XVI. Libentiui, archevêque de Brème
Adaldague, archevêque de Brème , étoit mort dès l'an neuf cent quatre-vingt-huit, indiclion première, le vingt-huitième d'avril, après cinquante-trois ans d'épiscopat ; et Libenlius lui avoit succédé. Ce prélat , très-savant et trèsvertueux, étoit venu d'Italie avec l'évêque Adaldague , et le pape Benoit V , lorsqu'il fut relégué en Saxe ; et Adaldague ne trouva que Libontius à qui il pût confier le gouvernement du diocèse de Hambourg. Il reçut le pallium du pape Jean XV, et le bâton pastoral de l'empereur Otlion III , et fut le premier archevêque de Brème consacré par ses suffragants.
AndeJ.-C.Q8Q.]
Car jusque-là cet archevêque étoit sacré par celui de Maycnce ; mais Adaldague ayant obtenu du pape Agapet le pouvoir d'ordonner des évêqucs en Danemark et dans les autres pays septentrionaux, ses successeurs furent ordonnés par les évêques deleur dépendance ( 1 ) .
Libentius se trouve £^ussi nommé Liévizo , par une corruption de son nom , venue apparemment de la prononciation des barbares (2). Sa pureté étoit telle , qu'il ne se laissoit voir aux femmes que rarement ; ses jeûnes le rendoient toujours pâle , son humilité le faisoit paroitre dans le cloître comme un simple moine; car c'étoient des moines qui servojent l'église de Brème, comme les autres qu'ils avoient fondée^. Il se contentoit des biens de son église, et n'alloit guère à la cour pour les augmenter. Il demeuroit eu repos chez lui , tout occupé à gouverner son diocèse et à gagner des âmes ; et tenoit dans une exacte discipline toutes les communautés de sa dépendance. 11 prenoit soin par lui-même des hôtes et des malades , et les sçrvoit en personne , quoiqu'il eût chargé son neveu Libentius du gouvernement de l'hôpital. Tant que le pays des Sclaves fut en paix , il visita souvent les peuples de de-là TElbe, et s'acquitta fidèlement de sa mission chez les payens.
Cependant comme Suen , roi de Danemark, persécutoit violemment les chrétiens ; l'archevêcjue Libentius lui envoyoit souvent des députes avec des présents pour l'apaiser : mais il demeura inexorable. Quelque temps après, faisant la guerre aux Sclaves, il fut pris par deux fois et emmené chez eux ; et les Danois le rachetèrent par deux fois. Ensuite lléric, roi de Suéde , entra en Danemark avec une armée innombrable , et Suen lui ayant livré un combat naval , fut vaincu , dépouillé de son royaume , et réduit à s'enfuir. Tous ces malheurs furent regardés comme une punition divine de son parricide , et de la persécution qu'il avoit faite aux chrétiens (3). Héric étant ainsi maître des deux royaumes de Danemark et de Suède , Poppon, évêque de Slesvic, alla vers lui en ambassade de la part de l'empereur et de l'archevêque de Hambourg , pour traiter de la paix. C'étoit un saint homme; et comme les barbares lui demandoient un miracle à leur ordinaire, on dit que sans hésiter il prit un fer chaud avec la main et n'en fut pomt brûlé. Pour les persuader encore mieux, il se revêtit d'une chemise cirée, et, se tenant au milieu du peuple , il y fit mettre le feu. Ensuite levant les yeux et les mains au ciel , il la laissa brûler entièrement , et d'un visage gai assura (ju il n'en avoit pas même senti la fumée. Plusieurs miUiers de payens se conver-