XXV. Discours d'Arnoul d'Orléans
Arnoul , évêque d'Orléans , parla beaucoup sur ce sujet, tant à tout le concile qu'en particulier à ceux qui étoient proches de lui ; mais tout se réduisit à ce qui suit (4) : JNous croyons qu'il faut toujours honorer l'église romaine en mémoire de saint Pierre , et nous ne prétendons point nous opposer aux décrets des papes , sauf toutefois Tautorité du concile de JNicée et des autres canons , qui doivent être éternellement en vigueur. Car nous devons prendre garde que ni le silence du pape, ni ses nouveaux décrets ne préjudicient aux anciens canons. Dérogeons-nous donc au privilège du pape? Point du tout. S'il est recommandable par sa science et par sa vertu , nous n'avons rien à craindre de sa part , et nous le devons encore moins craindre s'il s'égare par
(1) Frod. II, Hist. c 20. (3j Conc. Carth. vi, an. Sup. liv.xLVii,n. 47,c. 24. iltf. Sup. liv. X.\lV, n. 11
(2) C. 25,20. Sup. n. 19, et 35.
ignorance ou par passion , ou s'il est opprimé par la tyrannie qui régne dans Rome , comme nous avons vu de notre temps.
Mais que Rome est à plaindre 1 qui , après avoir produit tant de grandes lumières de l'Eglise, vient de répandre des ténèbres monstrueuses , dont on parlera dans les siècles à venir. Nous avons eu autrefois des Léon et des Grégoire , un pape Gélase , un pape Innocent, dont la sagesse et l'éloquence étoient audessus de toute la philosophie humaine. Et toutefois, dans ces temps heureux, les évêques d'Afrique s'opposoient aux prétentions de Rome , plutôt , comme je crois , par la crainte des maux que nous souffrons aujourd'hui, qu'en vue du faste de ceux qui présidoient alors. Car, que n'avons-nous point vu de notre temps? Nous avons vu Jean, surnommé Octavien , c'est-à-dire Jean XII , plongé dans les sales voluptés, conjurer même contre Olhon qu'il avoit fait empereur; et, après l'avoir chassé, on fait pape Léon, néophyle(l). C'est Léon VIII Mais 1 empereur Othon étant sorti de Rome, Octavien y rentre , chasse Léon , fait couper le nez , les doigts de la main droite et la langue au diacre Jean , fait mourir plusieurs des premiers de Rome , et meurt peu de temps après. Les Romains mettent à sa place le diacre Benoit , surnommé le grammairien , c'est Benoit V ; mais le néophyte Léon avec son empereur l'attaque peu de temps après, l'assié^'^c, le prend, le dépose, et l'envoie en exil perpétuel en Germanie.
A l'empereur Othonsuccède unautreOthon, c'est Othon II , et à Rome succède dans le pontificat Boniface , monstre terrible , le plus méchant de tous les hommes, souillé même du sang de son prédécesseur. C'est Francon, autrement Boniface VII. Il fut aussi chassé et condamné dans un concile ; mais, après la mort de l'empereur Olhon, il revient à Rome, dépose sur la foi de ses serments, ce grand pape Pierre, auparavant évêque de Pavie, c'est Jean XIV , et le fait périr en prison (2). Est-il donc ordonné quêtant d'évêques distingués par leur science et par leur vertu , qui se trouvent dans le monde, seront soumis à de tels monstres, pleins d'infamie devant les hommes, et vides de la science des choses divines et humaines ? A qui nous en devons-nous prendre de ce que le chef des églises , autrefois si élevé et couronné d'honneur et de gloire , est maintenant tellement abaissé et chargé de honte et d'ignominie ? C'est notre faute, oui, la nôtre; c est que nous ne cherchons que nos intérêts , et non ceux de Jésus-Christ.
y,^!^^ ^N ^2i"s tous ceux que l'on choisit pour 1 épiscopat, on examine la gravité des mœurs, la vertu et la science, que ne doit-on pas chercher en celui qui veut paroitre le docteur de tous les évcHiues? Pourquoi donc met-on
dans le premier siège celui qui nemériteroit pas la dernière place dans le clergé ? Qui pensezvous que soit cet homme assis sur un trône élevé , éclatant par l'or et la pourpre , dont il est revêtu? S'il est destitué de charité, et seulement enflé par la science , c'est un antechrist assis dans le temple de Dieu , et se montrant comme s'il étoit Dieu. Que s'il n'a ni charité ni science , il est dans le temple de Dieu comme une idole , et le consulter, c'est consulter le marbre (1). Attendons tant que nous pourrons la conversion de nos supérieurs , et cependant voyons où nous pourrons trouver la nourriture de la parole divine. Quelques-uns de cette sainte assemblée sont témoins que dans la Belgique et la Germanie, provinces si proches de nous , on trouve des évêques excellents dans la religion. C'est pourquoi, si la division entre les rois ne nous empêchoit, ce seroit plutôt là qu'il faudroit chercher le jugement des évêques , qu'à Rome, où tout est vénal, et où les jugements se rendent au poids de l'or. Si quelqu'un dit , suivant Gélase , que l'église romaine juge de toute l'Eglise, et que personne ne la juge elle-même, qu'il nous mette à Rome un pape dont le jugement ne puisse être réformé. Encore les évêques d'Afrique l'ont-ils jugé impossible, quand ils ont dit : Peut-on croire que Dieu inspire la justice à quelqu'un d'entre nous, et qu'il la refuse à une infinité d'évêques assemblés en concile ? Mais à présent qu'à Rome il n'y a, dit-on, presque personne qui étudie , de quel front oseroientils enseigner ce qu'ils n'ont pas appris? Quand même on pourroit en quelque façon tolérer l'ignorance dans les autres évêques, elle est intolérable dans un pape , qui doit juger delà foi , des mœurs , de la conduite des évêques , en un mot, de l'Eglise universelle. Saint Grégoire dit : Si quelque évêque se trouve en faute, je n'en sais point qui ne soit soumis au saint-siège ; mais quand ils font leur devoir, l'humilité demande qu'ils soient tous égaux (2/.
Mais supposons qu'il y ait maintenant à Rome un Damase (3), qu'a-t-on fait contre son décret? 11 (parle de la prétendue lettre de ce pape aux évêques d'Afrique , et continue ainsi : Son premier article, si je m'en souviens bien, étoit que les causes des évêques et toutes les grandes affaires de l'Eglise doivent être portées au pape. Celle-ci lui a été portée nonseulement par les évêques, mais par notre prince , et on a donné au pape toute la liberté de s'instruire de la vérité , et d'en rendre son jugement pendant un très-long espace de temps. Nous n'avons entrepris de juger la cause que quand nous n'avons plus espéré qu'il la jugeât, pressés de l'obligation de satisfaire aux besoins du peuple par l'ordination d'un ar-
(1) Sup. 1. LVï, n. 5, 7, (2) Sup. Lvi, u. 30; Sup. ^> '"• n. 12.