VI. Révolle en luiie
La nouvelle de celte persécution étant portée en Italie, on abattit les images de l'empereur, et on les foula aux pieds; et les Lombards, profitant de l'occasion , firent des courses dans la Pentapole. Dès l'onzième indiction, c'est-àdire l'an sept cent vingt-huit, les Lombards ayant surpris Sutry en Toscane , le pape fit tant envers le roi Luitprand par lettres et par présents, qu'il rendil la place, quoique dépouillée de tout ; mais ensuite il convint, avec l'exarque Eutychius, de joindre leurs forces, afin que le roi pût soumettre à son obéissance les ducs de Spolète et de Bénévent, et que l'exarque se rendit maître de Rome pour exéculer les ordres qu'il avoit depuis long-temps contre la piTsonne du pape. Le roi , ayant soumis les deux ducs, vint aux portes de Rome, d'où le pape sortit, et lui parla si fortement, que le roi se prosterna à ses pieds, et promit de ne faire mal à personne. 11 ôta même ses armes , et mit devant le corps de saint Pierre son manteau, son baudrier et son épée dorée, une couronne d'or et uuecroixd'argent. A près avoir fait sa prière, il pria le pape de recevoir aussi l'exarque à la paix; ce qui fut fait. Le roi Luitprand se relira ainsi ; et l'exarque Eutychius entra dans Rome.
Tandis qu'il y sèjournoit, Tibère, surnommé Pétase , se révolla dans la Toscane , voulant se faire reconnoitre empereur, et attira à son parti trois villes, Manture, Lune et Bléde, qui lui prêtèrent serment. L'exarque eunuque et timide en fut fort alarmé ; mais le pape Tencouragea , et envoya avec lui et avec son armée les premiers du clergé. Ils arrivèrent à Manture, où Pétase fut tué , et sa tète envoyée à Constantinople.Toutefoisrempereurnes'apaisa pas envers k»s Romains. Ensuite, ayant fait son décret contre les images, il l'envoya à Rome, promettant au pape , s'il acquiesçoit , de le re-
(1) Anast. iD Greg. II. Tbeopb.an. i3,p.343.
revoir en ses l)onnes grâces , nonobstant tout le passé , et le menaçant de le faire déposer s'il empéchoit l'exécution de ses ordres (1). 3Iais le pape, voyant l'impiété de ses ordonnances, se prépara à résister à l'empereur comme à un ennemi de l'Eglise, et écrivit de tous côtés aux lidèles pour les préserver de cette nouvelle erreur. Les peuples de la Pentapole, et l'armée de la Vénetie, rejetèrent l'ordre de l'empereur, et déclarèrent qu'ils combattroient vigoureusement pour la défense du pape. Ils anathématisèrent Paul, exarque de Ra venue, celui qui l'avoit envoyé, c'est-àdire l'empereur et ceux qui lui obéissoient. Ils se choisirent des chefs ; et enfin toute l'Italie, par délibération commune, résolut d'élire un autre empereur et de le mener à Conslantinople, mais le pape, espérant la conversion de Léon , arrêta l'exécution de ce dessein. Cependant Exhilarat, duc de Naples, avec son fils Adrien , étant maître de la Campanie , persuada au peuple de cette province d'obéir à 1 empereur et de tuer le pape ; mais les Romains le prirent avec son fils et les firent mourir tous deux; ensuite ils chassèrent Pierre, duc de Rome, disant qu'il avoit écrit à l'empereur contre le pape. A Ravenne , le peuple fut divisé, les uns tenoienl le parti de Tempereur, les autres celui du pape et des catholiques : ils en vinrent aux mains et tuèrent le palrice Paul , exarque de Ravenne. Plusieurs places de 1 Emilie et Auxume , dans la Pentapole , se rendirent aux Lombards. Enfin , ils prirent Ravenne même, comme il paroît par une lettre du pape Grégoire II , à Ursus, duc de Venise, ou plutôt de la province de Ravenne nommée A énétie , où il dit : Puisque pour nos péchés la ville de Ravenne a été prise par la nation infâme des Lombards , et que l'exarque demeure à Venise comme nous l'avons appris , vous devez vous joindre à lui , et combattre avec lui pour nous, afin que Ravenne soit rendue à l'empire et remise sous l'obéissance de nos maîtres, Léon et Constantin. D'un autre côté, l'empereur envoya à JNaples le patrice Eutychius, eunuque, qui avoit été exarque de Ravenne. Celui-ci envoya un de ses gens à Rome avec ses lettres, portant ordre de tuer le pape et les premiers de la ville ; ce qui ayant été découvert , les Romains vouloient luer le patrice lui-même, mais le pape s'y op- I)osa si fortement qu'il rempécha. Ils anathématisèrent donc le patrice Eutychius, et s'obligèrent tous par serment, grands et petits , à mourir plutôt que de permettre que l'on fît aucun mal au pape qui défendoit la foi avec tant de zèle. Le patrice Eutychius envoya des députés au roi Luitprand et aux ducs des Lombards , leur promettant de grandes sommes s'ils vouloient abandonner le pape. Mais, connoissant la mauvaise volonté du patrice par ses lettres , ils se joignirent aux Romains ,
(1) Anast. in Greg. II.
et firent le même serment pour la défense du pape. Grégoire , de son côté , pour s'attirer un plus grand secours de la part de Dieu , répandoit de très-grandes aumônes, s'appliquoit à la-prière et au jeûne , et faisoit tous les jours des processions. Et , quoiqu'il espérât en Dieu plus qu'aux hommes , il ne laissoit pas de rendre grâce au peuple de sa borme volonté , il l'exhortoit doucement à faire du progrès dans la vertu , et à conserver la foi , mais en même temps à ne se pas départir de l'affection et de la fidélité qu'il devoil à l'empire romain ;' et toutefois les Grecs ont accusé le pape Grégoire II d'avoir soustrait l'Italie à l'obéissance de l'empereur, mais il en faut plutôt croire ceux qui ont écrit en Italie.