‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1045 sur 2407 · XIX. Sainte Mathilde, reine · texte numérisé non relu

XIX. Sainte Mathilde, reine

La même année neuf cent soixante-huit mourut la reine Mathilde , mère de l'empereur Othon. Après la mort du roi Henri l'oiseleur, son époux, elle se retira au monastère de Quedlimbourg, qu'elle avoit fondé (1). Là elle observoit toute la discipline, et, conservant une dignité merveilleuse dans ses actions et ses discours, elle ne laissoit pas de montrer une modestie et une pudeur qui l'auroient fait passer pour une vierge, si on n'a voit vu les princes, ses enfants. La nuit , outre l'office où elle assistoit, elle prioit long-temps devant et après. Jamais elle n'approcha de l'autel les mains vides, soit du vivant du roi, son époux, soit après sa mort. Tous les jours elle présentoit au prêtre son offrande de pain et de vin pour le salut de toute l'Eglise ; mais, depuis qu'elle fut veuve , elle ne cessa point de faire offrir le saint sacrifice pour les péchés du roi , son époux , en quoi elle surpassa toutes les femmes de son temps (2). Elle observa toute sa vie le huitième jour de la mort de ce prince, le trentième et l'anniversaire.

Vers l'an neufcent quarante-six elle soutint une rude persécution de la part des princes ses enfants. Comme elle faisoit de grandes aumônes, on leur rapporta qu'elle avoit consumé des choses immenses des revenus de l'état;

(l) Sup. li?. LV, n. 18. 7, p. 362. Mabill. S»c. 5, Vila, n. 14, ap. Acl. p. 348. Luitpr. iv ,

(i^ Boll. li mart. tom Hist. c. 7.

et la chose alla si loin, que le roi Othon envoyoit des espions pour arrêter ceux par qui la reine sa mère, envoyoit ses libéralités, les leur ôter' et les maltraiter. On vouloit qu'elle abandonnât les terres qu'elle avoit reçues en douaire et qu'elle prît le voile de religieuse. Pour comble d'aflliction, le prince Henri , qu'elle aimoit uniquement, s'accordoit avec le roi Othon contre elle. Commeellevit augmenter de jour en jour leurs mauvais traitements, elle laissa tout ce que le roi Henri lui avoit donné pour son douaire, et se relira dans F Angrie, qui faisoit partiede la Westphalie d'aujourd'hui . Mais quelque temps après, le roi Henri, ayant eu de mauvais succès à la guerre, céda aux exhortations de la reine Edithe, son épouse, des évéques et des seigneurs, rappela la reine, sa mère, lui demanda pardon, et lui rendit les terres qu'il lui avoit ôtées. Le prince Henri se réconcilia aussi avec elle, et elle ne l'aima pas moins que devant.

La reine Mathilde, étant établie dans sa première autorité, s'appliqua plus qu'auparavant aux aumônes et à toutes sortes de bonnes œuvres; et, avec le secours du roi, son fils, elle fonda plusieurs églises et cinq monastères, entre autres celui de Palide ou Polden , dans le duché de Brunswik , où elle assembla trois mille moines. Le roi Othon confirma cette donation par ses lettres de l'an neuf cent cinquantecinq.

La même année , arriva la mort de Henri , ducde Bavière, dontla reine Mathilde, sa mère, fut si affligée qu'elle quitta le peu d'ornements qu'elle avoit gardés pendant sa viduité, et ne parut plus qu'en habit de deuil. Elle ne voulut plus entendre aucune chanson profane , ni voir aucun jeu; elle n'écouloit que des cantiques tirés de l'Ecriture sainte, ou des vies des saints. Elle faisoit donner à manger anx pauvres deux fois par jour, et leur en distribuoit encore pi^ndant son repas. Dans ses voyages , elle faisoit porter des cierges pour distribuer aux églises , et de la nourriture pour les pauvres , et avoit chargé une religieuse qui la servoit, nommée Richburge, de n'en laisser passer aucun sans aumône. En toutes les villes où elle séjournoit l'hiver, elle faisoit allumer un grand feu pour les pauvres, qui duroit toute la nuit. Elle redoubloit ses charités le samedi , parce que c'étoit le jour de la mort du roi son époux ; le matin elle faisoit préparer un bain pour les pauvres et les passants , et quelquefois elle les servoit de ses propres mains ; puis elle les faisoit entrer dans une chambre où elle leur donnoit de la nourriture ou des habits, selon leur besoin. Elle observoit exactement de faire tous les jours quelque ouvrage de ses mains.

En neuf cent soixante - sept , le vingtdeuxième de décembre, la reine Mathilde partit de Northa use en Thuringe, où elle avoitfondé un monastère, pour aller à celui de Quedlimbourg. Y étant arrivée , elle tomba malade . et

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