‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1144 sur 2407 · LI. Monastère de Saiiit-NII , prés Gaùtc · texte numérisé non relu

LI. Monastère de Saiiit-NII , prés Gaùtc

rCe n'étoit plus Valdelucc auprès du mont Cassin , il l'avoit quitté après y avoir demeuré environ quinze ans. Ce monastère étant devenu nombreux , opulent et renommé, le saint abbé voyoit les moines se relâcher de leur première observance, à quoi coniribuoit la mauvaise conduite de Manson , abbé du mont Cassin , homme intéressé et ennemi de la pié(é(l). Saint Nil sortit donc de Valdeluce, et chercha un lieu où les moines ne pussent subsister que par le travail, et où la disette les retînt dans le devoir. C'est ce qui lui fit refuser les offres de plusieurs villes des environs, qui vouloient lui donner de leurs biens, et même des monastères tout préparés; mais il n'y trouvoit point ce qu'il cherchoit, la solitude, le repos et léloignement des hommes. Car,disoit-il, la vie commode et sans aucun soin ne convient pas aux moines de ce temps : ils n'emploient pas leur loisir à la prière, la méditation et la lecture de l'Ecriture, mais à de vains discours, de mauvaises pensées et des curiosités inutiles. La distraction que cause le travail détourne ces pensées et une infinité de maux, et rien n'est tel que de manger son pain à la sueur de son visage. Quelques-uns des moines, ne pouvant goûter celle sévérité du saint abbé, demeurèrent à Valdeluce; mais ils tombèrent dans la division , l'indépendance et le désordre ; et enfin on les en chassa entièrement.

Cependant saint Nil , avec Etienne et les autres qui le suivirent, trouva près de Gaéte un heu désert , aride et étroit , dont il fut charmé, et s'y logea. D'abord ils y manquoient de tout ; mais bientôt plusieurs frères se joignirent à eux, et ils furent dans l'abondance par leur travail assidu , accompagné de psalmodie continuelle, de fréquentes génuflexions , d'une abstinence volontaire et d'une obéissance sans contrainte. Le saint vieillard croissoit en ferveur à mesure que ses forces corporelles diminuoient , et nv relàcboil rien de ses austérités, ni pour ses infirmités, ni pour son grand âge, c<ir il vécut jusqu'à quatre-vingt-quinze ans. Jamais il ne but ni ne mangea avant l'heure réglée, jamais il ne mangea de chair m ne se baigna. Son abstinence étoit tellement tournée en habitude, qu'il n'auroit pu la rompre quand il auroit voulu Souvent il avoit des abstractions d'esprit , qui l'empêchoient de voir ceux qui étoient présents , et cependant il réciloit quelques psaumes ou quelques paroles ' Qe la liturgie, comme \e Sancfus. Quand il t'ioit revenu , et qu'on lui demandoit ce qui lui ^'loit arrivé, il répondoit : Je suis vieux , mon onfant, je radote, je suis obsédé du démon, <^t je ne sais ce que je fais.

(1) Petr. D«m. lit), i. Epiit. ultim. ad Cadtl.

(1) Sup. n. )1. Vitap. UO.

1^ princesse de Gaète pria son mari qu'ils allassent ensemble voir le saint abbé. Faisonslui savoir auparavant, dit le prince, de peur qu'il ne le trouve mauvais, qu'il ne s'enfuie et que nous ne le perdions. Car on savoit qu'il évitoil avec grand soin la rencontre des femmes , et que jamais aucune n'entroit dans son monastère. Il répondit à celui qui vint de la

suis moine ; mais , si je vois une femme le démon revient aussitôt me tourmenter. Cette réponse ne fit qu'enflammer davantage le désir de la princesse, et elle fit tant qu'il permit de le venir voir, mais à condition qu'elle ne seroit suivie d'aucune autre femme. Le saint homme, après l'avoir un peu entretenue de la pureté, de l'aumône et de la crainte de Dieu la renvoya avec joie. La rencontre des grands de la terre lui étoit fort à charge; il l'évitoit soigneusement comme une source de vanité et il n avoit de commerce avec eux , même par lettres, que pour les secourir dans leurs besoins et dans leurs mauvaises affaires.

LU. Saint Romuald prés l'empereur.

L'empereur Othon célébra à Rome la fête de Pâques, qui , cette année neuf cent quatrevmgt-dix-huit, fut le dix-septième d'avrilet après l'octave il fit attaquer avec des machines et des échelles la forteresse où Crescence s'étoit enfermé, c'est-à-dire le château Saint-Ange, qui passoit pour imprenable (1) L'empereur craignant de la manquer, employa un Allemand, nommé Thamme, qu'il chérissoit jusqu'à le faire manger à son plat et le vêtir de ses habits. Celui-là, par ordre de l'empereur et de concert avec le pape, promit sûreté à Crescence avec serment ; mais quand il fut sorti de la forteresse, l'empereur lui fit couper la tête, et après l'avoir jeté du haut de la tour, on le pendit par les pieds. Toutefois, l'empereur prit ensuite sa femme pour concubine.

Les Tiburtins s'étoient aussi révoltés contre l'empereur et avoient tué Mazolin, leur duc • mais saint Romuald fit leur paix, étant venu trouver l'empereur à l'occasion que je vais dire (2). Ce prince, voulant réformer l'abbaye de Classe, donna le choix aux moines d'un tel abbé qu'ils voudroient : ils choisirent tout d'une voix Romuald; et l'empereur, craignant que le saint homme ne voulût pas venir à la cour, alla le trouver lui-même, coucha sur son lit, et le lendemain l'amena à son palais où il le pressa d'accepter cette abbaye. Comme il refusoit absolument, l'empereur le menaça de le faire excommunier par tous lesévêques et l'obligea enfin à accepter. Il s'appliqua à

(1) Chr. Sax. an.

VitaS. Rom. n. 35.

(2) Vila S. Rom. n. 31.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

rétablir en ce monastère robservance exacte de la règle, sans donner aucune dispense en faveur de la noblesse ou de la doctrine. Cette sévérité fit repentir les moines de l'avoir choisi ; ils commencèrent à murmurer fortement contre lui, en sorte que, voyant qu'il ne pouvoit les convertir et se sentoit déchoir de la perfection, il vint trouver l'empereur devant Tibur, et, en sa présence et de l'archevêque de Ravenne , jeta le bâton pastoral et renonça à l'abbaye.

Il sêmbloit que la providence l'eût envoyé pour sauver les habitants de Tibur (1). Car il les fit convenir de se rendre à l'empereur , faisant abattre une partie de leurs murailles et lui donnant des otages, et de livrer le meurtrier du duc à sa mère, qu'il obligea à lui pardonner. Ce fut aussi à Tibur qu'il convertit Thamme , qui avoit trompé Crescence. Il lui représenta si fortement l'énormité de sa supercherie et de son parjure, qu'il lui persuada de quitter le monde; et l'empereur qui aimoit l'ordre monastique lui en accorda volontiers la permission.

L'empereur lui-même, s'étant confessé de ce crime à saint Romuald, fit par pénitence, nupieds , le pèlerinage de Rome à Saint-Michel du mont Gargan. Il demeura dans le monastère de Classe pendant tout le carême suivant de l'an neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, jeûnant et psalmodiant autant qu'il le pouvoit, portant un cilice sur la chair, quoique pardessus il fût vêtu d'or et de pourpre , et ayant un lit de parade , il couchoit sur une natte de jonc. Enfin il promit à saint Romuald de quitter l'empire et de prendre l'habit monastique ; mais il n'accomplit pas cette promesse.

LUI. L'empereur visite saint Nil.

En revenant du mont Gargan, l'empereur passa au monastère de Saint-JNil. Quand il en fut proche , voyant de la hauteur les cabanes des moines dressées autour de l'oratoire , il dit (2) : Voilà les tabernacles d'Israël dans le désert ; voilà les citoyens du royaume des cieux ; ils ne demeurent point ici comme habitants, mais comme passagers. Saint Nil, faisant brûler de l'encens , s'avança au-devant de lui avec toute sa communauté , et le salua avec toute sorte d'humilité et de respect. L'empereur, soutenant de sa main le saint vieillard, entra avec lui dans l'oratoire, et après la prière il lui dit : Avant que d'aller au ciel , ayez soin de vos enfants , de peur qu'après vous l'incommodité de ce lieu ne les oblige à se séparer. Je leur donnerai un monastère et des revenus en tel lieu de mon empire que voas ordonnerez. Le saint répondit : S'ils sont de vrais moines, celui qui a pris soin d'eux avec moi jusqu'à présent,

[An d6 J.-C.9M,

en aura encore plus de soin sans moi. Après plusieurs autres discours, l'empereur se leva pour s'en aller, et se tournant vers le saint, il lui dit : Demandez-moi comme à votre fils tout ce qu'il vous plaira. Saint Nil portant la main sur la poitrine de l'empereur, répondit : Je ne demande autre chose à votre majesté que le salut de son âme. Tout empereur que vous êtes , vous mourrez comme un autre homme, et vous rendrez compte de toutes vos actions. A ces mots, l'empereur répandit des larmes, et, mettant sa couronne entre les mains du saint , il reçut sa bénédiction avec ceux de sa suite et poursuivit s<m chemin. J^es moines murmuroient contre le saint vieillard, de ce qu'il n'a voit pas reçu la grâce que le prince leur vouloit faire de leur donner un monastère; mais saint Nil leur dit : J'ai parlé comme un insensé, je l'avoue, mais vous verrez dans peu de temps si vous avez raison. Quand ils apprirent ensuite la mort de l'empereur Othon, ils admirèrent la discrétion du saint.

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