XVII. Saint Adalbert, archevêque de Magdebourg
Les premiers qui travaillèrent à la conversion des Sclaves furent des moines de la nouvelle Corbie , qui , ayant parcouru plusieurs de leurs provinces, passèrent jusqu'à l'ile de Rugen, qu'ils convertirent tout entière, et y fondèrent une église en l'honneur de saint Vilus, leur patron. Cétoit du temps de l'empereur Louis le germanique. Mais le plus fameux apùtredes Sclaves fut saint Adalbert, premier archevêque de Magdebourg , qui prêcha aussi aux Russes (2). Olga, reine de cette nation, étant allée à Constantinople du tt»mps de l'empereur Constantin Porphyrogénète, y reçut le baptême et le nom d'Hélène. Elle envoya des ambassiideurs en neuf cent cinquante-neuf, au roi Othon, pour lui demander un évêqueet des prêtres ; ce qu'il accorda avec plaisir, et choisit pour leur évêque Libutius, moine de Saint- Alban de Mayence, qui, 1 année suivante neuf cent soixante, fut sacré par Adaldague, archevêque de Rrême, pour être évêque des Rugiens ou Russiens, car on leur donne l'un et l'autre nom. Le voyage de Libutius fut retardé jusqu'à l'année suivante, et il mourut sans être parti le quinzième de février neuf cent soixante-un.
On choisit à sa place Adalbert, moine de Saint-Maximin de Trêves, car ce monastère, ayant été rétabli sous le roi Henri l'oiseleur , fut, pendant long-temps, une école célèbre pour les lettres et pour la piété , et il en sortit en ce siècle plusieurs grands évêques (3). Adalbert en fut tiré par le conseil de Guillaume ,
(1^ Sup. liv. LV, n. 48.
(2) Mabill. Act.S«c.5,p.
57Ô. Sup. liv. XLVII, n. 51.
(3) Mabill. Sac. 5, Beo.
archevêque de Trêves , qui vouloit Téloigner. étant peut-être jaloux de son mérite. Le roi Othon lui donna libéralement tout ce qui étoit nécessaire pour son voyage; il fut ordonné évêque des Rugiens , et partit pour exécuter sa mission. Mais voyant qu'elle étoit sans aucun fruit et qu'il se fatiguoit inutilement , il revint dès l'an neuf cent soixante-deux. Il y eut de ses gens tués au retour, il échappa luimême à grande peine ; et il parut ainsi que les Russes n'avoient pas demandé sincèrement une mission. Adalbert à son retour fut reçu avec beaucoup d'amitié par le roi Othon et par l'archevêque Guillaume , son fils , qui le traita comme un frère , pour réparer le mal qu'il lui avoit fait en lui attirant ce fâcheux voyage.
Trois ans après , c'est-à-dire en neuf cent soixante-six , mourut Ercambert , abbé de Vicembourg, au diocèse de Spire, et, par le choix des moines, Othon leur donna pour abbé l'évéque Adalbert; mais il ne gouverna ce monas^ tère que deux ans. Car l'empereur, voulant exécuter l'érection de la métropole de Magdebourg, choisit pour ce siège Adalbert, et renvoya à Rome demander le pallium. Le pape Jean Xlll le lui accorda aussitôt l'an neuf cent soixante-huit, le iour de Saint-Luc, dix-huitième d'octobre, indiction douzième , lui permettant de garder son abbaye de Vicembourg.
Il accorda en même temps plusieurs privilèges au nouvel archevêque de Magdebourg, le déclarant le premier des archevêques de Germanie, et l'égalant à ceux des Gaules, c'est-à-dire de Cologne, de Mayence et de Trêves. Il lui donna rang entre les évêquescardinaux de Rome, et pouvoir d'ordonner douze prêtres, sept diacres et vingt-quatre cardinaux, suivant l'usage de l'église romaine. 11 rétablit métropolitain de toute la nation des Sclaves, au-delà des fleuves Elbe et Sala, et ordonna que l'on fonderoit des évêchés dans les villes où la superstition des Barbares avoit été le plus en vigueur, savoir : Cizi, Misni, Mersebourg, Brandebourg, Havelberg, Poznam , dont les évêques seroient suffragants du nouvel archevêque. Tout cela fut ordonné par le pape en concile. Ensuite, il renvoya larchevêque Adalbert accompagne de deux légats, Guv, évêque de Sainte-Rufine et bibliothécaire de l'église romaine, et Benoît, cardinal, pour l'introniser avec Hildivard, évêque d'Hafberstad. L'empereur Othon les reçut avec grande joie, et les envoya avec ses lettres de recommandation à Magdebourg, où tous les évêques, les marquis et les seigneurs de Saxe s'assemblèrent par ordre de l'empereur. Ils élurent de nouveau l'archevêque par leurs acclama-* lions, et, en élevant les mains ^ il v eut un grand concours de peuple, et la joie fut gêné-* raie. Les évêques elles seigneurs y célébrèrent la fête de JNoël avec l'archevêque Adalbert, qui, en leur présence, ordonna trois nouveaux évêques, Boson à Mersbourg, Burchard k Mine ou Messein , et Hugues à Cize ou Ceiti
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
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dont le siège fut depuis transféré à Naumbourg. De plus, deux anciens évéques, Dudon de Halvelbcrg, et Dudelin de Brandebourg, auparavant suffragant de Tarchevéque de JVlayence , passèrent, de son consentement et à la prière de l'empereur , sous la dépendance de l'archevêque de Magdebourg, qui eut ainsi cinq suffragants. Quelques-uns y ajoutent Jourdain, évéque de Poznanie, qui feroit le sixième. Les moines de Magdebourg furent transférés près d'une église de Saint-Jean hors la ville. Boson, premier évéque de Mersbourg, avoit été moine à Saint-Emmeran de Ralisbonnc (1), d'où il fut appelé au service du roi. Pour récompense le roi lui donna l'église de Cize, près de laquelle il fonda un monastère; et comme, par ses prédications continuelles à l'orient de la Saxe, il avoit converti et baptisé grand nombre d'inûdèles, l'empereur lui donna le choix de trois nouveaux évéchés , dont il choisit celui de Mersbourg ; mais il ne le gouverna qu'un an , et mourut le premier de novembre neuf cent soixante-dix. Son successeur futGisiler, nommé par l'empereur, à la recommandation d'Annon, évéque de W ormes.
XVIU. Evêché de Prague.
L'évéché de Prague fut érigé vers le même temps. Boleslas le cruel, duc de Bohème, qui avoit tué son frère saint Vinceslas , mourut en neuf cent soixante-sept, laissant pour successeur son flls, nommé aussi Boleslas , que sa vertu lit surnommer le bon {'2). Il étoit sincèrement chrétien, d'une foi pure et d'une grande charité, protecteur des veuves et desorpehlins, des clercs et des étrangers : il fonda jusqu'à vingt églises, et leur donna tout ce qui leur étoit nécessaire. Il avoit une sœur nommée Mlada, vierge consacrée à Dieu , et savante , qui alla en pèlerinage à Rome , et fut favorablement reçue par le pape Jean XIII. Elle y apprit la discipline monastique ; puis le pape, en faveur de la nouvelle église de Bohême, du conseil des cardinaux, lui donna la bénédiction d'abbesse, changeant son nom en celui de Marie , et lui mettant en main la règle de saint Benoît et le bâton pastoral. Il lui donna aussi une lettre pour le duc Boleslas, son f ère, où il dit : Votre sœur nous a demandé, entre autres choses, de votre part, notre consentement pour l'érection d'un évêché dans votre principauté. Nous en avons rendu grâce à Dieu, qui étend et glorifle son Eglise chez toutes les nations. C'est pourquoi nous accordons et autorisons qu'à l'église aes martyrs saint Vitus et saint Venceslas, on fasse un siège épiscopal , et à l'église de saint George un monastère de religieuses sous la règle de saint Benoit , et la conduite de notre fille Marie, votre sœur. Toutefois, vous ne
(1) S«c. 5,Act. Ben. p. (3) Chr.Sax. ap. Mabill. fia. S«c. 5, p. 833.
suivrez pas le rit des Bulgares ou des Russes, et n'userez pas de la langue sclavone; mais vous prendrez pour évéque un clerc bien instruit des lettres latines ,et capable de cultiver ce nouveau champ de l'Eglise. C'est que le pape ne vouloit pas que les Bohémiens suivissent le rit grec, comme les Bulgares et les Russes, mais le rit latin qu'ils ont en effet suivi.
En exécution de cette bulle , on choisit pour premier évéque de Prague un moine de Saxe, nommé Ditniar, qui étoit prêtre, savant et éloquent, et qui, étant venu à Prague par dévotion, avoit gagné l'amitié du duc; et on le choisit principalement parce qu'il sa voit en perfection la langue sclavone. Le duc Boleslas envoya des députés pour l'amener; puis, ayant assemblé le clergé et les grands du pays , il fit en sorte par ses prières et ses exhortations qu'ils l'élurent pour évéque. Alors il envoya à Tempereur Othon avec des lettres par lesquelles il le prioit de le faire ordonner : ce que l'empereur accorda en faveur de la nouvelle église, par le conseil des seigneurs et des évéques. Ditmar fut donc consacré par l'archevêque de Mayence, et ensuite reçu à Prague avec les acclamations du peuple. Il dédia plusieurs églises bâties en divers lieux par les fidèles, et baptisa un grand nombre de païens.