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XX. Ambassade de Luitprand à Constanlinople

Cependant l'empereur Othon étoit en Italie, ou il avoit fait venir le jeune Othon, son fils que le pape Jean XIII avoit couronné empereur à Rome, le jour de Noël neuf cent soixante, sept. L'année suivante, il envoya Luitprand, évéque de Crémone, à Constanlinople, demander à l'empereur Nicéphore Phocas pour le jemie Othon, Anne, fille de l'empereur

(i) Martyr. R, 14 marf.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[Ad deJ.-C. 0Ô8.

An de J C. 068.

LIVRJS CINQUANTE-SIXIÈME.

Romain le jeune, et derimpératrice Théophanie, queWicéphore avoit épousée. Luilprand écrivit la relation de son ambassade , où l'on yoit plusieurs parlicularilés curieuses.

Il arriva à ConstaïUinople le quatrième de juin neuf cent soixante-huit , et on l'enferma dans un palais comme en prison, sans communication avec personne. Le septième du mois , qui fut le jour de la Pentecôte, il eut sa première audience de l'empereur ^Jicépho^e, et Toici le portrait qu'il en fait: îl étoit de trèspetite taille , la tôle grosse, les yeux petits , le teint fort brun , la barbe large , les cheveux longs, le ventre gros, les jambes courtes. A sa gauche, mais plus bas , étoienlassis les deux jeunes princes, Basile et Constantin, ses beauxfils. L'empereur Nicéphore dit à Luitprand : J'aurois voulu vous recevoir dignement, mais le mauvais procédé de votre maître ne Va pas permis 11 a pris Rome comme une ville ennemie, fait mourir, contre toute justice, Bérenger et Adalberl , fait périr plusieurs Romains par le fer ou par la corde, ôté les yeux aux uns , banni les autres ; il s'est efforcé de se soumettre par force plusieurs villes démon empire, et , n'y ayant pu réussir , il vous envoie nous épier sous prétexte de paix.

L'évéque Luitprand répondit : Mon maître n'a point usurpé la ville de Rome par violence^ au contraire il l'a délivrée du joug des tyrans. N'étoit-elle pas sous la puissance des hommes efféminés et des femmes prostituées ? Je \yenee que vos prédécesseurs étoient alors endormis , eux qui portoîent le nom d'empereurs romains sans 1 être en effet. Les papes n'ont-ils pas été, les uns relégués, les autres maltraités, en %orteqti1lsmanquoient du nécessaire , et qu'on ne leur donnoit pas même par aumône? Adalbort n'a-t-il pas envoyé des lettres injurieuses à Romain et à Constantin , vos prédécesseurs ? !N'a-t-il pas pillé les églises des saints apôtres? Qui de vous autres , empereurs , a été poussé de zèle pour venger cet attentat, et remettre l'Église en son premier lustre? Vous l'avez négligée, mais mon maître n'en a pas usé de même. Il est venu des extrémités de la terre délivrer Rome des méchants , et rendre tout l'honneur et toute la puissance aux successeurs Kles apôtres. Ensuite , quand il s'est élevé des tebelles contre lui et contre le pape , il les a punis comme des parjures et des sacrilèges , suivant les lois de Justinien, de Valentinien, de Théodose et des autres ein|)ereors. S'rl ne l'avoit fait, il seroit lui-même un tyran injuste éternel. Il est clair que Bérenger et Albert étoient devenus ses vassaux , et qu'ils avoieni reçu de lui le royaume d'Italie avec un sceptre d'or en présence de vos serviteurs. Wicéphore se plaignit ensuite de ce qu'Othon avoit attaqué les terres de son empire en Italie, c'est-à-dire les dépendances de Bénévent et de Capoue ; à quoi Luitprand répondit, et fit la proposition du mariage entre le jeune empereur Othon et Ja princesse Anne. Mais Wicéphore différa

d'y répondre, et dit que la seconde heure étoit passée , qu'il éloit temps d'aller à la procession.

Elle se fit ainsi - Depuis le palais jusqu'à l'église de Sainte-Sophie une grande multitude de marchands et de gens du petit peuple étoient rangés en haie des deux côtés , armés de dards et de petits boucliers, et nu-pieds pour la plupart. Les grands qui accompaff noient l'empereur en celte procession avoieut des habits de cérémonie, mais si vieux et si usés qu'ils auroient été mieux, au gré de Luitprand , en leurs habits ordinaires. Il n'y avoit que l'empereur qui portât de l'or et des pierreries; mais les ornements impériaux dont il étoit chargé lui séy oient mal , a>ant étoit faits pour des hommes de grande taille. Quand il passa , des diantres, placés à un lieu élevé , commencèrent à chanter : Yoici venir l'étoile du matin, l'aurore se lève, la mort des Sarrasins, le prince Kicéphore! longues années à Nicéphore! Peuples, adorez-le, servez-le, soumettez-vous à sa puissance. Ce jourla l'empereur fit manger l'ambassadeur avec lui ; et entre autres discours il lui dit : Vous n'êtes pas des Romains, vous n'êtes que des Lombards. Luitprand répondit : Mous autres Lombards, Saxons et Francs, n'avons pas de plus grande injure à dire à un homme que de l'appeler Romain. Ce nom signifie parmi nous tout ce qu'on peut imaginer de basseëse, de lâcheté, d'avarice, d'impureté et delburberie.

L'ambassadeur eut ensuite une conférence avec Léon Curopalate, frère de l'empereur, et quelques autres officiers , qui lui dirent que pour parvenir à l'alliance qu il |)roposoit, il falloit qu Othon remît à Nicéphore Ravenne, Rome et tout le reste de l'Italie vers laOrèce ; ou que s'il vouloil avoir son amitié sans faire de mariage , il laissât Rome en liberté et abandonnât les princes de Cajx)ue et de Bénévent. Luitprand répondit : Qui tient Rome en servitude? A qui paie-t-elle tribut? L'cnmpereur Constantin, fondateur de cette ville, a donné à l'éghse romaine quantité de biens, non-seulement en Italie, mais dans tout l'Occident et l'Orient : en Grèce, en Judée, en Perse, en Mésopotamie, en Chaldée, en Egypte et en Libye , comme témoignent ses lettres que nous avons. Pour ce qui est en Italie , en Saxe, en Bavière, dans tous les royaumes de mon maître, appartenant à léglise romaine, il a tout remis au pape ; et s'il en retient aucune ville ou village, ou vassaux, ou serfs, je ne suis pas chrétien. Pourquoi ren^pereur votre maître n'en use-t-il pas de même , en remettant à l'église romaine les biens qui sont dans ses états , pour la rendre plus libre et plus riche? Basile, un descommissaires grecs, répondit : Il le fera quand il disposera à sa volonté de Rome et de réglis<* romaine.

Une autre fois, Luitprand mangeant encoreà la table de l'empereur avec plusieurs évéque«

et le patriarche , l'empereur lui proposa diverses questions de l'Ecriture, puis il lui dit: Quels conciles recevez-vous ? Luitprand répondit : Ceux de Aicée, de Chalcédoine, d'Ephèse , d' Antioche , de Carthage, d' Ancyre , de Constantinople. L'empereur reprit en riant : Vous avez oublié de nommer a'iui de Saxe ; mais il est si nouveau que nous ne l'avons pas encore dans nos livres. Luitprand répondit: Comme on applique le remède sur la partie malade, il a fallu teuir ici les conciles, parce que les hérésies y ont pris naissance. Il est vrai que la foi est nouvelle en Saxe , aussi y est-elle vigoureuse et soutenue par les œuvres : ici il semble que la vieillesse l'ait affoiblie et rendue méprisable. Dans un autre repas, où étoit Luitprand, l'empereur Nycéphore fit lire une homélie de saint Jean Chrysostôme sur les actes.

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