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LIVRE CINQUANTE-SIXIÈME

Ahde J.-C. 90i. ]

mourir (1). Mais ayant découvert leur dessein, il les prévint, et en fit tuer un grand nombre, le troisième de janvier neuf cent soixante-quatre. Ils lui jurèrent encore fidélité; mais huit jours après , il sortit pour aller à Spolète, et leur rendit leurs otages à la prière du pape Léon. Alors ils firent rentrer le pape Jean : Léon se sauva à peine auprès de l'empereur , et Jean fit couper la main droite à Jean cardinal-diacre i la langue , le nez et deux doigts à Azcm , protoscriniaire.

Incontinent après son retour, et le vingtsixième de février neuf cent soixante-quatre, indiction septième, il tint un concile dans l'église de Saint-Pierre avec seize évêques, tous d'Italie et des terres de l'Eglise, et douze prêtres-cardinaux (2). Les uns et les autres a voient assisté pour la plupart au concile où il fut déposé trois mois auparavant. En celui-ci le pape ouvrit la première session , en disant : Vous savez, mes rhcrs frères, que j'ai été chassé de mon «iége pendant deux mois , par la violence de l'empereur. C'est pourquoi je vous demande si, selon les règles, on peut appeler concile celui qui a été tenu dans mon église en mon absence , le quatrième décembre, par l'empereur Othon , avec ses archevêques et ses évêques? Le concile répondit -. (Vest une prostitution en faveur de Léon l'adultère et l'usurpateur. Nous devons donc les condamner, dit le pape. Nous le devons, dit le concile, par l'autorité des pères. Le pape le condamna, puis il dit : Les évêques ordonnés par nous ont-ils pu faire une ordination dans notre palais patriarcal? Non , répondit le concile. U^ pape reprit : Que jugez-vous de Sicon, que nous avons sacré évêqueily a long-temps, et qui dans notre palais a ordonné Léon, officier de cour, néophyte et parjure envers nous , le faisant portier, lecteur, acolyte, sous-diacre et diacre, tout d'un coup prêtre; enfin il a osé le consacrer dans notre siège apostolique , sans aucune épreuve, contre toutes les ordonnances de* pères. Le concile dit : Il faut déposer et l'ordinateur et celui qu'il a ordonne. Le pape dit : On ne sait où il est caché. Qu'on le cherche soigneusement, dit le concile, jusqu'à la troisième séance; si on ne le trouve pas qu'il soit condamné selon les canons.

Le pape ajouta : Que jugez- vous donc de ces deux évêques que nous avons ordonnes , Benoît de Porto et Grégoire d'Albane, qui ont prononcé les oraisons sur l'usurpateur? U» concile répondit : Qu'ils soient punis de même; cependant nous les laissons à votre discrétion , jusqu'à la troisième séance. Qu'ordonnez-vous donc, dit le pape, touchant l'usurpateur de notre siège? Le concile dit : Qu'il soit absolument condamné, afin que désormais aucun des officiers de cour, des néophytes, des juges ou des pénitents publics , ne soit assez hardi

pour aspirer au degré suprême de l'Eglise. Alors le pape Jean prononça la sentence contre Léon , le déclarant déposé de tout honneur sacerdotal et de toute fonction cléricale, avec menace d'anathème perpétuel , s'il continuoit d'en faire aucune, ou s'efforçoil de rentrer dans le saint-siége, et pareille menace contre ceux qui lui donneroient aide ou conseil. Le pape ajouta : Que jugez-vous de ceux qu'il a ordonnés? Le concile répondit : Qu'ils soient déposés. Alors le pape ordonna qu'ils entrassent dans le concile , revêtus de chasubles et d'éloles , et fit écrire par chacun d'eux dans un papier : Mon père n'avoit rien à lui, et ne m'a rien donné. Ainsi il les remit au rang qu'ils tenoient auparavant.

A la seconde session du concile tenue le lendemain, le pape dit que l'on avoit cherché avec soin l'évêque Sicon sans le trouver, et le concile ordonna que sa condamnation seroit différée jusqu'à la troisième session. Alors le pape appela deux évêques qui avoient ordonné Léon, savoir, Benoît de Porto et Grégoire d'Albane , et leur fit lire à chacun dans un papier : Moi , tel du vivant de mon père, j'ai consacré à sa place Léon , officier de cour, néophyte et parjure contre les ordonnances des pères. Puis leur jugement fut remis à la troisième session. Le pape ajouta : Que jugezvous de ceux qui ont prêté de l'argent au néophyte , pour acheter la grâce de Dieu, qui ne se peut vendre? Le concile dit : Si c'est un évêque , un prêtre ou un diacre , qu'il perde son rang; si c'est un moine ou un laïque, qu'il soit anathématisé. Quant aux abbés dé-

(1) Supl. Regin. Luitpr. (2) ïo. 0, Conc. p. 653. VI, C. !!•

que jamais

n'ôlera le rang à son supérieur, sous peine d'excommunication ; et que les moines , sous la même peine, demeurent dans les lieux où ils ont renoncé au siècle. Le concile l'ordonna. A la troisième session, le pape prononça par contumace sentence de déposition contre Sicon, évêque d'Ostie, un des ordonnateurs de Léon , sans espérance de restitution, et remit en leur premier rang ceux que Léon avoit ordonnés, comme n'ayant rien reçu de lui , alléguant l'exemple du pape Etienne III , contre ceux qui avoient été ordonnés par Constantin. Enfin on défendit à aucun laïque de se tenir, pendant la messe , autour de l'autel ou dans le sanctuaire. Tel est le concile , dont la procédure semble encore moins régubère que celle du précédent (1), puisque Léon absent y est condamné dès la première session, sans avoir été cité une seule fois , sans qu il paroisse contre lui d'accusateurs ni de témoins. Il est toutefois remarquable que ce concile , comme tous les autres, allègue souvent les canons et l'autorité des pères.

(1) Sup. 1. xuu, n. 58.

HISTOIRE DL CHRISTIAJNISME.

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