‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1062 sur 2407 · XXXVII. Fin d'Almard, abbé de Clugny · texte numérisé non relu

XXXVII. Fin d'Almard, abbé de Clugny

On rapporte à ce temps de troubles dans l'église romaine, le refus que fit saint Mayeul, abbé de Clugny, de la dignité de pape, que l'empereur Othon II et l'impératrice Adélaïde, sa mère, le pressèrent d'accepter. Nous avons vu que, dès l'an neuf centquarante-huit(l),Airaard, troisième abbé de Clugny, étant devenu aveugle, prit Mayeul pour coadjuteur, et le fit reconnoltre abbé , sans cesser de l'être lui-même. Il arriva quelque temps après q[u'Aimard, étant logé à l'infirmerie comme un simple moine, envoya celui qui le servoit demander du fromage. Le cellerier, occupé à plusieurs choses, le refusa durement, se plaignant qu'il ne pouvoit souffrir tant d'abbés et tant de maîtres. Aimard sentit vivement ce mépris, et le lendemain matin il se fit mener au chapitre, et dit à Mayeul : Mon frère, je ne vous ai pas mis au-dessus de moi pour me maltraiter, mais pour compatir à mes infirmités, comme un fils. Etes-vous pas mon moine ? Oui, répondit Mayeul, je le suis autant que je l'ai jamais été. Si vous l'êtes , reprit Aimard, quittez votre chaire, et reprenez la place que vous aviez auparavant. Mayeul obéit aussitôt, et reprit son ancienne place de simple moine. Alors Aimard se mit dans la chaire abbatiale^ et proclama le cellerier, qui s'étant prosterne, il lui fit une forte réprimande, et lui imposa la pénitence qu'il voulut. Puis il quitta le siège, et ordonna à Mayeul de le reprendre; à quoi il obéit aussitôt. On voit en cet exemple la vigueur d' Aimard , qui passoit pour homme simple, et l'humilité de Mayeul.

XXXVni. Saint Mayeul, abbé,

Âîmard mourut, comme l'on croît. Tan neuf cent soixante-cinq, et Mayeul gouverna seul l'abbaye de Clugny pendant près de trente ans (2). La lecture des livres saints faisoit ses délices ; en voyage même et à cheval il avoit le plus souvent un livre à la main. Il ne méprisoit pas toutefois les philosophes et les auteurs profanes , pour en tirer ce qu'il y trouvoit (rutile. Il ne oédoil à personne dans la connoissance de la discipline monastique, des canons et des lois. Il joignoit à la doctrine une grande facilité de parler j et on l'écoutoit avec

Cl) Sup. I. LV, n. 38. (%) Vila per Syr. !.. 3, Sec. 5, Ben. p. ZU» c 3.

plaisir quand il faisoit quelque discours de morale. Comme il avoit gardé la virginité , il avoit grand soin de conserver la pureté de ses moines. Il reprenoitles fautes avec zèle, mais ensuite il adoucissoit la correction par tous les moyens possibles. Plusieurs hommes riches et puissants, touchés de ses exhortations, em-» brassèrent la vie monastique et augmentèrent considérablement la communauté de Clugny , sans que l'union y fiit altérée par la diversité des nations. L'abbé Mayeul cherchoit toujours la retraite, même dans les voyages, et prioit avec une telle componction , que le plus sou-» vent on trouvoit la terre trempée de ses larmes. Il déploroit ses moindres fautes comme des crimes.

Il avoit aussi le don des miracles. Etant allé par dévotion au Puy en Vêlai visiter l'église de Notre-Dame, entre plusieurs pauvrei qui lui demandoient l'aumône, il vint un aveu« gle qui dit avoir eu révélation de saint Pierre qu'il recouvreroit la vue, en lavant ses yeuit de leau dont l'abbé Mayeul auroit lavé ses mains. L'abbé le renvoya avec une forte réprimande ; et sachant qu'il avoit demandé de cette eau à ses domestiques, il leur défendit avec menaces de lui en donner. L'aveugle ne se rebuta point ; mais après avoir été refusé plusieurs rois , il attendit l'abbé sur le chemin, prit son cheval par la bride, et jura qu'il ne auitteroit point qu'il n'eût obtenu ce qu'il demandoit. Et afin qu'il n'y etit point d excuse , il portoit de l'eau dans un vaisseau pendu à son cou. Le saint en eut pitié : il descendit de cheval , bénit l'eau selon l'usage de TEglise , en fît le signe de la croix sur les yeux de l'aveugle , puis avec les assistants se mit à genoux , et pria la Sainte-Vierge avec larmes. Avant qu'il se fût relevé , l'aveugle recouvra la vue. Sirus, auteur de la vie du saint, dit avoir appris ce miracle de ceux qui en furent témoins. Dans une terre de l'abbaye de Clu» gny, un paysan s'étant fait donner secrètement de l'eau dont l'abbé avoit lavé ses mains, en lava les yeux de son fils aveugle , qui recou*» vra la vue aussitôt. Le saint homme l'ayant su, faisoit depuis répandre en sa présence l'eau dont il s'étoit lavé ; mais on ne laissoit ps de lui en dérober oui guérissoit les malades. On raconte de lui plusieurs autres miracles.

Il aufi:menta considérablement les biens temporels de Clugny, et en étendit l'observance h, plusieurs monastères , ^u'on le chargea de réformer en France et ailleurs (1). L^mpereur Othon le grand , connoissant son mérite par le rapport de plusieurs personnes, dèsiroit ar-» demment de le voir. Car les soins de l'Etat ne l'empôchoient pas d'avoir une affection pour les monastères ; et il gémissoit souvent de voir les moines mener une vie séculière (2). Hel-

(1) Elog. Maj. S»c. 6.

Ben. n. 21, etc. p. 7t^.

<«) Vita pef 6yf . !ib. ft, C. 20. Sup. liv. LV,n. 38.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[ Âo de J.-C. U73.

dnc , qui , comme j'ai dit , après avoir été un seigneur considérable en Italie, avoit tout quitté pour se rendre moine à Clugny, procura à l'empereur la connoissance particulière de Tabbé Mayeul. Ce prince le fit donc venir près de lui, et le prit tellement en affection, qu'il voulut lui donner le gouvernement de tous les monastères qui dépendoient de lui en Italie et en Germanie. L'impératrice auroit voulu le servir comme la moindre femme ; il étoit respecté et aimé de tous les seigneurs : c'étoit le confldent de l'empereur, et tous ceux qui avoient des affaires auprès du prince recherchoient sa médiation. En ce temps-là, c'est-à-dire vers l'an neuf cent soixante-six^ il réforma 1 abbaye de Classe, près de Ravenne, dédiée à saint Apollinaire, et y mit un abbé; et, a la prière de l'impératrice, il rétablit le monastère de Saint-Sauveur près de Pavie nommé du Ciel-d'or, fondé par le roi Luitprand , et fameux par les reliques de saint Augustin (1).

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