‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1132 sur 2407 · LIVRE CINQUANTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTE-SEPTIÈME

évêques des Gaules à tenir un concile à Aixla-Chapelle , puis venir à Rome , avoit enfin indiqué le concile dans la province de Reiras, Touiant apprendre par son légat ce que Ton disoit de part et d'autre touchant la déposition d'Arnoul et la promotion de Gerbert ; puis il tira une bulle scellée en plomb , qu'il ouvrit devant tout le monde , et en fit la lecture.

Ensuite Gerbert se leva , et dit : J'ai toujours eu ce jour devant les yeux , et je l'ai toujours désiré depuis , qu'au péril de ma vie , j'ai reçu le sacerdoce par le conseil de mes frères, tant j'étois touché du salut d'un peuple qui périssoit, et de l'autorité par laquelle je me trouvois en sûreté. Je me souvenois avec plaisir des témoignages de votre bienveillance, que j'avois tant de fois éprouvée , quand j'appris avec une grande surprise que vous étiez mal content de moi , et votre indignation me fut plus terrible que ne l'avoit été le fer de mes ennemis. Maintenant , puisque Dieu m'a fait la çràce de me trouver devant ceux à qui j'ai toujours confié le soin de mon salut , je dirai ^ en peu de mots , ce qui montre mou innocence.

Après la mort de l'empereur Othon, je résolus de ne point quitter le service de mon père Adalbéron , qui , à mon insu , me choisit pour le sacerdoce , et, en mourant . me désigna pour son successeur en présence ae personnes illustres. Mais la simonie fit qu'Arnoul me fut préféré, et je ne laissai pas de le servir fldèiement plus qu'il n'étoit à propos, jusqu'à ce que , connoissant clairement sa révolte , je renonçai par écrit à son amitié (1), et je l'abandonnai avec ses complices , sans autre espérance ni autre intérêt que de ne point participer à ses crimes. Après qu'il eut été longtemps poursuivi et contumace suivant les lois de l'Eglise, comme il ne restoit que de le punir par les lois du prince , et le cnasser de son siège comme rebelle, mes confrères et les grands me pressèrent encore de prendre soin d'un troupeau dispersé et déchiré ; je diCTérai long-temps , et ne cédai qu'avec peine , sachant bien les maux qui me menaçoient. Voilà devant Dieu quelle a été la simplicité de ma conduite.

On m'accuse d'avoir trahi mon maître , de l'avoir mis.en prison et usurpé son siège. Etoitîl mon maUre , lui à qui je n'ai jamais prêté aucun serment? Si je l'ai servi pour un temps, je l'ai fait par ordre de mon père Adalbéron , gui me dit de demeurer dans l'église de Reims jusqu'à ce que je visse la conduite de celui qui en sefoit l'évéque. Pendant que je l'observois , je devins la proie des ennemis , et je perdis tout ce que je tenois de votre libéralité et de celle des seigneurs ; encore les ennemis m'ayant dépouillé , eurent regret que je leur eusse échappé en vie. Depuis que j'ai quitté ce rc-

(1) Ëpist. 24 bis.

belle , je n'ai eu aucun commerce avec lui , et n'a vois garde de le livrer puisque je ne savois où il étoit. Quant à la prison, j'ai depuis peu prié le roi mon maître, en présence de témoins dignes de foi , de ne le pas garder un moment en prison à mon sujet ; car, si votre jugement dépendoit de moi , Arnoul seroit réduit en état de ne me pas nuire. Si vous jugiez contre moi , ce qu'à Dieu ne plaise , que mimporteroit qu'Arnoul ou un autre fut archevéaue de Reims ?

Gerbert répond foiblementau reproche d'usurpation, disant qu'Arnoul ne doit pas être appelé répoux d'une église qu'il a pillée d'abord pour satisfaire à ses passions simoniaques. Il demande comment un étranger, sans crédit comme lui , a pu se rendre maître d'une ville si grande et si peuplée. Il s'objecte ensuite qu'une affaire de cette importance ne de voit pas être jugée sans consulter le saintsiège. A quoi il répond que le pape a été instruit de tout , et que l'on a attendu ses ordres pendant dix-huit mois ; qu'ensuite les évê<Jues de Gaule ont encore eu ce respect pour le saintsiège, de ne juger Arnoul que sur sa propre confession, après laquelle il n'étoit pas possible de le tenir pour innocent. 11 revient à dire que les évêques de Gaule l'ont chargé malgré lui de l'archevêché de Reims , el que si toutes les règles n'ont pas été observées en cette affaire , il faut s'en prendre au malheur du temps et aux hostilités publiques, dont les évêques mêmes n'èloient pas à couvert.

Ce discours de Gerbert étoit plus éloquent que sincère, comme on peut juger par ce que j'ai rapporté , surtout de ses lettres. Après qu'il 1 eut prononcé , il le donna par écrit au légat , de qui il reçut la lettre du pape. Alors les évêques sortirent du coUcile, et tinrent conseil avec le duc Godefroy ; puis ils appelèrent Gerbert, et le prièrent de faire conduire avec honneur aux rois de France Jean , moine de l'abbé Léon. Gerbert le promit, et ils dénoncèrent un concile que l'on devoit tenir à Reims le premier de juillet. Celui de Mousoq sembloit fini , quand des évêques vinrent dire à Gerbert , de la part du léçat Léon, qu'il eût à s'abstenir de l'oirice divin jusqu'au concile de Reims. Comme il s'en dèfendoit, ils vinrent trouver le légat, et Gerbert lui représenta qu'aucun évêque ou patriarche , ni le pape même, n'avoit le pouvoir d'excommunier personne s'il n'étoit convaincu par sa propre confession ou autrement , ou s'il refusoit de coraparoîlre ; qu'on ne pou voit rien lui reprocher de semblable , et qu'il étoit même le seul des évêques de Gaule qui fût venu au concile. Enfin, que , ne se sentant point coupable, il ne pouvoit se résoudre à se condamner lui-m^me.

Nonobstant ces raisons , Gerbert céda aux remontrances de Liudolfe , archevêque de Trêves , dont il connoissoit la probité et la modeslie Ce prélat l'exhorta fraternellement à ne point donner à ses ennemis occasion de scan-

dale , comme s'il vouloit résister aux ordres ,' du pape, lui conseillant de s'abstenir, par obéis- ^ sance , de la célébration de la messe , jusqu'au premier de juillet, où l'on devoit tenir l'autre concile. Gerbert y consentit , et on se sépara ainsi après le concile de Mouson ; mais celui de Reims ne se tint pas sitôt, et, tant que le roi Hugues vécut, Gerbert demeura archevêque de Reims , et Arnoul prisonnier à Orléans.

XXXVni. Adalbéron II, évêque de Metz.

L*évêque de Metz étoit alors Adalbéron II, fils de Frédéric, duc de Lorraine, et de Béatrix. sœur du roi Hugues-Capet. Il fit ses études a l'abbaye de Gorze , et , après la mort de lé vêque Thierry, sa mère Bèalrix obtint pour lui l'êvêché de Metz de l'impératrice Adélaïde, pendant le bas âged'Othon III (1). Il futélu le seizième d'octobre neuf cent quatre -vingt-

Suatrc, el sacré le dimanche vmgt-huilième e décembre, jour des Innocents, par Ecbert, archevêque de Trêves. Il se fit aimer de tout le monde, même des juifs; et aima tellement les moines, que les séculiers se plaignoient qu'il leur donnoit tous ses soins. Il rétablit le monastère de Saint-Symphorien et quelques autres, et l'hôpital de Metz, où il mit des religieuses.

Il fit le voyage de Rome sous le pontificat de Jean XV , qui le reçut avec grand honneur. Jamais il ne célébroit la messe et n'administroit les sacrements sans porter un cilice sous ses ornements. Aux vigiles des grandes fêtes , il ne prenoit aucune nourriture, et passoit le carême avec des moines , ordinairement dans l'abbaye de Gorze, attiré par la régularité de l'observance et la tranquillité du lieu. La maladie des ardents, qui régnoit en Bourgogne, lui donna occasion d'exercer sa charité, en assistant ceux qui en étoientallligés, et quelquefois il en lavoit et pansoit de ses mains jusqu'à cent par jour.

En un concile tenu au commencement du règne desaint Henri, il dénonça hardiment Conrad , duc d'Austrasie , son parent , pour avoir épousé sa proche parente, s'exposant à un grand péril , par le ressentiment de ce seigneur. 11 poursuivit vigoureusement ceux qui pilloient les biens des églises et des pauvres ; et , quand ils méprisoient les censures ecclésiastiques , il employoit les armes matérielles , faisant ravager U»urs terres et abattre leurs châteaux. Il ne faisoil point de difficulté de promouvoir aux ordres les enfants des prêtres , quand il les en jugeoit dignes, et ordonna plus de mille prêtres sans les clercs inférieurs. Après avoir ainsi gouverné pendant vingt ans l'église de Metz, il mourut le quinzième de décembre mil cinq , et fut enterré à Saint-Symphorien.

(1) ViU BU)l.Labbc.t.l;p.070.MabiII.Ssc.6, Boo.p. 20.

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