‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1048 sur 2407 · XXI. Noocef du pape maltraités à CoDStanlmople · texte numérisé non relu

XXI. Noocef du pape maltraités à CoDStanlmople

Le vingtième de juillet, les Grecs célébrèrent la fêle du prophète Élie , c est-à-dire son enlé- Tement au ciel, et la célébrèrent, dit Luitprand , par des jeux de théâtre (1). Il dit que ce jour éloit un lundi • ce qui marque l'an neuf cent soixante-huit. A la fête de lassomption de la Sainte- Vierge , arrivèrent à Constantinople des nonces du pape Jean , avec des lettres par lesquelles il prioit l'empereur JNicéphore de faire avec l'empereur Othon le traité d'alliance et le mariage proposés. Les Grecs furent extrêmement irrités de ce que le pape dans ses lettres donnoit à Otlion le titre d'empereur des Romains, et uequaiifioit IVicéphorequ empereur des Grecs. Quelle insolence , disoient-ils, à un misérable Barbare! Comment la mer a- C-elle souffert un tel baptême sans abîmer le vaisseau qui le portoit ? Mais que ferons-nous à ces mal heureux nonces i Ce sont des gueux couverts de haillons, des esclaves rustiques : nous nous déshononTions de tremper nos nuins dans un sang si abject. On les mit donc en prison jusqu'au relour de 1 empereur, qui étoit absent.

On retenoit toujours Luitprand , quoiquil eût eu son congé dès la fin de juillet ^ et à peine put-il obtenir d'aller adorer la vraie croix le jour de l'exaltation. Enfin, le dix-septième de septembre il eut audience du patrice Christofle, eunuque, qui lui dit : Vous ne devez pas trouver mauvais si nous vous retenons. Le pape de Rome , si oo doit nommer pape un homme qui a communiqué avec le fils d'Albéric, toat apostat, adultère et sacrilège qu il étoit ; le pape , dis-jc, a écrit des lettres à l'empereur, où il le traite d'empereur des Grecs ; et il n'y a pas de doute qu il l'a fait par le conseil de votre maître. Mais le pape est si impertinent qu'il ne sait pas que quand Constantin transféra ici

l'empire , il y amena tout le sénat et la noblesse romaine, etnelaissa à Rome que de vils esclave?, des pêcheurs, des cuisiniers et une semblable populace. Luitprand répondit : Le pape, loin d'offenser l'empereur , a cm lui faire plaisir. Comme vous avez changé la langue, les mœurg et l'habit des Romains , il a cru que le nom de romain vous deplaisoit aussi ; mais il changera à l'avenir la suscription de ses lettres. Luitprand apaisa les Grecs par cette réponse ; et ils lui donnèrent deux lettres , une de l'empereur Nicéphore à l'empereur Othon , une autre du frère de l'empereur scellée d'argent , en disant : Nous ne jugeons pas votre pape digne de recevoir des lettres de l'empereur; le curopalate lui écrit une lettre qui lui convient, et l'envoie , non par ses pauvres nonces , mais par vous. S'il ne se corrige, il doit savoir qu'il est perdu sans ressource.

XXU. Retour de Luitprand.

(1) MeDol. 10 jul.

En racontant son retour en Italie, Luitprand se plaint du peu de secours qu'il reçut dans cette route des évéques grecs. Je n'ai point trouvé, dit il, chez eux d'hospitalité. Ils sont eunuques pour la plupart , riches par l'argent qu'ils gardent dans leurs coffres , et pauvres par leur manière de vivre. Ils mangent seuls à une petite table nue. Leur repas est un biscuit de mer avec quelques laitues et de l'eau chaude dans de petits verres. Eux-mêmes vendent et achètent, ouvrent et ferment leurs portes. Ils sont eux-mêmes leurs mattres-d'hôtel et leurs palefreniers Je crois qu'ils vivent ainsi parce que leurs églises sont tributaires. L'évéque de Leucate me jura que la sienne payoit tous les ans à l'empereur Nicéphore cent sous d'or , et les autres à proportion.

Luitprand, qui fit cette ambassade pour l'empereur Othon, étoit, avant son épiscopat, diacre de l'église de Pavie; et il ne prend que cette qualité dans l'histoire, qu'il écrivit à la prière de Raymond, évéque d'Elibéris en Espagne. Il y raconte les événements qui s'étoie&t passés de son temps et à ses yeux , principalement en Italie , commençant à la prise de Frassinet, par les Sarrasins, en huit cent <fuatre~ vingt-onze, et finissant au concile de Rome, où le pape Jean XII fut déposé en neuf cent soixante- trois. Le style de Luitprand témoîfae plus d'esprit et d'érudition que de jugement (1). Il affecte , d'une manière puérile , de moDirer qu'il savoit le grec. 11 mêle souvent des jenk sa parole : il est partout extrêmement passionné , chargeant les uns d'injures , les autres de louanges et de flatteries. Il fait quelquefois le plaisant et le bouffon aux dépens m^ne de la pudeur ; comme quand il rapporte les plaintes d'une femme grecque contre Thibaud, marquis de Spolète , et la prise de Guille , femme

(1) Sup. liv. Lv, n. 16,7; lib. iv, Hist. c. 4 et 5.

(le Boson. Cependant c'est un diacre qui parle dans une histoire qu'il dédie à un évéque. La relation de l'ambassade est du même style que l'histoire, et nous n'avons que ces deux ouvra^'es qui soient véritablement de Luitprand.

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