Commencements de saint Romuald
Cependant s'élevoient en Italie deux grands solitaires, Romuald, en Lombardie, et Nil, en Calabre. Romuald naquit à Ravenne, de l'illustre famille des ducs; et, dans sa première jeunesse» , cédant au penchant de l'âge et abusant de la commodité des richesses, il s'abandonna à l'impureté (1). Toutefois, ayant la crainte de Dieu , il s'efforçoit souvent de se relever, et se proposoit de faire quelque chose de grand. Quand il étoit à la chasse , s'il trouvoit dans le bois un lieu agréable, ildisoiten lui-même : Que des ermites seroient bien ici ! qu'ils seroient en repos et à couvert des agitations du siècle! Son p(Te, nommé Sergius, étoit homme d u monde et fort attaché à ses intérêts. 11 avoit pris querelle avec un de ses parents pour un pré qu'ils se disputoient ; et voyant que son fils Romuald mollissoit dans celte affaire , et avoit une extrême horreur de faire mourir ce parent , il le menaça de le déshériter. Enfin , on en vint aux mains , et le parent fut tué de la main de Sergius. Quoique Romuald n'eût eu autre part au meurtre que d'y avoir été présent , il en voulut faire pénilence pendant quarante jours, et se retira pour cet effet au monastère de Saint-ApoUinaire de Classe,
Là , touché par les exhortations d'un frère convers, il résolut de se donner entièrement à Dieu, et demanda l'habit monastique ; mais hs moines , craignant la dureté de son père , n'osoient le lui accorder. Romuald s'adressa donc à Honestus , archevêque de Ravenne, qui avoit été abbé de Classe. Ce prélat l'exhorta à
(I) Vila per Pair. Dam.
Acl. Ben. baec. 6, p. 281.
Boll. 7 febr. t. i, p. 101.
rOMF IV.
suivre son saint désir, et recommanda aux moines de le recevoir sans hésiter; ce qu'ils firent , appuyés d'une telle autorité. Romuald avoit alors vingt ans , et Honestus étoit entré dans le siège de Ravenne Tan neuf cent soixante-onze , d où il s'ensuit que Romuald ne pouvoit être né plus tôt que vers l'an neuf cent cinquante-deux (1). Il demeura environ trois ans au monastère de Classe; mais, voyant que l'observance y étoit relâchée, il commença à. reprendre sévèrement les moines, leur mettant la règle devant les yeux. Indignés de la hardiesse de ce jeune homme, ils résolurent sa mort ; et comme il se levoit la nuit avant les autres pour prier, ils vouloient le précipiter d'une terrasse. Mais , étant averti par un des complices , il évita le péril.
Comme il avançoit de plus en plus dans le désir de la perfection , il apprit qu'il y avoit près de Venise un ermite, nommé Marin, d'une haute spiritualité. Ayant donc demandé le consentement de l'abbé et des moines de Classe qui lui fut facilement accordé, il s'embarqua pour l'aller trouver , et se mit sous sa conduite. Marin étoit un homme d'une grande simplicité et d'une grande pureté, mais qui n'avoit point eu de maître dans la vie solitaire. Il récitoit tous les jours le psautier, et comme Romuald ne savoit rien quand il quitta le monde à peine pouvoit-il encore lire en ce temps^à! Marin lui donnoit des coups de baguette sur la tête , du côté gauche , pour le corriger et Romuald , après l'avoir long-temps souffert lui dit enfin: Mon maître, frappez-moi s'il vous plaît, du côté droit; car je n'entends presque plus de l'oreille gauche. Marin admira sa patience , et le traita plus doucement.
(1) VitaNum. 101. Rub. Hisl. Rav. p. 262. Vita, n. 7.
Ut) 4
•;•.•••. HISTOIRE DU *ir. 'CohVersion de Pierre Urséole.