LIVRE CINQUANTE-CINQUIÈME
(I) G»I. V. 2, 1 Tim.iv, 3.
et du chagrin. L'expédient est facile ; que votre roi envoie au nôtre demander ce que je dois faire , j'obéirai ponctuellement.
La proposition fut acceptée , mais on avoit peine à trouver quelqu'un qui voulût entreprendre ce voyage, quoique Abdérame promît une grande récompense. Il y avoit à sa cour un chrétien nommé Récemond , savant dans les deux langues, le latin et l'arabe, du nombre de ceux qui écrivoient les plaintes ou les demandes de particuliers au roi et ses réponses ; car à cette cour tout se traitoit par écrit. Il s'offrit pour aller vers le roi Othon, et étant agréé, il vint trouver Jean, et s'informa des mœurs de ce prince et de la nation. Jean l'assura qu'il seroit très-bien reçu , et lui promit des lettres pour son abbé. En ce temps, il vaquoit un évêché en Espagne; Récemond le demanda pour récompense et l'obtint facilement , ainsi de laïque il devint tout d'un coup évéque.
En deux mois et demi , il arriva à l'abbaye de Gorze , où il fut reçu avec joie ; puis il alla à Metz et fut bien trafté par l'évêque Adalbéron , jusqu'à ce qu'il fût temps de le présenter au roi Othon , ce qui se fit à Francfort. On loua la fermeté de l'ambassadeur Jean, et on lui renvoya des lettres plus douces avec ordre de supprimer les premières , de conclure à quelque prix que ce fût un traité de paix et d'amitié avec Abdérame, pour arrêter les courses des Sarrasins, et de revenir au plus tôt Récemond étant arrivé à Cordoue avec un nouvel envoyé d'Othon nommé Dudon, ils demandèrent audience ; mais Abdérame dit qu'il vouloit auparavant la donner aux premiers ambassadeurs , et voir ce moine si opiniâtre. Ainsi, au bout d'environ trois ans, il fut résolu que Jean auroit audience.
On vouloit qu'il prît des habits magnifiques pour paroître devant le roi , suivant la coutume de la nation ; et comme il s'en défendoit , le roi, croyant que c'étoit par pauvreté, lui fit donner dix livres de monnoie. Jean les reçut avec action de grâces, à dessein de les donner aux pauvres ; mais il dit qu'il ne quitteroit point son habit monastique. Je reconnois en tout sa fermeté, dit le roi ; qu'il vienne s'il veut revêtu d'un sac , je ne l'en aimerai que mieux. Le jour de l'audience étant venu, les François furent conduits et reçus au palais avec grand appareil. Le roi, qui étoit seul dans sa chambre, assis sur un tapis précieux, donna à Jean sa main à baiser en dedans, qui étoit le plus grand honneur, puis il lui fit signe de s'asseoir sur un siège qui lui étoit préparé. Après quelque éclaircissement sur le long retardement de l'audienee , Jean donna les présents de son maître , et demanda aussitôt son congé. Abdérame en fut surpris , et dit qu'aprés une si longue attente il ne falloit pas se séparer si promplement. A une seconde audience , il lui parla beaucoup sur la puissance et les actions du roi Qthon : témoignant une
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An de J.-C. 050.
An de J.-C. 950. ]