‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1103 sur 2407 · XIII. Fin de saint Dunstan · texte numérisé non relu

XIII. Fin de saint Dunstan

De son temps, mourut saint Dunstan, la lumière de l'Angleterre. Quatre ans auparavant saint Ethelvold de Winchester étant venu à Cantorbéry avec l'évéque de Rochester , Dunstan les reçut avec grande joie, parce que c'étoit par ses soins qu'ils avoient été nourris, instruits et élevés aux premiers honneurs de l'Eglise. Après avoir passé plusieurs jours ensemble en douces conversations , l'archevêque les conduisit hors la ville; et quand il fallut se séparer , il commença à fondre en larmes, en sorte qu'elles lui côupoientla parole. Les deux évêques étonnés lui en demandèrent la cause. C'est ce que je sais , dit-il, que vous devez mourir bientôt. En effet, l'évéque de Rochester, étant à peine rentré dans sa ville, fut attaqué d'une maladie violente, qui l'emporta en peu de jours; et l'évéque de Win-

chester tomba malade avant même que d'arriver chez lui. Il mourut le premier d'août l'an neuf cent quatre-vingt-quatre , la vingtdeuxième année de son épiscopat. L'Eglise honore sa mémoire le jour de sa mort ; et on lui attribuoit plusieurs écrits que nous n'avons plus (1).

Après la mort de saint Ethelvold , il y eut une grande division pour l'élection du successeur, entre les clercs qui avoient été chassés de l'église de Winchester pour leurs dérèglements, et les moines qui avoient été mis à leur place (2) ; car chaque parti en vouloit un de son corps. Saint Dunstan s'étant mis en prière pour demander à Dieu de lui faire connoître celui qui étoit digne de remplir ce siège, saint André lui apparut, et lui ordonna de prendre Elfège, abbé de Bath , et le sacrer évêque de Winchester. C'étoit un grand personnage, et il fut depuis archevêque de Cantorbéry.

Le jour de l'Ascension , dix-sept de mai neuf cent quatre-vingt-huit, après la lecture de l'Evangile , saint Dunstan prêcha à son ordinaire , puis il continua la messe et donna la bénédiction solennelle avant la communion (3). Il exhorta encore son peuple à se détacher des choses de la terre ; et , après avoir donné le baiser de paix, il ne put se contenir davantage, et leur dit de se souvenir de lui , et que le jour étoit proche où Dieu l'appelleroit ; alors il s'éleva de grands cris, on vit couler des torrents de larmes , et un prêtre , nommé Elgar, docte et vertueux, qui fut depuis évêque, déclara que, le matin même, il avoit vu des anges dire à Dunstan qu'il se tînt prêt pour partir le samedi.

Après le dîner, l'archevêque revint à l'église et marqua le lieu de sa sépulture. Comme il remontoit pour aller se reposer , ainsi qu'il avoit accoutumé pendant l'été , ceux qui le suivoient en grand nombre le virent élevé de terre et monter en l'air. Ils en furent effrayés ; et , étant revenu à bas , il leur dit : Vous voyez où Dieu m'appelle , et personne ne doit désespérer de venir au ciel en suivant mes traces. Cherchez en tout à pratiquer la volonté de Dieu ; ne vous mettez pas en peine de paroître bons , mais de l'être , ni de ne paroître pas méchants , mais de ne l'être pas. Je vous prédis que la nation angloise souffrira beaucoup et long- temps de la part des étrangers, mais à la fin la miséricorde de Dieu se répandra sur elle. En parlant ainsi, le saint prélat sentit que les forces de son corps diminuoient peu à peu. Néanmoins, il continua tout ce jour-là et le vendredi suivant à instruire et consoler tous ceux qui venoient se recommander à lui et lui demander sa bénédiction.

(1) Baron, an. 984. Papebr. Cona. 167. Sup. iiv.

LVi, n. 36. (2) Ms. ap. Papebr.

(1) Vila Dunst. n. 38. (i) Vita S. Elfegi n

Sec.5,Ben. p.68i.S»c.5, S«c. 5 Ben. p. 116. S

Bened 607, 6ai. Martyr. Iiv. LVi, u. 5.

^ 1 Aug. (3; Vita n. ia.

Sup.

Le samedi, dix- neuvième de mai, il fit célébrer devant lui les saints mystères , et ayant reçu le viatique , il fit une fervente prière d'actions de grâces, après laquelle il expira. Il fut enterré dans l'église de Sainl-Sauveur, sa cathédrale, au lieu qu'il avoit marqué devant les degrés de l'autel. Les regrets de son peuple furent extrêmes , et il se fit depuis , à son tombeau , un grand nombre de miracles , dont nous avons une histoire fidèle , par le moine Osberne, qui vivoit dans le siècle suivant , et qui écrivit le premier la vie du saint. Saint Dunstan rétablit les lettres en Angleterre , aussi bien que la discipline monastique. On lui attribue plusieurs écrits , dont il reste peu qui soient certainement de lui. L'église honore sa mémoire le jour de sa mort (1).

XIY. Saint Adalbert qaitte Prague.

L'année suivante , neuf cent quatre-vingtneuf, saint Adalbert de Prague vint à Rome constdter le pape comment il se de voit conduire, attendu l'indocilité de son peuple (2). Depuis qu'il étoit évêque , il avoit mené une vie exemplaire , et s'étoit parfaitement acquitté de tous ses devoirs. Il partagea en quatre les revenus de l'église , selon les canons : la première, pour les réparations et les ornements de l'église ; la seconde, pour les chanoines , la troisième, pour les pauvres ; et la quatrième, pour lui. Il distribuoit de grandes aumônes à toutes les fêles , et nourrissoit tous les jours douze pauvres. Il avoit un lit de parade, mais il couchoit siu" la terre , et tout au plus sur un cilice , dormant peu , et passant la plupart de la nuit en prières. Il observoit, comme les moines, le silence depuis complies jusqu'à prime. Après prime, il donnoit audience, puis il travailloit de ses mains , ou lisoit l'Ecriture sainte avec ses chapelains. Il visitoit soigneusement les prisonniers et les malades. Il prêchoit assidûment , et mêloit dans sa conduite la sévérité et la douceur.

Mais son peuple profitoit peu de ses instructions ; la plupart sembloient affecter de commettre les désordres dont il vouloit les retirer, et s'obstiner à leur perte. Voyant donc que , loin de leur être utile , il se nuisoit à lui-même, il résolut de les quitter, principalement pour trois sortes de péchés , la pluralité des femmes , les mariages des clercs , la vente des esclaves chrétiens aux Juifs. Dans le même temps qu' Adalbert étoit prêt à partir pour Rome , il se rencontra que le moine Straquaz vint à Prague. II étoit fils de Boleslas le cruel et frère de Boleslas le pieux , qui régnoit alors en Bohême. Le père, pour expier la mort de saint Vinceslas , donna ce fils à saint Emmeran de Ratisbonne , où il embrassa la vie

(1) S»c. 5, p. 989. Martyr. R. 19 mai.

(2) Sup. Iiv. LVI, n. 56.

Vita D. U. S»c. 5. Act« Ben. p. 853.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

monastique (1). Il éloit donc venu, après plusieurs années, par la permission de son abbé, voir son pays , ses parents et le duc son frère. L'évêque Adalbert, l'ayant pris en particulier, lui ût de grandes plaintes de la malice de son peuple, des mariages incestueux et des divorces , de la désobéissance et de la négligence du clergé, de l'arrogance et de la puissance intolérable des seigneurs. EnOn, il lui découvrit son dessein d'aller à Rome consulter le pape , et ne jamais revenir à ce peuple indocile.

It se rencontre heureusement , ajouta-t-il , que vous êtes frère du duc ; ils vous obéiront

filutôt qu'à moi , vous pourrez les réduire par 'autorité de votre frère j votre noblesse, votre science et la sainteté de votre profession vous rendent digne de l'épiscopat ; je vous le cède volontiers , et je solliciterai le pape de vous l'accorder de mon vivant. En parlant ainsi il lui mit entre les bras le bâton pastoral qu'il tenoit. Mais Straquaz le jeta par terre avec indignation, et dit : Je ne suis ni digne ni capable de répiscopat , je suis moine , et mort au monde. Lévéque lui répondit : Sachez, mon frère , sachez que ce que vous ne voulez pas faire maintenant à propos , vous le ferez ensuite, et ce sera à votre perte.

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