LIV. Francon et Bouchard, évoque» de 'NVormes
En ce second voyage d'Italie, l'empereur Othon avoit amené avec lui Francon , à qui il avoit donné depuis peu l'évêché de Wormes après la mort d'Hildebalde (1). Francon étoit jeune , mais de grand mérite ; l'empereur avoit en lui une confiance particulière , et ne prenoit guère de résolution sans le consulter. Pendant le séjour qu il fit à Rome, il s'enferma secrètement avec cet évêque dans une grotte de l'église de Saint-Clément ; et ils y passèrent quatorze jours nu-pieds et revêtus du cilice, dans les jeûnes, les veilles et
les prières.
L'évêque y eut révélation de sa mort , qui étoit proche, et il le dit à l'empereur, qui le pressa avec beaucoup de larmes de lui nommer celui qu'il désiroit pour son successeur Francon lui nomma son frère Bouchard, et l'empereur promit avec serment de lui donner l'évêché de Wormes ; et pour s'en souvenir, il s'en fit donner une requête par Francon, et la mit dans le sac des mémoires destinés pour son
testament.
Francon mourut en effet comme il 1 avoii prédit, et fut enterré à Rome, n'ayant tenu le siège de Wormes guère plus d'un an , qu'il avoit passé en Italie près de l'empereur. Après sa mort , l'empereur oublia sa promesse ; et , cédant aux importunités de ceux qui lui demandèrent cet évêché, le donna de suite a deux autres , dont l'un vécut seulement trois jours après sa nomination, et l'autre quatorze. L'empereur, étant de retour en Saxe, raconta cet événement à A illegise , archevêque de Mayence, qui l'étoit venu voir, accompagne
Ande J.-C. 1M)8.]
LIYRE CINQUANTE-SEPTIÈME.
de Bouchard , son élève. L*empereur connoissoit aussi Bouchard , et l'avoit souvent fait venir près de lui, et chargé de présents. L'ayant donc vu à la suite de l'archevêque , il l'appela, lui dit ce qu'il avoit promis à son frère , et le pressa d accepter l'évêché de Wormes; mais Bouchard ne put se résoudre qu'après avoir consulté l'archevêque, qui le sacra quelques jours après : c'étoit environ l'an mil.
Bouchard étoit né dans la province de Hesse, de parents nobles, qui le mirent premièrement à Coblentz pour le faire instruire ; de là il passa en divers lieux pour continuer ses études, entre autres à l'abbaye de Lobbes et à Liège, où l'on dit qu'il fut chanoine. Enfin il s'attacha à Villegise, archevêque de Mayence , qui réleva dans les ordres sacrés jusqu'au diaconat, et lui donna le gouvernement d'une église très-pauvre, que Bouchard rétablit magnifiquement et pour le temporel et pour le spirituel ; enfin l'archevêque le fit maître de sa chambre et le premier de la ville de Mayence.