XXVII. Fermeté de Saint Dunstan
En Angleterre, depuis que saiut Dunstan fut placé sur le siège de Cantorbéry, il visitoit toutes les villes du royaume et de ses dépendances , pour prêcher la foi à ceux qui ne la connoissoient pas, s'il en trou voit encore quelques-uns , et instruire les fidèles de la pratique des bonnes œuvres (1). Il n'étoit pas aisé de lui résister , tant il y avoit dans ses discours de sagesse et d'éloquence. Quand il avoit quelque repos , il le donnoit à la prière et à la lecture de l'Ecriture, dont il corrigeoit les exemplaires ; enfin il étoit continuellement occupé de ses devoirs. Tantôt il jugeoit des différents, tantôt il apaisoitles hommes emportés ; il réfutoit les erreurs des hérétiques , il séparoit les mariages illégitimes, il réparoit les anciens bâtiments ou en faisoit de nouveaux ; il employoit les revenus de l'église à assister les veuves , les orphelins et les étrangers (2). Un comte trés-puissant avoit épousé sa parente, et ne vouloit point s'en séparer, quoique Dunstan l'en eût averti jusqu'à trois fois. Il lui défendit l'entrée de l'église , et le comte alla trouver le roi, implorant sa protection contre la sévérité excessive de l'archevêque. Le roi lui manda de laisser le comte en paix, et de lever la censure. Dunstan, étonné qu'un roi si pieux se fut ainsi laissé séduire, s'efforça de faire entendre au comte et de l'exciter *à pénitence, lui représentant qu'il avoit ajouté à son premier crime une calomnie auprès du prince ; mais voyant qu'il ne faisoit que s emporter davantage , il prononça contre lui l'excommunication jusqu'à ce qu'il se corrigeât. Le comte , outré de colère , envoya à Rome , et par ses largesses ayant gagné quelques Romains, il obtint des lettres du pape , plar lesquelles il étoit enjoint à l'archevêque de réconcilier ce comte à l'Eglise. Saint Dunstan répondit : Quand je le verrai se repentir , j'obéirai au pape ; mais à Dieu ne plaise que, demeurant dans son péché,
(1) Sup. n. 3. Vila n. (2) AUa VUa n. 31, p. Si.Sœc. 5,Ben. p. 67Q 702.
il s'exempte de la censure de l'Eglise, et nous insulte encore, ou qu'aucun homme mortel n'empêche d'observer la loi de Dieu ! Le comte, voyant Dunstan inflexible touché de la honte de l'excommunication , et du péril qu'elle attiroit quelquefois, se rendit enfin , renonça à son mariage illicite , et reçut la pénitence ;*et comme saint Dunstan tenoit un concile général de tout le royaume , le comte vint au milieu de l'assemblée nu-pieds, ne portant que des habits de laine et tenant des verges à la main. Il se jeta aux pieds de l'archevêque en gémissant. Tous les assistants en furent attendris , et Dunstan plus que les autres ;• mais il le dissimula quelque temps , et montra un visage sévère jusqu'à ce <)ue, cédant aux prières de tout le concile , il laissa couler ses larmes , pardonna au comte pénitent, et leva l'excommunication , au grand contentement de tous.
Le roi Edgar avoit une entière confiance en l'archevêque Dunstan , et recevoil ses paroles comme des oracles célestes. Par son conseil il chassa de son royaume tous les larrons , les sacrilèges , les parjures , les empoisonneurs , ceux qui avoient conspiré contre l'Etat , les parricides, les femmes qui avoient fait mourir leurs maris , on un mot , tous ceux qui pouvoient attirer la colère de Dieu. Par son conseil il punit sévèrement tous les ministres de l'église qui , au mépris de leur profession, s'adonnoient à la chasse ou à des emplois lucratifs, ou vivoientdans l'incontinence; et s'ils ne se corrigeoient , il les chassoit de leurs églises. Celte exactitude dans la discipline releva tellement en Angleterre l'état ecclésiastique, que plusieurs des plus nobles 1 embrassoient; et chacun s'étudioit à l'envi d'avancer dans la vertu , comme le seul moyen d'arriver aux dignités.