XXI. CoDcile de Reims
C'est lui qui a écrit l'histoire du concile tenu près de Reims pour juger l'archevêque Arnoul , l'an neuf cent quatre-vingt-onze, indiclioti quatrième , la cinquième année du règne de Hugues et de Robert (3). Il s'y trouva sit évêques de la province de Reims, savoir : Guy de Soissons , Adalbéron de Laon , Hervé de Beàuvais, Gotesman d'Amiens, Ratbod de Noyon , Odon de Sentis ; de la province de Bourges , l'archevêque Dabert ; de la province de Lyon, Gauthier, évêqued'Autun, Brunon de Langres , Milon de Màcon ; de la province de Sens , l'archevêque Seguin , Arnoul , évêque d'Orléans, et Hébert d'Auxerre : c'étoit en tout treize évêques.
Daïbert ou Dabert étoit archevêque de Bourges depuis l'an neuf cent quatre-vingtsept , et tint ce siège vingt-cinq ans. Il est loué pour sa science et pour sa vertu (4). De son temps plusieurs églises , qui étoient d'anciens monastères usurpés par les seigneurs et ruinés, furent rétablies et converties en chapitres de chanoines séculiers , comme Saint- Ursin , Saint- Ambroise , Saint-Pierre le Puellier et Notre-Dame de Sales.
Brunon , évêque de Langres, étoit fils de Renaud, comte de Roucy, et d'Albrade, sœur de Lothaire , roi de France. Il étoit clerc de l'église de Reims quand le roi , son oncle , lui donna l'évêché de Langres , et il fut sacré par Bouchard , archevêque de Lyon , l'an neuf cent quatre-vingt-un, n'ayant encore que vingtquatre ans (5). Il s'acquitta de tous les devoirs d'un bon pasteur, et entre autre choses il prit grand soin du rétablissement des monastères. Il gouverna celte église trente-cinq ans.
(1) Ep. 117, Ep. alts 2, (i) Patriarc. Bctur. 6,50.
e, 10, 13, 12, c. 4. (5) Chr. S. Ben. t. 1,
(2; Epist. 117,111. Spicil. p. 4, 29. Elog. t. 1,
^3) Edit. Francof. 1000. bibl. Lab. p. 057.
Hébert, évêque d'Auxerre, êtoil frère du roi Hugues, fils naturel du dUc Hugues le grand , et a'uhe concubine , nommée Raingarde (1). Il vivoil en grand seigneur, adonné à la chasse et aux autn^s plaisirs , et fit dans les terres de son église deux forteresses , qui firent depuis beaucoup de mal au pays. Toutefois, il traita bien le clergé et encore mieux les moines. Il tint le siège d'Auxerre vingtcinq ans.
Ali concile de Reims assistèrent aussi plusieurs abbés (2). La présidence fut donnée à Seguin, archevêque de Sens, cottime le plus ancien; et Arnoul, évêque d'Orléans , comme le plus savant et le plus éloquent évêque des Ga.iles, fut chargé de conduire la procédure du concile et de faire des propositions, c'està-dire qu'il en fut le promoteur. Le lieu de la séance fut l'église du monastère de Saint- Bâle, à quatre lieues de Reims, et le premier jour fut le dix-septième de juin. Après (Jtre l'on eut ouï les excuses des évêaues qui n'avoienl pu se trouver au concile, l'évêque Ar-^ noul exhorta les assistants à agir sans passion, mais avec toute liberté. Puis il proposa ainsi le sujet du concile : Lorsque ie travaillois à procurer la paix de mon église, je fus surpris d'une étrange nouvelle : que la célèbre ville de Reims avoit été prise par trahison et pillée, sans épargner les choses saintes. On disoit que l'archevêque Arnoul avoit été l'auteur de ceà maux , lui qui devx)it les empêcher , et on en prenoit occasion d'insulter à tous les év^êques. Maintenant , puisque nous sommes assemblés par le zèle du sérénissime roi HUgues, notre maître, nous devons voir si notre confrère Arnoul peut se purger des crimes dont on le charge , particulièrement de celui de lèze-majesté. Car la honte de cette trahison retombe sur nous tous. Si les évêques, dit-on, se gouvernent par de justes lois , et s'ils sont fidèles à leur prince, que ne punissent-ils, selon leurs lois, un homme si coupable? On voit bien qu'ils veulent s'attribuer l'impunité. Dieu nous garde, mes frères, de tels sentiments, et de vouloir défendre ou condamner personne contre les lois. Ecoutons ceux qui savent comment la chose s'est passée, ou qui ont quelque plainte à faire; puis, ayant ouï les parties, nous jugerons selon les canons.
Alors Seguin, archevêque de Sens, dit • Je ne souffrirai point que l'on examine la cause d'un évêque accusé de lèze-majesté , si on ne promet de l'exempter du supplice en cas qu'il soit convaincu. Sur quoi il fit lire le trente et unième canon du quatrième concile de Tolède (3) , qui défend aux évêques , sous peine de déposition, de prendre connoissance du crime de lèze majesté, par ordre du prince, s'il ne promet de faire grâce du supplice , c'est-
à-dire de la vie. Dabert , archevêque de Bourges, appuya cet avis. Mais, dit Hervé, évêque de Bcauvais , prenez garde de donner occasion aux séculiers de ne pas attendre les jugemetits ecclésiastiques , et cie nous traîner à leurs tri^ bunaux. Car il^ ne souffritont pas que les cHmes demeurent impunis.