XV. Hervé, trésorier de Tours
Il étoit des plus nobles d'entre les François, et , ayant commencé d'étudier les arts libéraux, le désir d'assurer son salut le fit entrer secrètement dans un monastère (2) ; mais les moines, à cause de sa noblesse, craignant le ressentiment de ses parents , n'osèrent le recevoir, et lui promirent seulement de le faire s'ils n'en étoient empêchés par violence. Son père, ayant appris où il étoit, vint, tout furieux , l'arracher du monastère , et , après lui avoir fait de grands reproches, le mena par force à la cour du roi Robert, qu'il pria de le détourner de ce dessein par les promesses de ses bienfaits. Mais le pieux roi l'exhorta, au contraire, à persévérer dans sa bonne résolution, et le fit trésorier de Saint-Martin de Tours , se proposant de le faire ensuite évéque ce qu'il tenta plusieurs fois ; mais Hervé refusa toujours l'épiscopat.
Il eut même de la peine à accepter la trésorerie de Saint-Martin, et, quoiqu'il portât 1 habit blanc de chanoine, il pratiquoit autant qu'il pouvoit la vie monastique. Il avoit un cilice sur la chair, jeûnoit continuellement, veilloit et prioit avec assiduité, et faisoit de grandes aumônes. Enfin il forma le dessein de rebâtir l'église de Saint-Martin plus grande et plus magnifique, et, l'ayant commencée dès les fondements, il l'acheva. Il invita plusieurs évéques à venir en faire la dédicace , et , quelques jours auparavant, on dit qu'il pria Dieu de faire quelque miracle, tel qu'il en avoit fait autrefois en pareille occasion. Comme il étoit prosterné, faisant sa prière, saint Martin lui apparut et lui dit • Vous pourriez, mon fils obtenir de Dieu de plus grandes choses ; mais les miracles des siècles passés doivent suffire pour ce temps-ci , où la fin du monde approche. Il ne faut demander que le salut des âmes , et c'est à quoi je ne manque pas, priant particulièrement pour ceux qui servent cette église. La dédicace se fît le jour de la translation de saint Martin, quatrième de juillet et ce bâtiment subsiste encore aujourd'hui. '
Hervé se relira ensuite dans une cellule, près de l'église, redoublant ses austérités et ses prières. Quatre ans après, il sut que sa mort étoit proche , et tomba malade. Plusieurs personnes le venoient voir, s'attendant qu'à sa nioiU il se feroit quelque miracle ; mais il leur dit qu'ils n'en verroient point, et qu'ils ne songeassent qu'à prier Dieu pour lui : ainsi il mourut saintement l'an mil vingt-quatre.
(1) To. 9, Conc. p. 780. (2) To. 9, Conc. p. 73. I (1) Glab. iii,c. 4. Tome ÎV.
(2) Glab. ibid.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ Ans de J.-C. 1001.