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XXXII. Canonisation de saint Udalric

Le pape Jean XV tint vers le même temps un concile , où saint Udalric fut mis au nombre des saints vingt ans après sa mort. Ce concile se tint à Rome , au palais de Latran , le dernier jour de janvier neuf cent quatre-vingttreize, indiction sixième. Liutolfe , évêque d'Augsbourg, se leva au milieu de l'assemblée, et dit : On lira, s'il vous plaît, devant vous, l'écrit que j'ai entre les mains, de la vie et des miracles d'Udalric, jadis évêque d'Augsbourg, afin que vous ordonniez ce qu'il vous plaira. On croit que ce sont les deux livres , que nous avons encore , composés par le prêtre Gérard, disciple du saint (3). Après qu'ils eurent été lus dans le concile, il ordonna que la mémoirci de saint Udalric seroit honorée , déclarant que l'honneur que l'on rend aux saints et à leurs reliques retourne au Seigneur, qui a dit (4) : Qui vous reçoit me reçoit ; et que cet honneur a pour but que nous soyons aidés par leurs prières et leurs mérites. La bulle qui en fut expédiée est souscrite du pape Jean , de cinq autres évêques des environs de Rome , de neuf prêtres cardinaux et de trois diacres. C'est le premier acte authentique qui reste de canonisation faite par le pape , quoiqu'on ne se servît pas encore de ce nom (5).

XXXIIL Lettres de Gerbert contre Arnoul.

Ce fut peut-être en ce même concile de Rome que le pape Jean XV cassa la déposition d'Ar-

(1) Mabill.Praef. Saec. G, c. 5.Conc.Cabill. c. 13.

(2) Sup. liv. XL, I, n. 5.

74 L AclaSS. Ben.Sa.'C. 5,

p. 471. Ibid. p. 415.

(4) Malth. X, 40.

(5) Mabill. Prœf. Saec. 5, n. 99.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

fAnde J.-C. ttg3.

An de J.-C DOi]

LIVRi: CINQUANTE-SEPTIÈME.

noul, archevêque de Reims, et l'ordination de Gerberl ; car il est certain que , l'ayant appris , il trouva l'un et l'autre fort mauvais , et interdit tous les évoques qui y avoient eu part (1). Mais Gerbert ne crut pas devoir obéir à ce décret, et en écrivit aussi à Seguin, archevêque de Sens. Nos adversaires disent que, pour la déposition d'Arnoul, il falloit attendre le jugement de l'évéque de Rome. Pourrontils montrer que son jugement soit plus grand que celui de Dieu? C'est qu'il suppose que le jugement canonique des évéques est le jugement de Dieu; mais la question étoit, si celui-ci devoit passer pour canonique. Il continue : Je dis hardiment que, si l'évcHiue de Rome lui-même pèche contre son frère , et , étant averti plusieurs fois , n'obéit pas à l'Eglise, cet évoque de Rome, suivant le commandement de Dieu , doit être regardé comme un païen et un publicain. Plus le rang est élevé, plus la chute est dangereuse.

Que, s'il nous croit indignes de sa communion , parce qu'aucun de nous ne veut juger contre l'Evangile , il ne pourra pas pour cela nous séparer de la communion de Jésus-Christ, ni nous ôter la vie éternelle. On ne doit pas appliquer aux évêques ce que dit saint Grégoire , que le troupeau doit craindre la sentence du pasteur, soit qu'elle soit juste ou injuste; car les évêques ne sont pas le troupeau, c'est le peuple. Vous n'avez donc pas dû être suspendu de la communion pour un crime que vous n'avez point confessé , et dont vous n'êtes point convaincu ; et on n'a pu vous traiter de rebelle, puisque vous navez jamais évité les conciles. Il ne faut pas donner occasion à nos ennemis de dire que le sacerdoce , qui est un par toute l'Eglise, soit tellement soumis à un seul que, s'il se laisse corrompre par argent, par faveur, par crainte ou par ignorance, personne ne puisse êlre évêque sans se soutenir auprès de lui par de tels moyens. La loi commune de l'Eglise est l'Ecriture , les canons et les décrets du saint-siège qui y sont conformes. Quiconque se sera écarté de ces lois par mépris soit jugé suivant ces lois; qui les observe soit toujours en paix. Gardez-vous donc de vous abstenir des saints mystères : ce seroit vous rendre coupable.

Gerbert écrivit plus amplement sur ce sujet à Vilderode , évêque de Strasbourg , qui l'avoit prié de l'instruire de son affaire. Il la raconte ainsi : Arnoul , qu'on dit être fils du roi Lothaire , après avoir circonvenu son évêque et l'avoir livré avec sa ville , c'est l'évéque de Laon , après beaucoup de sang répandu , des pillages et des incendies , a été condamné dans un concile des évêques de toute la Gaule. Ensuite , après la mort de l'évéque Adalbéron , ayant été réconcilié par le seul évêque de Laon, il a obtenu le siège de Reims , en vue de la

paix, en faisant aux rois serment de Odélité, avec des paroles terribles (1). Mais à peine y avoit-il six mois depuis son ordination, quand il livra la ville à l'ennemi , qui profana et pilla le sanctuaire, et réduisit le clergé et le peuple en captivité. Arnoul prononça anathème contre ces pillards, et en ûtprononaT autant par les évêques; mais il ôta les terres de l'église à ses vassaux , qui lui en avoient porté la foi , pour les donner aux ennemis, et fit marcher des troupes contre son roi , sous les enseigner de Charles. Cependant on avertit le pape, par des députés et par des lettres synodicjues, de remédier aux troubles de l'Eglise ; mais il n'y donne aucun ordre. Ainsi, par délibération des évêques, Arnoul est averti de se purger canoniquement , sans le vouloir faire pendant dix-huit mois. Enfin , se s(»nlant abandonné par ses plus grands protecteurs, il vint trouver le roi , et, lui ayant fait de nouveaux serments, il fut admis à sa table. Alors il se crut justifié, et faussa de nouveau ses serments. Ceux qui y avoient intérêt , ne pouvant souffrir d'être trompés tant de fois, prennent la forteresse de Laon. Arnoul , pris entre les ennemis du roi, est présenté à un concile, et pressé de rendre compte de tant de crimes. Après avoir long-temps consulté en lui-même et avec; ses amis , il confesse volontairement ses péchés et renonce à sa dignité

Gerbert , ayant ainsi posé le fait j continue : On convient assez entre les parties de ces crimes d'Arnoul, mais ses défenseurs se partagent en deux. Lt»s uns disent que le roi lui a pardonné , et que depuis il n'a rien fait que de pardonnable. Les autres souli(^nnent que l'on a fait injure au pape en dé|K)sant Arnoul sans son autorité. Pour y répondre, Gerbert distingue entre la loi et la coutume. Ce qu' fait loi en matière ecclésiastique, c'est l'Ecr.lure sainte , les canons des conciles et les écrits des pères. Si tous les év(k|ues, ajoule-1-il, gardoient inviolablement les canons , la paix et la concorde régneroient par toutes les églises ; il n'y auroit point de différents , ni sur les biens , ni sur les ordinations, ni sur les privilèges. Il traite ensuite de la différence des crimes et de l'ordre judiciaire, et soutient que, les péchés d'Arnoul étant manifestes, les évêques n'ont fait qu'exécuter contre lui les lois établies, et que la contumace d'une année auroit suffi pour le condamner sans l'entendre (2).

Quant au pape, continue-t-il , on ne lui a point fait injure, puisque, étant invité pendant dix-huit mois par lettres et par députés, il n'a point voulu répondre. Son silence ou ses nouvelles constitutions ne doivent pas préiudicier aux lois déjà établies. Yous, qui voulez garder à vos rois la foi (jue vous leur avez promise, qui, loin de trahir votre peuple et votre clergé, avez horreur de ses crimes,

(1) Frag. Chr. Duch. lo.

4, (om. 0, Couc. p. 7U.

Poâl. Conc. Kein. p. 140.

soyez favorable à ceux qui obéissent à Dieu plutùt qu'aux hommes. On dit qu'Arnoul , étant évikjue , n'a du être jugé que par le pape; mais, après sa confession , les évêijues ont dû le déposer, suivant le concile de N icée , et cela quand même sa confession seroit fausse, puisqu'il seroit au moins coupable de faux témoignage contre lui-même (1).

Quant à ceux qui alléguoient le pardon du roi pour la défense d'Arnoul , Gerbert leur répond que le pouvoir des rois ne s'étend pas sur les Ames , mais celui des évêques, auxquels il appartient de lier et délier, c'est-à-dire, d'imposer les peines spirituelles , comme la déposition et l'excommunication. Ainsi la grâce des rois ne dotinoit p?ls à Arnoul la rémission de ses péchés , et il ne s'étoit rendu que trop coupable depuis par ses parjures et ses sacrilèges. Gerbert finit en priant Yilderode de ne pas ajouter foi aux calomnies dont on le charge, d'ftvoir usut-pé le siège de Reims, et fait prendre Arnoul (2). Au contraire, il le prié de le justifier auprès des èvéques et auprès de son roi , c'est-à-dire , Rodolfe III , roi de la ttatile-Bourgogne.

Le roi Hugues écrivit au pape sur le même Sujet en ces termes : Nous vous avons écrit, îttés évêques et moi, par l'archidiacre de Reitns, çoùr TOUS expliquer l'affaire d'Arnoul (3). Nous ajotitonS ceci , pour vous prier de me faire justice à moi et aux miens , et ne pas recevoir pour cet-taiti ce qui ne l'est pas. Nous n'avons rien fait contre votre sainteté. Si vous Voulez TOUS en éclaircir en présence, tous pouvez venir à Grenoble, qui est aux confins de l'Italie et de la (iaule, et où les papeS ont accx)Utumé de venir troUver les rois de France. Mais, si vous voulez venir dxet nous^ nous VoUs recevrons avec grand honneur , et vous traiterons de même pendant le séjour et le retour.

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