‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 112 sur 2407 · LIVRE QUARANTEDEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTEDEUXIÈME

marché au cuivre (t). Dans ce vestibule éloit élevée une image de Jésus-Chrisl sur la croix, •qui étoit en vénération singulière. On disoit que le grand Constantin l'avoit fait faire en mémoire de la croix qui lui apparut au ciel ; et on en racontoit plusieurs miracles, entre autres celui-ci (2).Ln marchand, nomméThéodore , ayant perdu tout son bien par un naufrage, emprunta cinquanlelivres d'or d'un juif, nommé Abraham, et lui donna pour caution Jésus-Christ, représenté en celte image. Après quoi il Gt un voyage très-heureux , le juif se convertit , et on nomma cette image Auliphonélès, c'est-à-dire le répondant.

L'empereur Léon voulut commencer par cette image, et envoya pour l'abattre un de ses écuyers, nommé Jouiu (3). Des femmes, qui se trouvèrent présentes, s'efforcèrent par leurs prières de le détourner de ce sacrilège ; mais , sans s'arrêter à elles, il monta à une échelle , et donna trois coups de hache dans le visage de la figure. Les femmes tirèrent l'échelle, firent tomber Jouin, le tuèrent sur la place, etle mirent en pièces. Toutefois l'image fut abattue et brûlée, et l'empereur fil mettre à la place une simple croix, avec une inscription, pour marquer qu'il enavoit ôté l'image (4). Car les iconoclastes honoroient la croix, pourvu qu'elle n'eût pas de crucifix; ils n'en vouloient qu'aux images qui avoient figure humaine. Les femmes qui a voient massacré Jouin, coururent au palais patriarcal, et, jetant des pierres, elles crioient contre Anastase (5) : Infâme ennemi de la vérité, as-tu donc usurpé le sacerdoce pour renverser les choses sacrées? Anastase, outré de cette insulte, courut à l'empereur, et obtint que ces femmes fussent punies du dernier supplice. On fit mourir aussi dix autres personnes, huit hommes et deux femmes, pour cette même image, et l'église grecque les honore comme martyrs le neuvième d'août (6). Plusieurs chrétiens d'Occidenl furent témoins de celte violence -. il y en a voit de Rome, de France, du pays des Vandales, de Mauri tanie, de Gothie, et ils portèrent chez eux ces tristes nouvelles (7).

CommelempereurLéonétoit ignorant, il persécuta principalement les gens d'étude, et abolit les écoles des saintes lettres, qui avoient subsisté depuis le grand Constantin (8). Il y avoit à Conslantinople, près du palais, une bibliothèque fondée par les empereurs, contenant plus de trente mille volumes. Le bibliothécaire , nommé Lœcumènique, étoit un homme d'un mérite distingué; et il en avoit douze autres sous lui , qui enseignoient gratuitement la re-

(1) V. Gang. G. P. Ghr.

lib. II, p. tu, etc., et lib iv, n. 9, p. 85.

(2) Narr.deAntiphon.2.

Aucl. Bibl. PP. Cocnbef. p.

(3) Greg. Ep 1, tom. 7, Conc. p. l«,A.ViUS.Slep.

(4) Gang. lib. ii, p. 116.

(5) VilaS.Slo[)h.p. 415.

(6) Menol. Martyr. R. 9 aug

(7) Theoph.n.3,t.p.333, B.

(8) Gonslant. Monas. p. 87, V. Gang. G. P. Gb. lib.

Il, n. 3, p. 151.

ligion et les sciences profanes. Leur mérite étoit si reconnu, qu'il n'étoit pas permis, même aux empereurs, de rien faire d'extraordinaire sans les consuller. L'empereur Léon fit son possible par menaces et par promesses pour les amener à son opinion louchant les images; mais enfin, désespérant d y réussir, il fit entourer la biblicîthèque de fascines, et de bois sec, et la brûla avec les livres et ceux qui les gardoient. Enfin il voulut obliger, tant par la violence que par caresses, tous les habitants de Conslantinople à ôter toutes les images de Jésus-Clirist, de la \ ierge et des saints, quelque part qu'elles fussent, les brûler au milieu de la ville, et blanchir toutes les églises peintes. Et, comme plusieurs refusoient d'obéir, on coupa la tète à quelques-uns , d'autres furent mutilés de quelque partie du corps. Plusieurs , tant clercs que moines et simples laïques, souffrirent le martyre en cette occasion (1).

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