‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1104 sur 2407 · XV. Saint Adalbert à Rome · texte numérisé non relu

XV. Saint Adalbert à Rome

Adalbert vint à Rome en neuf cent quatrevingt-neuf, et le pape Jean XV lui conseilla de quitter sou peuple rebelle plutôt que de se perdre avec lui. Ayant donc résolu de passer le reste de sa vie en pays étranger, il commença par distribuer tout son argent aux pauvres. Lj'impératrice Théophanie, mère d'Othon II, qui régnoit alors, se trouva dans le même temps à Rome ; et sachant que l'ovêque Adalbert vouloit aller en pèlerinage à Jérusalem, elle le ût venir secrètement, et lui donna tant d'argent , que le jeune Gaudence , frère d* Adalbert , le pouvoit à peine lever de terre. Elle l'obligeoit à le prendre pour la dépense de son voyage; mais le saint évéque le distribua tout aux pauvres la nuit suivante.

Ayant renvoyé ses gens en Bohème, il changea d'habit, acheta un âne pour porter le bagage , et se mit en chemin, avec trois personnes seulement, pour aller à Jérusalem. 11 passa au mont Gassin , et y fut reçu avec honneur, sans être connu. Quelques jours après, comme il en vouloit partir, l'abbé Manson , successeur d'Aligerne, le vint trouver, avec les principaux du (monastère, et lui dit : Vous entreprenez un long voyage, et plein de grandes distractions ; il est bon de quitter le monde, mais il n'est pas avantageux de changer de place tous les jours (2) ; il vaut mieux se fixer

• ^^i*^»*^*- ^^'- ^^8**' (2) Chr.Gass. 1, u, c. 17. ap. Mabill. p. 809,

[ An de J.-C. 980.

en un lieu , suivant les maximes de nos pères. Adalbert reçut ce conseil comme venu du ciel, et résolut de s'arrêter au moût Gassin pour y passer le reste de sa vie.

Mais un des principaux du monastère lui dit un jour avec plus d'affection que de discrétion : Mon père, vous ferez très-bien de prendre ici l'habit monastique, et demeurer avec nous ; car comme vous êtes évêque , vous consacrerez nos églises , et ordonnerez nos clercs. Adalbert voyant qu'il étoit découvert, fut aussitôt sensiblement affligé de ce discours; et il alla à Valdeiuce consulter saint Wil sur cequ'ilavoità faire. Saint J\ il connut d'abord par quel mouvement il agissoit , et dit depuis qu'il n'avoit jamais vu personne plus fervent dans l'amour de Dieu que ce jeune homme. Mais il lui dit : Je vous recevrois , mon fils , dans ma communauté , si ce n'étoit lui nuire sans vous servir. Vous voyez à ma barbe et à mon habit que je suis Grec et étranger j et Iç lieu que nous habitons appartient à ceux que vous quittez : si je vous reçois, ils me chasseront , et vous serez encore plus incertain du lieu de votre retraite. Je vous conseille de retourner à Rome et d'aller trouver de ma p«rt l'abbé Léon , avec une lettre par laquelle je le

Srierai de vous garder chez lui , ou du moins e vous recommander à l'abbé de Saint-Sabbas. Adalbert, étant revenu à Rome, s'informa du monastère de l'abbé Léon, et apprit que c'étoit celui deSainl-Alexis. Léon, voulant l'éprouver, le rebuta d'abord , et lui parla durement ; mais le voyant ferme , il le mena au pape pour ne rien faire que de son consentoment et de l'avis des cardinaux, Enfin il lui donna l'habit le jeudi-saint l'an neuf centqua-^ tre-vingl-dix , sans savoir qui il étoit. Deux de ceux qui avoient suivi Adalbi»rt l'abandonné^ rent, voyant qu'il vouloit s(î faire moine : il n'y eut que son frère Gaudence qui lui de^ meura fidèle, et embrassa la même profession (t). Adalbert s'exerçoit à l'obéissance et à l'humilité, servant aux travaux les plus bas dans le monastère.

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