XI. Jean XÎII, pape
Le pape Léon VIII étoit mort dès le commencement du mois d'avril, après un an et qualremois de pontificat (1). Alors les Romains envoyèrent à l'empereur Othon Azon , protosçriniaire, et Marin, évêque de Sutri, qui le vinrent trouver en Saxe, pour ordonner pape celui qu'il voudroit. L empereur les reçut honorablement, et renvoya avec eux'Oger, evêque de Spire, et Linzon, évêque de Crémone, qui, étant arrivés à Rome, on élut d un commun consentement Jean , évêque de Narni , et on l'intronisa dans le saint-siége, quil tint près de sept ans, sous le nom de Jean XIII. Il étoit Romain et fils d'un évcViue nommé aussi Jean ; mais dès le commencement de son pontificat, il traita les premiers de Rome avec tant de hauteur, qu'il s'attira leur inimitié. Rofréde, comte de Campanie, et le préfet Pierre , aidés des chefs du peuple ,
I arrêtèrent et l'enfermèrent au château Saint- Ange; puis ils l'envoyèrent en Campanie, où
II demeura onze mois (2).
XII, Fin de saint Brunon, archevêque de Cologne.
Quand le roi Othon passa en Italie, il laissa, comme J'ai dit, l'Allemagne et le jeune Olhon, son fils, sous la conduite de son Irère Brunon , archevêqiie de Cologne et duc de Lorraine , c'est-à-dire , gouverneur du royaume delx)lhaire(3). Mais les occupations temporelles n'emp(^chèrent jamais Brunon de s'appliquer aux exercices de religion, et à la lecture qu'il aimoit passionnément, et y excitoit tous ceux qui èloient auprès de lui ; en sorte qu il avoit moins de confiance en ceux qui Il avoient point d'affeclion pour l'élude. Il iiaissoit le luxe et les divertissements dont les grands s'occupent, et s'il y donnoit quelque peu par complaisance, il lui en coûtoit ensuite beaucoup de larmes. Dégoûté de la vie présente et de tout ce qu'elle a de plus flatteur, il n'aspiroit qu'au bonheur de la vie future , pour laquelle on l'entendoit souvent soupirer dans son lit. Souvent il ne mangeoit point dans les repas, où il paroissoit plus gai que les autres. Au milieu de ses officiers et de ses vassaux ornés de pourpre et d'or, il portoit un habit simple et des fourrures communes, et il se baignoit rarement, quoique accoutumé dès le berceau à la propreté et à la délicatesse convenable à sa naissance.
Il eut grand soin de chercher des reliques pour en enrichir son diocèse ; il bâtit ou répara grand nombre d'églises et de monastères ; il eut un soin particulier des reclus pour les attacher a certaines églises , et pourvoir à leur subsistance ; il prêchoit la parole
(3) Sup. Regin. an. 904.
Ibid. an. 965, 22.
(4) Adam. lib. ir, c. 6.
Ditmar. lib. ii, p. 22. Apud Papebr. ("-anal.
(1) Sup. Regin.
(ï) MS. ap. Papebr.
(3) Sup. n. l,Vita Brun, r. io, n. 25.
de Dieu, et expliquoit les Ecritures avec beaucoup d'étendue et de subtilité. Dans la partie occidentale du royaume de Lorraine le clergé étoit tombé dans un grand désordre' envieux , indocile et incapable de conduire les peuples. Brunon s'appliqua à y établir des évéques habiles et vertueux. Il pacifia le royaume de Lorraine , et y adoucit les esprils • il soutint le roi de France Lothaire, son neveu' contre les entreprises des seigneurs (t). '
L'empereur Othon, après son retour d'Italie, la trentième année de son règne, c'est-àdire l'an neuf cent soixante-cinq, célébra la fête de la Pentecôte à Cologne avec l'archevêque son frère ; et ce fut la plus grande assemblée et lapins solennelle qu'on eût vue depuis long-temps. En se séparant, ils s'embrassèrent avec beaucoup de larmes ; et l'archevêque vint à Compiègne , pour remettre la paix entre ses neveux , le roi Lothaire et les enfants de Hugues le grand. Tandis qu'il y travailloit il tomba malade et se fit porter à Reims , s'occupant de la lecture pendant tout le chemin. Odalric, archevêque de Reims , le reçut avec grand honneur, et lui donna tous les soulagements possibles (2). Brunon appela deux évéques qui l'avoient suivi, Théodoric de Metz son neveu, qui avoit succédé à Adalbéron' mort l'année précédente , et Vicfrid de Verdun! Il les prit pour témoins de son testament par lequel il disposa de tous ses biens, marquant dans un état séparé ce qu'il laissoit pour les bâtiments des églises. Ensuite il se confessa aux mêmes évéques ; et ayant fait apporter le sacrement du corps et du sang de JNotre-Seigneur, il se prosterna de tout le corps pour le recevoir. Il consola les évéques, les seigneurs et les autres qui se lamentoient autour de lui , dit vêpres avec les assistants ; et quand la nuit fut bien avancée , il dit compiles. Enfin il mourut universellement regretté, le onzième d'octobre, âgé seulement de quarante ans le douzième de son pontificat. Son corps fut porté à Cologne, et enterré suivant son ordre au monastère de Saint-Pantaléon, qu'il avoit fondé. Son successeur fut Folcmar, diacre et économe de la même église , qui fit écrire sa vie lorsque la mémoire en étoit encore récente (3).