LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME
métropolitan; vous déclarâtes que vous en étiez d'accord , et je vous en donnai copie. Ne scandalisez donc pas le peuple innocent, mais souvenez-vous du terrible jugement de Dieu contre les auteurs du scandale ; et sachez que, jusqu'à ce que vous ayez rendu ma lettre à votre métropolitain, je vous défends au nom de la sainte trinité de faire aucune fonction d'évêque , car j'aime mieux user de quelque rigueur que me rendre moi-même coupable devant Dieu.
Le patriarche Germain écrivit encore à Thomas, évéque de Claudiopolis, qui s'étoit déclaré contre les images (1). 11 lui dit entre autres choses : Vous avez été long-temps avec nous, nous logions ensemble, vous proposiez quelquefois des questions de l'Écriture, sans que jamais vous nous ayez dit un mot sur les images des saints, de Jésus-Christ, ou de sa sainte mère. Vous avez gardé un profond silence sur ce sujet (2). Toutefois, j'apprends qu'étant de retour en votre ville, vous avez fait ôter les images comme par une commune résolution, un dessein arrêté. J'ai peine à le croire, mais je suis obligé de vous en dire mon sentiment. Souvenez-vous premièrement que nous devons éviter. en tout les nouveautés; mais principalement, quand ce peut être une occasion de scandale au peuple ndèle , et que l'on s'oppose à une coutume établie depuis long-temps dans l'Église. D'ailleurs, nous devons réfuter les calomnies que les infidèles ramassent contre l'Église, et montrer sa noble et divine immobilité. Or, ce n'est pas d'aujourd'hui que les juifs et les vrais idolâtres nous ont fait ce reproche , sans autre dessein que de noircir notre foi. Car ils ne se soucient pas de nous détourner des ouvrages des hommes , eux dont tout le culte y est attaché, qui ne connoissent rien au-dessus des choses sensibles, qui ne font qu'abaisser en toutes manières la nature divine, l'enfermer dans un lieu, et la représenter par des images corporelles. Quant aux Sarrasins ou musulmans, il leur reproche la pierre noire de la maison carrée de la Mecque, qui est le principal objet du pèlerinage (3).
Il s'étend ensuite sur la pureté de la religion chrétienne, qui n'a pour objet d'adoration qu'un seul vrai Dieu invisible et inaccessible dans sa gloire. Au contraire , dit-il, les idolâtres croient faire un dieu qui n'étoit point auparavant ; et, quand il est détruit , ils croient n'avoir plus de dieu , s'ils n'en font un autre semblable. Les honneurs qu'ils leur rendent sont pleins de dissolution et de toutes sortes d'actions et de paroles déshonnêtes (4). Mais au contraire les images des saints qui sont chez les chrétiens ne servent qu'à les exciter à la vertu, comme feroient les discours des gens de bien. Caria peinture est une histoire abrégée et tout
(t) T. l,Conc. p. 198.
(3) V.Bibl.Oriênt.p.97,
lilSTOIRE DU CHRISTIANISME.
se rapporte à la gloire du père céleste. Quand nous aaOrons limage de Jésus-Christ, nous n*adoron^ pas les couleurs appliquées sur du bois : c'est le Dieu invisible qui est dans le sein du père que nous adorons en esprit et en vérité (1). Et ensuite, depuis la fin des persécutions , on a tenu plusieurs conciles œcuméniques , qui ont fait des canons siir des sujets bien moins importants que celui des images. Cependant ils n'auroient pas dû le laisser sans examen , si cette ancienne coutume nous conduisoît, comme l'on prétend, à l'idolAlrie contre la défense des saintes Ecritures , et nous éloighoit de Dieu. Car celui qui a promis aux apôtfc-es d'être avec eux jusqu'à la fin du siècle, Ta proDiis aussi aux evêaues , qui dévoient après eux gouverner l'Ëglise. Et puisqu'il a dit qu'il seroit au milieu de deux ou trois assemblés en soti nom, il h'auroit pas abandonné de si grandes multitudes assemblées par le zèle de sa religion, sans leur communiquer son ins))it*atioîi et sa conduite , d'autant plus que celte coutume n'est pas seulement établie dans Un petit nombre de villes ou dans les moins considérables, tnais presque dans tous les pays, et dans les pfemiétes et les plus illustres ^lises.
Il répond ehsuite à l'objection tirée de l'Eci'Hùre, où Dieu défend de faire aucune image de oequi est au ciel ou sur la terre (2). Le sens, dit-il , en est manifeste, que la nature divine est invisible et incompréhensible , et qu'il ne faut pas s'iiiiaginer qu'elle ait rien de semblable avec tes images corporelles. Car après avoir dît (3) : Vous n'avez vu aucune image lorsque le Seigneur vous a parlé sur le mont Hoi^eb ; il ajoute aussitôt : Ne vous trompez pas en faisant quelque sculpture, et le reste. Tant pour les faire souvenir du veau d'or , que jjour les détourner de la coutume des Egyptiens, qu'ils connoissoient. C'est ce que dit saint Paul aux Athéniens (4) : Qu'étant enfants de Dieu ,nous ne devons pas croire que la nature divine soit semblable à l'or, à l'argent ou à l'ouvrage des hommes. Or, nous ne reconnoissons qu'un Dieu , nous n'adorons que lui , et nous n'offrons qu'à lui le sacrifice par Jésus- Christ. Et ensuite : Les chrétiens ne rendent aucun cfulte ni aucun honneur aux images de leurs parents ou de leurs amis; mais en regardant l'image d'un saint, nous rendons gloire à Dieu. Et encore : On ne doit pas être scandalisé de ce qu'on présente aux images des saints des lumières ou desparfiuns. Ce sont des symboles de leurs vertus pour signifier leur lumière spirituelle, et l'inspiration du Saint-Esprit (5). Éi encore: Ce qui est bien important, c'est que Dieu a fait souvent des miracles sur des images, dont il y a plusieurs histoires , comme des guérisons des malades , dont nous avons
(2) Exod.xx,4;Deul.Y,8.
(3; ï)em. IV, t5.
(i) Act. XVII, 29.
(5)P.311,C;31*,B;Ib.
[An dcJ.-C. 7i8.
nous-méme l'expérience, des charmes rompus, des apparitions en songe ; et, ce qui est hors de doute et sans contredit , l'image de la Sainte- Yierge qui étoit à Sozopolis de Pisidie , a répandu de sa main p^MUte un parfum liquide: il y en a plusieurs témoins (i). Il ne parle que des images de la plate peinture , et il n'y en avoit point d'autres dans les églises, suivant l'usage que les Grecs conservent encore ; c'est pourquoi saint Germain , parlant de la statue de bronze que l'hémorroïsse dressa en Thonneur de Jésus-Christ , ajoute (2) ^ Nous ne disons pas cela pour dire qu(>nous devions avoir des statues de bronze. C'est ce qui m'a paru de plus remarquable dans ses trois lettres.