XXV. Commencements de saint Nicon d'Arménie
La conquête de l'île de Crète sur les Sarrasins donna lieu d'y rétablir la religion chrétienne , et ce fut principalement par les travaux de saint Nicon , surnommé Metanoîte parce qu'il avoit toujours à la bouche ce mot qui signifie en grec : Faites pénitence. Il étoit ne dans le Pont , de parents considérables : mais d^ qu'il fut un peu grand, il s'enfuit à au monastère de la Pierre-d'or,
(1 ) Basil, ad Amphil. c. 23. Sup liy. xvii, n. 14.
leur insu
dans les confins du Pont et de la Paphlagonie (i). L'observance y étoit exacte , et Nicon y demeura douze ans , pratiquant parfaitement la vie monastique. Ensuite son abbé ayant eu révélation qu'il étoit appelé à la conversion de plusieurs peuples , le fit sortir du monastère, et l'envoya en Orient, où il fit de grands fruits , particulièrement chez les Arméniens , qu'il délivra de plusieurs erreurs. Depuis il fut inspiré de passer en l'île de Crète, qui, bien que délivrée de la domination des Sarrasins , étoit encore pleine de leurs superstitions , qui avoient pris racine pendant les cent trente ans qu'ils en avoient été les maîtres (2). Saint Nicon commença par y crier à son ordinaire : Faites pénitence • mais les insulaires, étonnés et choqués de cette nouvelle manière de prêcher, s'irritèrent furieusement contre lui , et étoient prêts à le maltraiter. II changea donc de méthode, et, prenant en particulier les plus sensés et les plus dociles , il les apaisa premièrement par des paroles douces, puis il les toucha en leur découvrant leurs péchés et leurs actions les plus secrètes. Alors leur colère se tourna en vénération , ils le regardèrent comme un apôtre envoyé de Dieu, sa réputation se répandit par toute Tîle ; on venoit
(1) Luilpr. Légat.
f\ 17». n '2) Chr. Cass. lib. ii . c
(I) Vitaap.Barou an. 961. (2) Sup.liv.XLvn,n. 16 f 9, lom. 9. Conc p. 238
L'empereur Nicéphore , par jalousie contre les latins, ordonna au patriarche Polyeucte d'ériger Otrante en archevêché, et de ne plus permettre que Ton célébrât en latin les divins mystères dans la Pouille et la Calabre , mais seulement en grec , disant que les papes de ce temps-là n'étoient que des marchands et des simoniaques (1). Polyeucte envoya donc à l'évêque d'Otrante des lettres , par lesquelles il le faisoit archevêque, et lui donnoit pouvoir de consacrer des évêques à Acirentola , Turcico , Gravina , Macéria et Tricario.
Le pape Jean XIII, de son côté, érigea deux nouveaux archevêchés dans cette partie méridionale de l'Italie qui jusque - là n'avoit point eu d'autre métropole que Rome. Car ce pape étant chassé de Rome , se retira à Capoue, et ensuite, à la prière de Pandolfe, qui en étoit prince , il érigea ce siège en archevêché, et en consacra premier archevêque Jean , frère du même prince , Fan neuf cent soixante-huit. L'année suivante , dans un concile tenu à Rome en présence de l'empereur Othon, le même pape, Jean XIII, érigea aussi en archevêché le siège de Bénévent , à la prière du même Pandolfe, qui en étoit seigneur , et en considération du corps de saint Barthélémy, qui y reposoit (2). Le pape accorda donc à l^ndolfe, déjà évêque de Bénévent , le pallium et le droit de consacrer ses suffragants, au nombre de dix, savoir : les évêques de Sainte-Agathe , Avellino , Quintodecimum , autrement Eclane , Ariano , Ascoli , Bovino , Yolturara , Larina , Télése et Alifa ; à la charge toutefois que l'évêque de Bénévent viendroil à Rome recevoir la consécration et la pallium. La bulle est souscrite par le pape, l'empereur et vingt-trois évêques , et datée du vingt-sixième de mai neuf cent soixantcvneuf , indiction douzième, la quatrième année du pontificat de Jean XIIT.
Dans le même temps , un seigneur chéri de l'empereur Othon fut saisi du démon en présence de tout le monde, en sorte qu'il se déchiroit lui-même à belles dents (3). L'empereur le fit mener au pape pour lui mettre autour du cou la chaîne de saint Pierre ; mais des clercs le trompèrent , et lui mirent jusqu'à deux fois une autre chaîne qui ne fit aucun effet. Enfin on apporta la véritable ; et
iKj
Ital. Saec. tora. 8, p. 92.
(3) Clir. Saxo. au. 908.
Siseb an 969.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
quand onl'eut mise au cou du furieux, il fut délivré du démon , écumant et jetant de çrands cris. Thierry, évêquede Metz, qui étoil présent , se saisit de la chaîne , et dit qu'il ne la quitteroit point , si on ne lui coupoil la main. Enfin l'empereur termina le différent, et obtint du pape , que l'on sépareroit un chaînon pour le donner à Thierry. Cet évêque, parent de l'empereur , et chéri de lui plus que tous les autres , l'accompagna trois ans , le servant à sa guerre d'Italie ; et à son retour, il emporta de divers lieux plusieurs corps saints et d'autres reliques dont il enrichit son église, et les mita l'abbaye de Saint- Vincent, qu'il avoit fondée.