X. Autres actions de saint fi
Il délivra plusieurs possédés, en leur faisant faire l'onction de l'huile par les prêtres , ou les envoyant à Rome aux tombeaux des apôtres; mais il ne vouloit pas leur faire le moindre signe de croix de sa main. Quelque répugnance qu'il eût à venir dans le monde et en voirie tumulte, il ne laissoit pas dans l'occasion d'intercéder pour le peuple auprès des magistrats , afin de sauver les malheureux opprimés , et quelquefois les ( oupables. Et il ne craignoit point de souffrir pour cet effet la fatigue de marcher à pied et les incommodités des saisons. Plusieurs des officiers qui venoient en Italie, lui offroient de grandes sommes d'argent pour la subsistance de sa communauté ou pour les pauvres ; mais il leur disoit : Mes frères seront heureux, suivant le psaume (1), s'ils vivent du travail de leurs mains, et les pauvres crieront contre vous, comme retenant leur bien , et m'admireront comme possédant tout sans rien avoir
Un eunuque de la chambre de l'empereur l'ayant prié de le venir voir, lui dit : Je n'ai point de parents, et j'ai de grands biens ; j'ai résolu de les donner à Dieu , et de fonder un monastère (2). Venez avec moi à Constanlinople , je prendrai le saint habit de votre main, et je vous ferai converser familièrement avec les empereurs , comme vous êtes ici avec moi. Nil fit «elon sa coutume le signe de la croix sur sa poitrine, et répondit à l'eunuque : Votre dessein est beau et agréable à Dieu , mais il ne me convient pas de quitter mon désert et les pauvres qui souffrent avec moi , pour me promener dans les villes et me charger d'affaires. Manque-t-on à Constanlinople de moines et d'abbés , pour donner l'habit à ceux qui veulent quitter le monde ? Que si vous voulez absolument que je vous le donne, venez marcher dans la voie étroite avec noua. L'eunuque insistoit à accomplir son dessein, et le saint abbé l'ayant quitté , remercioit Dieu de l'avoir délivre de ce piège de l'ennemi.
L'archevêque de Rossane étant mort, tous
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s'accordèrent qu'il falloit surprendre Tabbé Nil , et le forcer à remplir cette place (1). Les magistrats et les principaux du clergé marchoient déjà pour exécuter leur dessein ; mais quelqu'un les prévint , croyant porter au père une agréable nouvelle. Il le remercia, et lui fit même donner un présent ; mais il se retira au fond d'une montagne avec des moines, et se cacha si bien qu'on ne put jamais le trouver. Les prêtres et les magistrats qui éloient venus au monastère, après avoir bien cherché et longtemps attendu , s*en retournèrent fort affligés, et furent contraints d'élire un autre archevêque. Quelque temps après , les Sarrasins ayant fait une incursion dans la Calabre , saint Nil se retira dans la forteresse avec ses moines, excepté trois, qui, étant demeurés dans le monastère, furent pris et emmenés en Sicile (2). Saint Nil songea à les retirer, et, ayant amassé cent tarins d'or des revenus du monastère , il les envoya à Palerme par un frère fidèle, avec un mulet qu'on lui avoit donné , et une lettre adressée à l'écrivain de l'émir, qui étoit chrétien et pieux. Il lut la lettre à l'émir, son maître , qui admira la sagesse et la vertu du saint abl^ ; et, ayant fait venir les moines, il les traita avec honneur, et retint seulement le mulet pour se souvenir d'eux ; mais il les renvoya avec l'argent et plusieurs peaux de cerfs, les chargeant d'une lettre où il disoit : C'est ta faute de ce que tes moines ont été maltraités ; si tu t'étois fait connoître à moi , je t'aurois envoyé une sauve-garde, avec laquelle tu n'aurois pas eu besoin de sortir de ton monastère; et si tu voulois bien venir chez moi , tu pourrois l'établir dans tout le pays , et je te traiterois avec toutes sortes d'honneur et de respect.