demander l'abbaye de Loresheim, dont les grands revenus lui aidoroiont à entretenir ses troupes. Le roi dit qu'il lui feroit réponse de bouche; le comte accourut croyant avoir obtenu ce qu'il demandoil. Le roi lui dit, en présence de tout le monde : Les biens des monastères ne sont pas deslinés à entretenir des gens de guerre, et d'ailleurs votre demande est plutôt une menace qu'une prière, c'est pourquoi je ne vous accorderai jamais ni cette grâce ni aucune autre. Si vous voulez vous retirer avec ceux qui manquent à la fidélité qu'ils me doivent , retirez-vous au plus tôt. Le comte, chargé de confusion, se jeta aux pieds du roi, reconnoissant la grandeur de sa faute.

Vicfrid , archevêque de Cologne, étant mort en neuf cent cinquante-trois, le clergé, les nobles et tout le peuple s'accordèrent à désirer que Brunon lui succédât (3). Sa jeunesse étoit balancée par la maturité des mœurs, l'éclat de sa naissance par l'humilité et la douceur , sa science par la sagesse et la modestie , ses richesses par sa libéralité. Il fut donc élu tout d'une voix ; mais on craignoit que cette place ne parût au-dessous d'un si grand prince. L'élection se fit selon la coutume avant que le prédécesseur fût enterré , et on envoya au roi Othon quatre députés du clergé de la cathédrale et quatre laïques pour lui demander son consentement, qu'il accorda, et envoya aussitôt Brunon , son frère , à Cologne. Il y fut reçu avec une joie extrême, ordonné évêque et intronisé dans son siège. Le roi lui donna en môme temps le gouvernement du royaume de Lothaire (4). Les premiers soins de l'archevé-

(1) C.Q. (3) Chr.Frod.ViUc.il.

(1) Liitpr.lv,Hist.c.l5. (4) C. 12, 19.

que Brunon furent d'établir l'union entre toutes les communautés qui dépendoient de son siège, retrancher la superfluilé des habits et la diversité des usages, et faire célébrer l'office divin avec toute la décence possible.

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