‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1035 sur 2407 · VI. Concile de Rome · texte numérisé non relu

VI. Concile de Rome

Trois jours après , à la prière des évêques romains et du peuple , on tint un grand concile dans règlisede Saint-Pierre. L'empereur y assista avec environ quarante évêques. Angelfrid, patriarche d'Aquilèe, étant tombé malade à Rome, où il mourut quelque temps après, un diacre tenoit sa place (1). Valbert, archevêque de Milan, y étoit en personne, avec Pierre de Ravenne et Adaldalgue de Brème , qui avoit suivi l'empereur. Après ces trois archevêques étoient trois évêques allemands ; les autres étoient des diverses parties d'Italie. Il y avoit treize cardinaux prêtres, trois cardinaux diacres , plusieurs autres clercs officiers de l'église romaine; et quelques laïques des plus nobles, avec toute la milice des Romains. Quand on eut fait silence, l'empereur dit : Il seroit bien séant au pape Jean d'assister à un si vénérable concile : dites- non s donc pourquoi il l'a évité (2). Le concile répondit : Nous sommes surpris que vous nous demandiez ce que personne n'ignore pas, même aux Indes. Ses crimes sont si publics qu'il n'use d'aucun détour pour les cacher. L'empereur dit : Il faut proposer les accusations en particulier.

Alors Pierre, cardinal-prêtre, se leva , et dit qu'il l'avoit vu célébrer la messe sans communier. Jean, évéque deNarni, et Jean, cardinaldiacre , dirent qu'ils l'avoient vu ordonner un diacre dans une écurie et hors des temps solennels. Benoît, cardinal-diacre, lut une ac-

(1) To. U, Coûc p. 048. (2) Luitpr. VI, C 7.

cusation au nom de tous les prêtres et les diacres, portant que le pape Jean faisoit les ordinations des évêques pour de l'argent , et qu'il avoit ordonné pour évéque, à Todi, un enfant de dix ans. Ils dirent savoir certainement qu'il avoit abusé de la veuve de Rainier, d'Etiennette, concubine de son père, d'une autre veuve, nommée Anne, et de sa nièce; qu'il avoit fait du sacré palais un lieu de débauche; qu'il avoit été publiquement à la chasse ; qu'il avoit fait crever les yeux à Benoît, son père spirituel , qui étoit mort aussitôt ; qu'il avoit fait mourir Jean, cardinal-sous-diacre, après l'avoir fait eunuque; qu'ilavoitfaitfairedes incendies, etavoit paru l'épée au côté, portant le casque et la cuirasse. Tous, tant clercs que laïques, déclarèrent qu'il avoit bu du vin pour l'amour du diable ; qu'en jouant aux dés il avoit invoqué le secours de Jupiter, de Vénus et des autres faux dieux ; qu'il n'avoit dit ni matines ni les heures canoniales, et n'avoit point fait sur lui le signe de la croix.

Comme les Romains n'enlendoient pas la langue saxonne que parloit l'empereur , il fit dire à l'assemblée, par Luitprand, évéque de Crémone : H arrive souvent , et nous le savons par expérience, que ceux qui sont constitués en dignité sont calomniés par leurs envieux ; ce qui me rend suspecte cette accusation qui vient d'être lue par le diacre Benoît (1). C'est pourquoi je vous conjure , au nom de Dieu qu'on ne peut tromper, et de sa sainte mère , et parle corps de saint Pierre dans l'église duquel nous sommes , que l'on n'avance rien contre le papequ'il n'ait effectivement commis, qui n'ait été vu par des hommes très-dignes de foi. Les évêques , le clergé et le peuple de Rome dirent tous d'une voix : Si le pape Jean n'a pas commis ce que le diacre Benoît vient de lire, et encore plusieurs autres crimes et plus honteux , que saint Pierre ne nous délivre point de nos péchés , que nous soyons chargés d'anathème et mis à la gauche au dernier jour. Si vous ne nous croyez pas, croyez au moins votre armée, qui i'a vu il y a cinq jours l'épée au côté, portant le bouclier, le casque et la cuirasse. Il n'y avoit que le Tibre entre deux qui empêchât qu'il ne fût pris en cet équipage. L'empereur dit : 11 y en a autant de témoins que de soldats dans mon armée

On envoya au pape une lettre , au nom de l'empereur, en ces termes (2) : Etant venus à Rome pour le service de Dieu , comme nous demandions aux évêques et aux cardinaux la cause de votre absence , ils ont avancé contre vous des choses si honteuses qu'elles seroient indignes de gens de théâtre. Tous, tant clercs que laïques , vous ont accusé d'homicide , de parjure, de sacrilège, d'inceste avec vos parentes et avec deux sœurs , d'avoir bu du vin pour l'amour du diable, et d'avoir invoqué dans le jeu Jupiter , Vénus et les autres démons.

Nous vous prions donc instamment de venir vous justifier sur tous ces chefs. Si vous craignez l'insolence du peuple, nous vous promettons avec serment qu'il ne se fera rien que selon les canons. La date étoit du sixième de novembre. Le pape ayant lu cette lettre, répondit par écrit, s'adressant aux évêques (1) : Nous avons ouï dire que vous voulez faire un autre pape : si vous le faites, je vous excom* munie de la part du Dieu tout-puissant , en sorte que vous n'ayez le pouvoir d'ordonner personne , ni de célébrer la messe.

Cette réponse fut lue dans la seconde session du concile , tenue plus de quinze jours après la précédente , savoir le vingt-deuxième de novembre, où se trouvèrent Henri, archevêque de Trêves, et les évêques de Modène, de Tortone et de Plaisance qui n'avoit pas été à la première session. De leur avis on écrivit une seconde lettre au pape , portant en substance : Vous n'avez rien répondu de solide à notre première lettre, ni envoyé des députés, comme vous deviez pour dire vos raisons. Si vous venez au concile pour vous justifier, nous déférerons à votre autorité ; mais si vous refusez d'y venir sans avoir d'empêchement ni d'excuse légitime, nous mépriserons votre excommunication, et la retournerons contre vous-même. Judas avoit reçu avec les autres apôtres le pouvoir de lier et de délier, mais après son crime il ne put lier que lui-même. Si les évêques vouloient dire que le pape eût perdu par ses crimes le pouvoir des clefs , c'est une erreur manifeste. Adrien, cardinal-prêtre, et Benoît, cardinal-diacre, furent chargés de cette seconde citation, et étant arrivés au Tibre ils ne trouvèrent plus le pape Jean , qui s'en étoit allé dans la plaine , portant un carquois , et personne ne put leur dire où il étoit.

VU. Jean déposé. Léon VIII, pape.

Ils rapportèrent donc la lettre au concile assemblé pour la troisième fois. On devoit , selon les règles, envoyer une troisième citation ; mais peut-être la regarda-t-on comme une formalité inutile, ne sachant où l'adresser. Quoiqu'il en soit, l'empereur parla ainsi : Nous l'avons attendu pour proposer nos plaintes contre lui en sa présence. Mais comme nous sa vous certainementqu'ilne viendra point, nous vous prions de considérer sa perfidie. Etant opprimé par Bérenger et Adalbert, révoltés contre nous , il nous a envoyé des députés en Saxe, nous priant, pour l'amour de Dieu , de venir en Italie , et de le délivrer de leurs mains. Vous voyez ce que j'ai fait avec l'aide de Dieu. Cependant, oubliant la fidélité qu'il m'avoit jurée sur le corps de saint Pierre, il a fait venir à Rome le même Adalbert , il l'a soutenu contre moi , a fait des séditions, et

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HISTOIRE DU CHRISTIANISME

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à la vue de mes troupes il est devenu chef de guerre , et s'est revélu d'une cuirasse et d'un casque. Que le concile déclare ce qu'il ordonne.

Le concile dit : Il faut un remède extraordinaire pour un tel mal. Si , par ses mœurs corrompues , il ne nuisoit qu'à lui-même, on devroit le tolérer ; mais combien son exemple en a-t-il perverti d'autres ? Nous vous prions donc que ce monstre soit chassé de la sainte église romaine, et qu'on mette à sa place un homme qui nous donne bon exemple. Nous le voulons, dit l'empereur , et rien ne nous sera plus agréable que de pouvoir trouver un digne sujet pour mettre sur le saint-siége. Ils dirent tous d'une voix , et par trois fois : Nous choisissons pour

f)asteur le vénérable Léon , protoscriniaire de église romaine , homme d'un mérite éprouvé. L'empereur y consentit ; ils menèrent Léon au palais de Latran avec les cardinaux , selon la coutume ; il fut ordonné pape au mois de décembre, en un jour convenable dans l'église de Saint- Pierre , et ils lui jurèrent fldélité. C'est Léon YllI, qui tint le saint-siège un an et quatre mois(l). H étoit Romain, fils de Jean, protoscriniaire comme lui. 11 lit une ordination dans le même mois de décembre neuf cent soixante- trois , où il ordonna sept prêtres et deux diacres. Au reste , nous n'avons pas les actes du concile où il fut élu , mais seulement le récit qui s'en trouve à la fln de l'histoire de Luitprand.

VIU. Mort de Romain. Nicéphore. Phocas, empereur.

En Orient, l'empereur Romain le jeune mourut le quinzième de mars , la même année neuf cent soixante-trois , du monde six mille quatre cent soixante-onze , indiction sixième , ayant régné trois ans et quatre mois , pendant lesquels il ne songea qu'à s(3n plaisir , et se laissa gouverner. Il reprit à son service un clerc eunuque, nommé Jean, que l'empereur Constantin, son père, avoit chassé pour quelques actions honteuses , et qui avoit pris l'habit monastique ; mais Romain lui ût reprendre T habit clérical (2). Le patriarche Polyeucte le trouva mauvais, et pressa l'empereur de le chasser de son service comme un moine apostat ; mais il soutint qu'il avoit seulement feint d'embrasser la vie monastique par la crainte de l'empereur Constantin, sans avoir reçu la bénédiction d'aucun prêtre. 11 trompa ainsi le patriarche , et vécut en séculier jusqu'à la mort de Romain, après laquelle il reprit l'habit monastique sans changer de mœurs.

Romain, à la suggestion de sa femme, chassa du palais l'impératrice Hélène, sa mère et ses sœurs, qu'il sépara d'elle, et les fit raser comme religieuses. Hélène en mourut de déplaisir : mais sitôt que Romain fut mort , ses sœurs

(1) YiU Joan. xii, ap.Papebr. (2)Gedr.p.0f5,0i2,0«. J (i) p. 6*5, 648, D.

quittèrent l'habit monastique et mangèrent de la chair, comme n'étant point religieuses. 11 mourut à l'âge de vingt-quatre ans, ou du poison , ou pour s'être éouisé par les plaisirs infâmes ;et laissa deux iils , B<isile et Constantin, qui ne régnèrent pas sitôt , à cause de leur bas âge. On reconnut empereur Nicéphore Phocas, grand capitaine, qui avoit remporté des avantages considérables sur les Sarrasins. H fut couronné dans la grande église de Constantinople par le patriarche Polyeucte , le dimanche seizième d'août de la même année neuf cent soixante-trois, indiction sixième (1). Le vingtième de septembre suivant il épousa Théophanie, veuve de Romain, qu'il avoit feint d'éloigner ; et recommença à manger de la chair dont il s étoit abstenu depuis la mort de Bardas, son fils du premier lit , qu'il avoit perdu par un accident funeste. La célébration de son second mariage se fit dans léglise neuve du palais ; mais comme il vouloit entrer dans le sanctuaire, le patriarche Polyeucte le prit par la main , et le retint près du balustre , disant qu'il ne lui permettoit point de passer outre qu'il n'eût reçu la pénitence des secondes noces. Cette opposition fit de la p<Mne à Nicéphore, et il en voulut du mal au patriarche toute sa vie. D'ailleurs on publia que Nicéphore avoit levé des fonts un des enfants de Théophanie ; et , sur ce bruit, Polyeucte voulut lobliger à quitter sa femme , ou à ne point entrer dans l'église. Nicéphore prit ce dernier parti , tant il étoit attaché à Théophanie. Il assembla lesévêques qui se trouvèrent à Constantinople, et des sénateurs choisis pour examiner 1 Hiïaire. Ils dirent tous que c'étoit une loi de Copronyme qu'il ne falloit point observer , et donnèrent à Nicéphore des lettrées d'absolution. Comme Polyeucte taisoit encore difliculté de communiquer avec l'empereur, lecèsar Bardas, père de l'empereur , assura qu il n'avoit été parrain d'aucun des enfants de l'impératrice, et Stylien, protopape du palais , c'est-à-dire premier prêtre, que l'on disoilavoir été 1 auteur de ce bruit , jura qu'il n'avoit ni vu ni ouï dire que Bardas ou Nicéphore eussent été parrains. Alors Polyeucte, quoiqu'il sût bien que Stylien avoit fait un faux serment , n insista plus sur celte affinité spirituelle. On ne voit point pourquoi ces évêques altribuoient à une loi de Copronyme , ce qui étoit de lancicone disciphne de l'Eglise.

IX Jean XII dépose LéoD.

L'empereur Othon célébra à Rome la fête de Noël neuf cent soixante-trois, et comme il avoit envoyé la plus grande partie d(î ses troup(*s pour n'être pas à charge aux Romains , ils conjurèrent de nouveau contre lui , à la suscitation du pape Jean , et voulurent même le faire

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