LIVRE CINQUANTE-SEPTIÈME
Olhon et le pape Grégoire, ayant appris son arrivée, allèrent au-devant de lui, et , le prenant chacun par une main , le menèrent au palais patriarcal et le firent asseoir au milieu d'eux , lui baisant les mains chacun de leur côté Le saint homme gèinissoit de ce traitement , et le souffroit toutefois dans lespérance d'obtenir ce qu il désiroit. Il leur dit donc : Epargnez-moi pour Dieu , je suis le plus grand pi^cheur de tous les hommes, un vieillard demi-mort et indigne de ces honneurs: c'est plutôt à moi à me prosterner à vos pieds, et à honorer vos dignités suprêmes. Ce n'est pas le désir de la gloire ou des biens qui m'a fait venir à VOUS; c'est pour celui qui nous a tant servi et que vous avez si maltraité, qui vous a levés l'un et l'autre des f(mls de baptême, et à qui vous avez fait arracher les yeux. Je vous supplie de me le donner, afin qu'il se relire avec moi , et que nous pleurions ensemble nos péchés.
A ce discours, l'empereur répandit quelques larmes, car il n'approuvoit pas tout ce qui s'étoit passé, et il répondit à saint Nil : Nous sommes prêts d'accomplir tout ce que vous désirez, si de votre côté vous avez égard à notre prière, et si vous voulez bien prendre dans cette ville un monastère tel qu'il vous plaira , et demeurer toujours avec nous. Comme le saint vieillard refusoit de dt meurer dans la ville, l'empereur lui proposa le monastère de Saint-Anastase, comme h(»rs de tout tumulle et de tout temps alTrcté aux (irecs. Saint Nil l'avoit accepté par le désir d'obtenir (e qu'il demandoit ; mais le pape, non ccmtent de ce que Philagathe avoit souffert, le fit promener par toute la ville de Rome, revêtu d un habit sacerdolal, que l'on avoit déchiré sur lui , et monté à rebours sur un ànc dont il tenoit la queue entre ses mains (l).
Saint Nil en fut si affligé qu'il ne demanda plus Philagathe à l'empereur. Ce prince lui envoya un archevêque de sa suite, qui étoit un beau parleur, et le saint vieillard lui dit : Allez dire à l'empereur et au pape : Voici ce que dit ce vieux radoteur, Vous m'avez accordé cet aveugle, non par la crainte que vous avie? de moi , ni à cause de ma grande puissance , mais pour le seul amour de Dieu ; ainsi ce que vous lui avez fait souffrir de plus, ce n'est pas à lui , c'est à moi que vous l'avez fait, ou plutôt, c'est Dieu même à qui vous avez fait injure. Sachez donc que, comme vous n'avez point eu pitié de celui que Dieu avoit livré entre vos mains, votre père céleste n'aura point pitié de vos péchés. Comme l'archevêque ne cessoit point de parler pour excuser l'empereur et le pape , le saint vieillard baissoit la tête, feignant de s'endormir, et le prélat , voyant qu'il ne l'écoutoit point, se retira. Saint Nil monta aussitôt à cheval avec les frères qui l'a •
voient suivi, et, marchant toute la nuit, il retourna à son monastère.
(1) Chr. Saxo. Petr.Dam.
1, Ep. ult. ad Cadal.
(1) Greg. V, Ep. 1.
(3) Chr. Hildcs.
(4} Chr. Saxo.
(6) \ita S. KiU, p. UL