‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1170 sur 2407 · XVI. Eglise de Loches · texte numérisé non relu

XVI. Eglise de Loches

Foulques, comte d'Anjou, touché de la crainte de l'enfer pour avoir répandu beaucoup de sang en divers combats, fit le pèlerinage de Jérusalem , et au retour résolut de bàlir un monastère dans une de ses terres, où les moines priassent jour et nuit p(3ur le salut de son àme (1). Il fonda donc le monastère de Beaulieu , à mille pas de Loches ; et l'église , qui éloit très-belle, ayant été promptement achevée, il envoya prier Hugues, archevêque de Tours, dans le diocèse duquel elleétoit, de venir en faire la dédicace. L'archevêque répondit : Je ne puis offrir à Dieu les vœux d'un homme qui a pris à mon église plusieurs terres et plusieurs serfs ; qu'il commence par rendre aux autres ce qu'il leur a ôté injustement.

Le comte, fort indigné de cette réponse, Gt de grandes menaces contre l'archevêque , et , prenant quantité d'or et d'argent , il s'en alla à Rome; et, ayant exposé l'affaire au pape Jean , il lui fit de grands présents , et le pria de faire dédier son église. Le pape envoya avec lui un cardinal , nommé Pierre , avec ordre de faire hardiment ee que le comte désiroit. Les évêques des Gaules blâmèrent cet attentat , et trouvèrent fort indécent que le pape donnât l'exemple de violer les canons , qui défendent à un évêque de rien entreprendre dans le diocèse d'un autre sans son consenlement. Le jour de la dédicace fut marqué dans le mois de mai ; il s'y trouva un peuple innombrable , mais il n'y eut d'évêques que ceux de la domination du comte, et malgré eux. La cérémonie étant faite, le jour même, vers fheure de none, le temps, qui étoit fort beau, changea tout-àcoup , et il vint un orage si furieux , qu'après avoir long-temps secoué la nouvelle église , il en emporta le toit avec toute la charpente. Cet accident fut regardé de tout le monde comme une punition de l'attentat contre la discipline de r Eglise Car, encore que la dignité du siège apostolique rende le pape le plus respectable de tous les évêques du monde , il ne lui est permis en rien de violer les canons; et, comme chaque évêque est l'époux de son église , dans laquelle il représente le sauveur, il ne convient à aucun évêque , sans exception , de rien entreprendre dans le diocèse d'un autre. Ce sont les paroles de Raoul Glabert, historien du temps, qui toutefois, étant moine de Clugny, ne reconnoissoit pour supérieurs que sou abbé et le pape.

XVIl. Réforme de Fécamp.

Richard F% duc de Normandie, entreprit de rétablir f abbaye de Fécamp , fondée pour des religieuses dans le septième siècle , puis ruinée par les Normands païens, et alors occupée par des chanoines déréglés (2). Le duc

(1) Glab. liv. n, c. 4. Vila Guil. Act. SS. Ben.

(2) Sup. 1. XXXIX, n. 30. Ssc. 0, p. 341, 351.

Richard envoya donc à Clugny prier saint Mayeul , qui en étoit alors abbé, de venir rétablir ce monastère. Le saint abbé répondit qu'il enlreprendroit ce voyage à condition que le duc aboliroit par tout son duché le droit de pànage , qui se prend pour mener les porcs paître dans les forêts, et qu'il ne permeltroit à aucun des seigneurs ses vassaux de l'exiger. Le duc ne jugea pas à propos d'accepter cette condition , et faffaire demeura pour lors.

Après la mort de saint Mayeul , le duc Richard , ayant ouï parler du mérite de Guillaume, son disciple, abbé de Saint-Bénigne de Dijon , lui envoya des députés pour lui faire la même prière de venir à Fécamp établir un monastère selon la règle de saint Renolt. L'abbé Guillaume répondit : Mes enfants, nous avons ouï-dire que les ducs des Normands sont des hommes barbares et féroces , qui , loin de bâtir des églises et des monastères, les abattent et dispersent les moines. Retournez donc à votre duc, et lui dites que nous n'avons aucun préparatif pour une telle entreprise, et que nous manquons de chevaux pour nous monter, nous et nos frères , et pour porter notre bagage.

Sur cette réponse, le duc, craignant de manquer son dessein, envoya quantité de chevaux, et l'abbé, considérant sa persévérance, partit avec un grand nombre de ses moines pour l'aller trouver. Le duc le reçut comme s il eût reçu Jésus-Christ même, et le servit de ses propres mains. Il chassa de Fécamp les chanoines séculiers^ et donna ce monastère, dédié à la sainte trinilé, à fabbé Guillaume et à ses moines. C'étoit l'an mil un ; le duc Richard le vieux mourut l'année suivante, et fut enterré dans l'église de ce monastère. Son fils Richard II lui succéda , et n'eut pas moins d'affection pour l'abbé Guillaume et pour la maison de Fécamp. Souvent il servoit à tabh» les moines, et s'asseyoit ensuite auprès d eux à la dernière place (1). Pour les mettre plus en liberté de maintenir leur observance , il assembla à Fécamp les évêques oi les seigneurs de toute la Normandie, et fit déclarer ce monastère exempt de toute sujétion aux évcVjues. La charte de cette exemption fut souscrite par Robert, archevêque de Rouen , dans le diocèse duquel est Fécamp, et par tous les autres évêques et les seigneurs. Cette exemption fut depuis confirmée par le roi Robert et par le pape Benoit YIII.

X\TII. Robert, archev(^que de Rouen.

Robert , archevêque de Rouen , donna la même exemption à douze autres églises , en considération de la mémoire du duc son père, et suivant la volonté du duc son frère (2) ; car

An de J.-C. 1004. J

il étoit fils de Richard I", qui, en neuf cent quatre-vingt-neuf, après la mort de Hugues, lui donna cet archevêché avec le comté d'Evrcux : aussi vivoit-il en prince, et non en évêque, étant tout occupé de ses affaires temporelles et de ses plaisirs, et continuant le scandale qu'avoit donné son prédécesseur. Il épousa une femme, nommée Herlève av(?c laquelle il vivoit publiquement , et en eut trois fils, Richard , Raoul et Guillaume auxquels il distribua le comté d'Evreux et d'autres grandes dignités. Robert est toutefois loué pour sa libéralité envers les églises, principalement sa cathédrale, qu'il commença à rebâtir dés les fondements , et en lit une grande partie : il tint l'archevêché de Rouen quarantehuit ans , c'est-à-dire jusqu'à l'an mil trentesept , et fit pénitence à la fin de ses jours.

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