‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1037 sur 2407 · X. Mort de Jean XU. Benoit V, pape · texte numérisé non relu

X. Mort de Jean XU. Benoit V, pape

Le pape Jean XII ne survécut pas trois mois a ce concile (1) ; car, comme il éloit une nuit hors de Rome , abandonné à son plaisir avec une femme mariée, il fut frappé dans les tenapes si rudement , qu'il mourut au bout de huit jours, sans recevoir le viatique. C'étoit le quatorzième de mai, et il avoit tenu le saint-siége en tout huit ans et prés de deux mois (2). Alors les Romains , craignant l'empereur Olhon et oubliant les serments qu'ils lui avoient faits, à lui et au pape Léon, élu* rent et firent ordonner pape Benoît, cardinal diacre de l'église romaine, lui promettant avec serment de ne le jamais abandonner, et de le défendre contre lempercur. On le nomme Benoît V.

A ces nouvelles, Othon assembla ses troupes et vmt assiéger Rome, n'en laissant sortir personne sans le mutiler de quelque membre. Le pape Benoît animoit les Romains à la défense, et monta lui-même sur la muraille , pour me-

de lui ouvrir les portes , la veille de Saint- Jean , vingt-troisième de juin neuf cent soixante-quatre. Ils lui abandonnèrent Benoît et reçurent pape Léon YIII , que Jean avoit déposé.

Alors on tint un concile dans l'église de Latran, où présida le pape Léon; l'empereur Othon y assisloit avec les évoques romains, itaheus, lorrains, saxons, le clergé et le peuple de Rome (3). Le pape Benoît, revêtu d'ornements pontificaux , fut amené par les mains de ceux qui l'avoient élu, et Benoît, cardinalarchidiacre , lui dit : De quelle autorité , de quel droit, ô usurpateur, t'es-tu attribué ces ornements pontificaux pendant la vie du vénérable pape Léon , que nous voyons ici , et que tu as choisi avec nous, après avoir rejeté Jean? Peux-tu nier que tu n'aies promis par serment , à l'empereur ici présent, que jamais toi ni les autres Romains n'éliriez ou n'ordonneriez de pape sans son consentement, ou du roi Othon, son fils ? Benoît répondit : Si j'ai failh, ayez pitié de moi. L'empereur, fondant en larmes , pria le concile qu'on ne portât aucun préjugé contre Benoît, et qu'il répondît, s il pouvoit, aux questions qu'on lui avoit faites, et s'il se reconnoissoit coupable, qu'on lui fît grâce pour la crainte de Dieu. Benoît se jeta aux pieds du pape Léon et de l'empereur criant qu'il avoit péché, et qu'il étoit usurpateur du saint-siége. Ensuite il ùta son pallium et le rendit à I^n , avec la férule ou bâton pastoral qu'il avoit à la main. Le pape Léon rompit la férule en plusieurs pièces, qu'il montra au peuple. Il fit asseoir à terre Benoît

(l) Luitpr. VI, liist.cU.

(3) Sup. Regin. an. 96k

(3) To. 9, Couc p.

Li Luitpr.

[An de J.-C. 965.

lui ôta la chasuble et l'élole, et dit aux évéques : Nous privons de tout honneur du pontificat et de la prêtrise Benoît, usurpateur du saint-siége ; mais en considération de l'empereur, qui nous y a rétabli , nous lui permettons de garder l'ordre de diacre, à la charge qu'il ne demeurera plus à Rome, mais qu'il ira en exil.

On trouve un décret de ce concile, par lequel le pape Léon , avec tout le clergé et le peuple de Rome, accorde et confirmée Othon et à ses successeurs la faculté de se choisir un successeur pour le royaume d'Italie ; d'élabhr le pape, et de donner l'investiture aux évéques, en sorte qu'on ne pourra élire ni patrice, ni pape, ni évéques, sans son consentement (1). Le tout sous peine d'excommunication, d'exil perpétuel et de mort. C'est qu'en ce concile la puissance temporelle étoit jointe à la spirituelle, puisque le peuple romain y assistoit aussi bien que le clergé. Le décret porte que c'est à l'exemple du pape Adrien, qui accorda à Charlemagne avec la

tempsla , quoiqu'il soit certain que depuis Charlemagne, comme devant, le consentement des empereurs étoit nécessaire pour l'ordination du pape (2).

Après que l'empereur Othon eut passé à Rome la fête de Saint-Jean et celle de Saint- Pierre et de Saint-Paul , il en sortit , et demeura le reste de l'année en Italie , où son armée fut attaquée d'une peste violente. Elle emporta plusieurs seigneurs, entre autres Henri, archevêque de Trêves, dont le successeur fut Thierry, diacre de la même église (3). L'empereur ayant célébré à Pavie la fêle de JNoël, repassa en Allemagne, demeura en Franconie pendant tout le carême de l'an neuf cent soixante-cinq, et célébra la pàque à Ingelheim. Ensuite il retourna en Saxe, emmenant avec lui le pape Benoît, qui venoit d'être déposé et qu'il mita la garde d'Adaldague, archevêque de Brème et de Hambourg. Ce prélat avoit suivi l'empereur en Italie, et apporta de Rome plusieurs reliques qu'il distribua dans son diocèse. Il fit garder le pape benoît à Hambourg, le traitant avec grand honneur, car Benoît éloit savant et vertueux, et digne d'être pape , si son élection eut été plus régulière. Il édifia les Saxons par son bon exemple et ses instructions, et l'empereur éloit prêt à le rendre aux Romains qui le demandoient, quand il mourut à Hambourg le cinquième de juillet neuf cent soixante-cinq (4). On y voit encore son tombeau dans la cathédrale , mais fait plusieurs siècles après.

(1) Ivo. Pann. lib. viii, c. laO.Gral. disl. 63, c. 23.

(2) V. Marca, vin,Gonc.

c. 12 et 19, fl. 6.

An de J.-C. 005] LIVRE CINQUANTE-SIXIEME.

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