III. Lettre du pape à sAiot Germain
Il ne manqua pas d'écrire au pape Grégoire ce qui se passoit en une affaire si importante ; et le pape lui fil réponse par une grande lettre, où d'abord il le félicite sur la vigueur avec laquelle il défend la doctrine de lEglise (3). Elle ne s'est jamais trompée, dit le pape, quoi-
3u'on se l'imagine ; et cette tradition n'a rien e commun avec la pratique des païens (4). Il fai^t regarder l'intention et non pas l'action. Si les prophéties n'ont pas été accomplies par l'incarnation du fils de Dieu, il ne faut pas peindre ce qui n'a pas été ; mais, puisque tout s'est passé réellement , qu'il est né qu'il à fait des miracles, qu'il a souffert, qu'il est ressuscité , plût à Dieu que le ciel , la terre , la mer, tous les animaux, toutes les jetantes, pussent raconter ces merveilles par la parole, par l'Ecriture , oU par la peinture.
On app<»lle idoles les imagc^s d'e ce gui n'est point, et qui ne subsiste que dans les ftibles et les inventions ft-ivoles des païens. Mais l'Eglise n'a rien de commun avec les idoles j à Dieu ne plaise, nous n'avons jamais adoré des vaches, ni le veau d'or , ni regardé la créature comme un Dieu, ni reçu les mystèn^s de Béelphégor (5). Que si quelqu'un veut imiter les juifs en accusant l'Eglise d idolâtrie, à cause des vénérables images, nous le regardons comme un chien qui aboie en vain , et nous lui dirons comme aux juifs : Plût à Dieu
âu'Israël eût profité des choses scmsibles que ►ieu lui avoit ordonnées pour le mener à lui; qu'il eût aimé le saint autel plutôt que les vaches de Samarie^ la verge d'Aaron plutôt que Astarte, et la pierre dont l'eau étoit sortie plutôt que Baal. C'est ainsi que l'église romaine étoit d'accord avec celle de Constautinople.
L'entreprise de l'empereur Léon contre les images lui attira une révolte des peuples de la Grèce et desCyclades,qtii armèrent une flotte
(2) Sup.liY.XY,n.20.Ibid.
(3) Conc.7, Acl.i, p. 282,
An de J.-C. 72a. }
sous prétexte de zèle pour la religiou, menant avec eux un nommé Cosme pour le couronner empereur (1). Les chefs de cette armée étoient Agallien, qui commandoiten Grèce, et Etienne. S'étant approchés de Constantinople, ils donnèrent une bataille le dix-huitième d'avril, indiction dixième , l'an sept cent vingt-sept. Les rebelles y furent entièrement défaits; Agallien se jeta dans la mer tout armé, Cosme et Etienne furent pris , et eurent la tôte tranchée.
f y. Germaio chassé. AnasUse, patriarche
C<î succès encouragea l'erppereur Léon à persécut^T les catholiques, et il fit de nouveaux efforts p()ur gagner le patriarche Germain, qqi s'éluit déclaré contre les rebelles. L'empereur, l'ayî^nt f^it venir, (iniploypj^ poyr le persuader les paroles les plus flatteuses (2). Le patriarche lui dit : Nous avons bien ouï dire qiïe les sain tes images dévoient être ôtées , mais non sous votre règne. Léon l'ayant pressé de dire sous quel empereur, il répondit, sous Conon. Léon reprit : Il est vrai qv^e mon nom de baptême est Conon (3). Et le patriarche reprit : A Dieu ne plaise, seigneur , que ce mal s'apcpmplisse sous votre règne. Celui qui l'exécutera est un persécuteur de l'aRtechrisl, et tend à rppverser le mystère de f incarnat joq. Ensuite, vqyant l'einpereur irrité dp ce disço^rs, i) le fi^ souvenir de ce qu'il avojt promis à çoij couroripemeijlj ot comme il avoit pris Djeu à témoin qu'il ne çhangerpit rien à la tradition (Je l'Église. L'empereur n'en fut poipt tp^çh^ ; mais n continua de parler au patrjarche , ppur en tirer, sil pouvpit, queltj^e discours offensant, afin de le faire dépospr pommp séd^ienx. Il ét^l aidé dans ce dessein par Anastase , disciple et syncelie du patriarcfie ; car il étpit dans les mêmes sentiments que l'empereur , qm lui ^voit promis de le maître à la place de Germain dans le siège de Cpnstantinople. te çaint patriarche, qui n'ignoroit pas la mauvaise aisposition d'Anastase , se contenta de lui représenter sa trahison avec sagesse et douceur. Mais, voyant que son égarement étoit sans retour , il lui dit uii jour comme ils entroient chez l'empereur, et qu' Anastase le suivant avoit marché «ur sa robe : Ne vous pressez point, vous n'entrerez que trop lôtdaus l'hippodrome. A^iastase fut troublé de cette parole, aussj bien que ceux qui l'entendirent ; mais éfle fut vérjUiée quinze ans après, quand remperei^r Con- Mantiu fit déposer bonteusemenl Anastase , l'an ficpt cent quarante-quatre. Car ceci se passoit en sept cent vingt-neuf. L'empereur prit donc e^ aversion le patriarche Germain, accu- Mul d'idolâtrie tous les cnipereurs ses prédé- /Cesseucs, tous Jes évéquese;l Ipiusle^ ctu-eliens.