‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1139 sur 2407 · XLVII. Saint Adalbert renvoyé en Bohême · texte numérisé non relu

XLVII. Saint Adalbert renvoyé en Bohême

Pendant ce séjour de Rome, l'empereur voyoit souvent saint Adalbert de Prague , qui étoit toujours au monastère de Saint-Boniface. L'empereur le tenoit auprès de lui familièrement et récoutoit volontiers; mais l'archevêque de Mayence renouveloit son ancienne plainte de ce qu' Adalbert, son suffragant, avoit quitté l'église de Prague , elle pressoit instam-

(1) Vitac. 11. Vila S. Adalb. Prag. n 30.

(2) Chr. Hil. lo. 3. Du- Epitapb.apud Bar. an. 9sy. chesne, p. 510. Chr. Saxo. (3; T. 3, Gonc p.l^f5.

seule privée de son pasteur. Etant parti pour retourner en Allemagne , il ne cessa pendant ce voyage d'écrire sur ce sujet jusqu'à ce que le pape lui eût accordé ce qu'il desiroit. Saint Adaldert étoit fort affligé de quitter son monastère, sachant bien qu'il n'y avoit rien à gagner sur son peuple de Bohême ; mais il se consoloit dans l'espérance qu'il avoit d'accomplir sa mission pour les infidèles étran-

gers.

Ayant donc quitté son cher monastère, non sans beaucoup de larmes , il passa les Alpes avec Notcher, évêque de Liège, homme fort sage ; et , après environ deux mois , ils arrivèrent à Mayence , où l'empereur s'étoit arrêté au retour d'Italie. Saint Adalbert y demeura assez long-temps, vivant avec ce prince dans une grande familiarité , et attaché à lui jour et nuit comme les officiers de sa chambre. Il lui disoitavec une sainte liberté : Ne songez pas que vous êtes un grand empereur, mais que vous êtes un homme qui mourrez, et que ce beau corps sera réduit en poussière et en corruption. Car l'empereur Othon III étoit très-bien fait de sa personne Sur ce fondement, saint Adalbert l'exhortoit à mépriser cette vie, aspirer aux biens éternels , et pratiquer toutes sortes de bonnes œuvres. Cependant, pour s'exercer lui-même à l'humilité, ilrendoit tous les services possibles à ceux qui logeoient dans le palais, jusqu'à nettoyer la nuit, pendant qu'ils dormoient , leurs bottines et leurs souliers.

Durant ce temps-là, il passa en France pour visiter les lieux de dévotion. Il vint à Paris prier sur le tombeau de saint Denis, à Tours sur celui de saint Martin , et à Fleury sur celui de saint Benoit. Puis il retourna trouver l'empereur, et, l'ayant embrassé pour la dernière fois, il prit le chemin de son diocèse. Mais avant que d'y arriver, il apprit que les Bohémiens, en haine de lui, avoient massacré ses frères. 11 en avoit six, dont le plus jeune, nommé Gaudence, l'accompagnoit ; l'aine étoit à la guerre au service de l'empereur, avec le duc de Pologne : les quatre autres étoient demeurés dans le pays , et les Bohémiens leur avoient juré sûreté. Mais comme ils étoient à la messe dans une ville nommée Lubie, où ils célébroienl la fête de Saint- Venceslas, ces perfides entrèrent dans l'église et tuèrent tout, indifféremment, hommes et femmes , entre autres les quatre frères d' Adalbert, qu'ils décolèrent devant l'autel; puis ayant mis le feu à la ville, ils s'en retournèrent

chargés de butin (1).

Le saint évêque, ayant appris ce désastre, alla

trouver Boleslas , duc de Pologne , auprès du-

(t) Chr. Majîd.W.

quel étoit son frère aine , et le pria de faire sonder les Boiiémiens s'ils voudroient le recevoir. Ils répondirent aux envoyés du duc : Nous sommes des pécheurs endurcis , c'est un sainte! un ami de Dieu, nous ne pouvons compatir ensemble. Mais encore pourquoi revientil nous chercher après nous avoir quittés tant de fois ? Nous voyons bien ce qu'il prétend sous cette apparence de charité : il veut venger ses frères, et nous ne voulons point le recevoir. Saint Adalbert , ayant reçu celte réponse , se regarda comme déchargé du soin de son église, et tourna toutes ses pensées à la conversion des infidèles. S'étant déterminé à aller en Prusse comme à un pays plus voisin et plus connu du duc de Pologne , il s'embarqua dans un bâtiment que le duc lui donna avec trente soldats d'escorte, et arriva premièrement à Dantzick. Là il baptisa un grand nombre de personnes , et , ayant célébré la messe et communié les nouveaux baptisés, il garda ce qui restoit de la sainte eucharistie pour servir de viatique.

Page 1