XXXIX. Saint Bernouard, évêque d'Hiîdesheim
En Saxe, Gerdag, évêque d'Hiîdesheim, étant mort, Bernouard, précepteur du roi Othon III, fut élu d'un commun consentement pour lui succéder, et préféré à plusieurs autres nobles qui servoient dans le clergé du palais (1). Il fut sacré par Yillegise, archevêque de Mayence. son métropolitain, le quinzième de janvier ae l'année neuf cent quatre-vii gttreize, indiction sixième. Quoiqu'il fût encore jeune , il passoit les vieillards en gravité, donnoit à la prière la plus grande partie des nuits, et assistoit assidûment aux offices divins. Après la messe solennelle , il donnoit audience, puis son aumônier venoit , et il faisoit distribuer à plus de cent pauvres de la nourriture et Quelquefois de l'argent. Il visitoit les ouvriers, 'qu*il faisoit travailler sur différentes matières; à none, il se mettoit à table avec beaucoup de clercs et de laïques, mais en silence pouf écouter la lecture , et gardant une exacte frugalité.
Comme 11 avoit grand talent pour les arts . il les cultiva avec soin lorsqu'il fut évêque. 11 faisoit écrire des livres non-seulement datis le monastère de sa cathédrale , mais en plusieurs autres lieux ; en sorte qu'il assembla une nombreuse bibliothèque , tant de livres ecclésiastiques que de philosophiques. Il cherchoît à perfectionner la peinture, la mosaïque, la serrurerie, l'orfèvrerie , recueillant avec soin ce que les étrangers envoyoient au roi d'ouvrages les plus curieux , et faisant élever des jeunes gens de beau naturel pour les former à ces arts. Quoique très-appliqué à ses fonctions ecclésiastiques, il ne laissoit pas de servir si bien le roi et l'état, qu'il attiroit l'envie des autres seigneurs. La Saxe étoit depuis long-temps exposée aux courses des pirates et des barbares. Il les avoit souvent repoussés, tantôt par ses seules troupes , tantôt avec le secours des autres ; mais ils étoient maîtres des deux côtes de l'Elbe et de la navigation de cette rivière ; en sorte qu'ils se répandoienl par toute la Saxo, et venoient presque jusqu'à Hildcsheim. Pour les arrêter , il fit bâtir deux forteresses en deux divers endroits de son diocèse , et y ayant mis garnison , il procura la sûreté du pays.
Nonobstant ces dépenses , il enrichit son église par l'acquisition de plusieurs terres, cultiva les anciennes , et les orna de beaux bâtiments. Quant à son église cathédrale , il décora de peintures exquises les murailles et les lambris, il donna quantité d'argenterie pour le service , entre autres un calice d'or du poids de vingt livres ; il enferma le cloître de murailles et de tours. Enfin , il bâtit une chapelle magnifique , pour y garder un morceau de k vraie croix, que le roi Othon III lui avoit donné, et que l'on crut avoir fait plusieurs miracles. Bernouard fit la dédicace de cette
(1) Vita n. 6, Act.Ben.S«c.6,-p. 204. Sup. Ut.ï.VI< u,^
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[Andc J.-C. oyo.