XLIV. Rathier, cvêque de Liège
Cependant Févêché de Liège vint à vaquer, et l'archevêque Brunon le donna à Rathier, chassé de Vérone, dont il faut reprendre l'histoire. Hugues, roi d'Italie, son persécuteur, ayant été chassé en neuf cent quarantecinq , il fut délivré de prison , puis arrêté de nouveau par Bérenger, alors maître de l'Italie, à la poursuite de Manassès, archevêque de Milan (1). On le tint trois mois et demi en prison, puis on le mena à Vérone , où (Milon , qui y avoit été intrus à sa place et ordonné évêque, le reçut par artifice, pour exclure Manassès, craignant qu'il ne rappelât le roi Hugues. Milon feignoit de reconnoître Rathier pour légitime évêque do Vérone; mais, en effet , il lui donnoit tous les chagrins qu'il pouvoit, protégeant contre lui les clercs, les vassaux et les serfs de Féglise, en sorte que Rathier ne pouvoit ni tenir de synode, ni assister au chapitre, ni rien ordonner, ni seulement parler de rien corriger, et étoit si méprisé, qu'un jour, comme il faisoit une ordination , l'archidiacre et tout le clergé le laissèrent seul, et s'en allèrent dans une autre église. Enfin , l'archevêque Manassès ordonna évêque de Véronneun clerc de son diocèse d'Arles. Milon, qui étoil l'auteur de tous ces mauvais traitements, feignoit cependant si bien d'être le protecteur de Rathier que, dans le royaume de Lombardie , la plupart le regardoient comme son meilleur ami.
Rathier souffrit deux ans cette persécution, qui lui sembloit plus rude que celle du roi Hugues ; mais il craignoit d'abandonner sou troupeau comme un pasteur mercenaire. Enfin le roi Lothaire lui envoya dire qu'il sortît de la ville pour céder la place à Manassès, qui vouloit envahir le siège de Vérone , outre tant d'autres qu'il avoit déjà. Le roi ajoutoit : Je vous avertis en ami de vous retirer, plutôt que de vous exposer à être mutilé ou tué par la trahison de Milon, ou tout au moins arrêté et emmené où vous ne voudriez pas. Rathier quitta donc Vérone et se retira en Provence, chez un seigneur, nommé Rostaing, dont il instruisit le fils , et composa pour lui uue grammaire qu'il intitula Setvaaorsum : voulant dire qu'elle garantiroit les écoliers du fouet. Pour récompense de ce service, on donna à Rathier un évêché en Provence ; mais il le quitta pour retourner à Fabbaye de Lobes, vers l'an neuf cent quarante-un (2).
(1) Folcuin. c I. Sup. n. Rath. Epist. ad Jo. pap. 6. Mabill. Saic. 5, p. 479. (2) Folcuin. c. 20, 22.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An de J.-C. 953.
An de J.-C. 954. )