XLIV. Progrés de saint Boniface en Germanie
Cependant saint Boniface, étant parti de Rome avec les lettres du pape , vint on France trouver Charles Martel, qui lui on donna une adressée à tous lesévêques, ducs, comtes, vicaires, domestiques, et autres officiers, afin qu'il pût aller librement avec une telle sauve-garde (1). Il retourna donc dans la Hesse, et donna la confirmation par l'imposition des mains à plusieurs qui avoiont déjà reçu la foi. Mais il en trouva qui refusèrent d'écouter ses instructions. Les uns sacrifioient aux arbres et aux fontaines; d'autres consultoient les aruspices et les devins , exerçoient des prestiges et des enchantements, observoient le vol ou le chant des oiseaux. Quelques-uns exerçoient en cachette toutes (os superstitions, quelques-uns à découvert. Les mieux convertis conseillèrent à saint Bonifiue d'abattre un arbre d'une grandeur énorme, qu'ils appeloient le chêne de Jupiter, au même lieu où est aujourd'hui la ville de Geismar.
Quantité de païens s'assemblèrent à ce spectacle, et ils donnoient des malédictions secrètes à l'ennemi de leurs dieux. Mais l'arbre, ébranlé par quelques coups de cognée, se fendit en quatre parties égales ; ce qui parut si miraculeux aux barbares, qu'ils bénirent Dieu et crurent en lui. Le saint évêque fit bâtir du bois de cet arbre un oratoire en l'honneur de saint Pierre, et passa de la liesse dansl Thuringe.