XXIV. Défenses d' Arnoul
Ensuite Arnoul, évêque d'Orléans , dit que si quelqu'un vouloit défendre l'archevêque Arnoul , \\\ étoit raisonnable de l'entendre ; et Seguin, archevêque de Sens , ordonna au nom de toutleconcile de parler pourluien toute liberté.
Cette proposition ayant été approuvée de tous lesévêques, étonna plusieurs des assistants, qui croyoient que le concile étoit déterminé à condamner Arnoul , et quelques-uns conçurent une grande espérance de le sauver. Trois hommes , distingués par leur science et leur éloquence , se déclarèrent pour lui : Jean, scholastique d'Auxerre, Ranulfe ou Romulfe, abbé de Sens, et Abbon de Fleury. Les défenseurs d' Arnoul produisirent la fausse lettre des évêques d'Afrique au pape Damase avec sa réponse, pour montrer que toutes les grandes affaires de l'Eglise doivent être réservées au pape, principalement les jugements des évêques (3). Ils lurent ensuite des extraits de plusieurs autres fausses décrétales, touchant les mêmes jugements ; et ils réduisirent la défense d' Arnoul à quatre propositions. Qu'étant spolié il devoit avant toutes choses être rétabli; qu'il devoit être appelé juridiquement ; que sa cause devoit être signifiée au pape ; que les accusateurs , les témoins et les juges dévoient être examinés en un grand concile (4). On répondoit de l'autre part que l'accusateur, c'est-à-dire le prêtre Adalger, n'étoit point auparavant ennemi d'Arnoul, et n'avoit pu être porté à l'accuser ni par crainte ni par intérêt , mais seulement par zèle de religion. Qu' Arnoul avoit été appelé au concile par lettres canoniques et par députés depuis plus d'un an. Qu'après ce terme , il ne devoit plus être écouté , suivant le titre douzième du concile d'Afrique ; et par conséquent qu'il seroit inutile de le rétablir. Pour
qui tut gardé
en attendant le concile , sous Louis le débon-
(1) To. 9, Conc. p. 1234.
Gonc. Carth. i, lom. 2. Conc. p. 1202, C..16.
(2) To. 2, Conc. p. 576.
(3) C 17,18, 19,20,21; tom. 2, Conc. p. 869, 870.
naire ; et d'Ebbon, archevêque de Reims , qui fut mis dans l'abbaye de Fulde. Et pour montrer que les évêques rebelles pouvoient être contraints par la puissance séculière, ils alléguèrent le recueil des conciles d'Afrique , titre trente-huit et quarante-trois (1),
Pour montrer que la cause avoit été portée au pape, on lut la lettre du roi Hugues à Jean XV, et celles des évêques que j'ai rapportées (2). Les défenseurs d'Arnoul demandèrent le temps de l'envoi de ces lettres et le rapport des députés. On répondit qu'il y avoit onze mois qu'elles avoient été envoyées; et que les députés, les ayant rendues au pape , avoient été d'abord reçus honnêtement. Mais , ajoutoient-ils , après que les députés du comte Hébert eurent présenté au pape un beau cheval blanc avec d'autres présents , on nous tint trois jours à la porte du palais, sans nous laisser entrer, en sorte que, fatigués de ce traitement , nous sommes revenus sans rien faire. Les clercs de Brunon, évêque de Langres, ajoutoient qu'ils avoient été se plaindre au pape de son emprisonnement, et demander une excommunication contre les coupables, mais que ses officiers leur avoient demandé dix sous d'or. Nous nous moquâmes d'eux , continuoient-ils , et leur dîmes que si notre évêque pouvoit être délivré par de l'argent, il ne tiencfroit pas à mille marcs; et enfin le pape lui-même nous répondit que celui pour qui il avoit été pris y donnât ordre. On concluoit que la considération du pape ne devoit pas empêcher de passer outre au jugement de l'archevêque Arnoul, et on alléguoit l'exemple des évêques d'Afrique dans un concile de deux cent dix-sept évêques, entre lesquels étoit saint Augustin , qui s'étoient opposés au faste de Rome (3). C'éloit dans l'affaire du prêtre Apiarius.