XXXI. Commencements d'Abbon de Fleury
Abbon de Fleurv, défenseur d' Arnoul de Reims, étoit un des grands personnages du temps. Il naquit dans le territoire d'Orléans, de parents , non pas nobles , mais libres de race et craignant Dieu (5). Ils le lui offrirent, suivant la règle de saint Benoît, dès l'enfance,
depuis évêoL^ ^
jeune Abbon, et le mit aux écoles, où il fit de grands progrés dans les lettres et la piété, cherchant autant qu'il pouvoit la compagnie des anciens II devint si savant qu'on lui donna la charge d'instruire les autres, et il l'exerça pendant quelques années. Etant suffisamment instruit dans la grammaire, l'arithmétique et
(1) Chr. Vird. p. 17.
Frag. Chr. lo. i Huchesnc, p. li"2. Aimoin. v. c. 4.
(i) Tom. U, Conc. p. 70.
(:r Ibidp. 740. Gcrbcii
Ep. iO bis. Ibid. et Gerb.
Ep. 47 bis.
(4) Epi>l. 35 bis.
(5) Vita Saw. 0, hen> p. 38.
AndeJ.-C. 903. J
la dialectique , et, voulant y joindre les autres arts libéraux, il alla aux écoles fameuses de Paris et de Reims, écouter ceux qui professoient la philosophie , et il apprit sous eux de l'astronomie, mais non pas tant qu'il dèsiroit. Il revint à Orléans, où il apprit la musique pour beaucoup d'argent en cachette à cause des envieux. Ainsi, se trouvant instruit de cinq des sept arts libéraux, il voulut apprendre les deux autres; pour la rhétorique, il lut Yictorin, et il prit quelque teinture de géométrie. Il composa alors quelques écrits sur la forme des syllogismes, sur le compas et les calculs astronomiques , et sur le cours des planètes.
Cependant , n'étant encore que diacre , il fut appelé en Angleterre par saint Osuald , évêque de Worchester, et il arriva au monastère de Ramsey, fondé par ce saint prélat , dont l'abbé, nommé Germain, avoit été tire de Fleury-sur- Loire (1). Abbon y demeura près de deux ans , et instruisit plusieurs moines. Il salua le roi , dont il reçut des paroles d'honnêteté , et le duc Helwin , fondateur du monastère de Ramsey , qui lui fit de grands présents. Il gagna l'amitié, non-seulement de saint Osuald, alors archevêque d'York, mais encore de saint Dunstan , qui eurent ensemble une dispute charitable à qui le reliendroit.
Mais l'abbé de Fleury lui ayant écrit une lettre pleine de tendresse , par laquelle il le prioil de revenir, il prit congé des deux prélats, qui le chargèrent de présents. Dunstan lui donna de l'argenterie magnifique pour ofrir à saint Benoît. Osuald l'ordonna prêtre, et lui donna tout ce qui étoit nécessaire pour en exercer les fonctions , entre autres un calice d'or, et de plus beaucoup d'argent. Oïbold, abbé de Fleury, mourut peu de temps après le retour d'Abbon , que la plupart de la communauté élut pour lui succéder. Il y eut toutefois de l'opposition de la part de quelques moines, qui élurent un mauvais sujet, et eurent assez de crédit pour le mettre en possession. On le voit par plusieurs lettres de Gerbert, écrites vers l'an neuf cent quatre-vingt-sept au nom des abbés du diocèse de Reims , de l'archevckjue Adalbéron et au sien, tant aux moines de Fleury qu'à saint Majole, abbé de Clugny, et à Egbert ou Evrard, abbé de Saint-Julien de Tours. Toutes ces lettres tendent à faire rejeter l'usurpateur; mais heureusement il mourut peu de temps après (2). Ainsi la plus grande et la plus saine partie de la communauté l'emporta pour Abbon ; son élection fut confirmée par le consentement du roi Hugues, et il commença à gouverner l'abbaye de Fleury l'an neuf cent quatre-vingt-huit.
Il recommandoit l'étude à ses moines, comme utile à la pièlé , après l'oraison et le jeûne ; et lui-même ne cessoit point de lire , d'écrire ou de dicter. Après la dialectique et l'astronomie,