XIX. Lcutard fanatique
(1) Dudo. p. 198. Ordor. Vit. I. v, c. 4i.
(2) Sup. liv. LY, n. f7. MabiU. Anal. tom. a,p.488.
Vers la fin de l'an mil , un homme du peuple, nommé Leutard, du bourg des Vertus, au
diocésedeChûlons, s'érigea en prophèteetsédui SI t plusieurs personnes (1). Il étoit un jour dans les champsa travailler ; s'étant endormi de lassitude , il s'imagina sentir un grand essaim d'abeilles lui entrer dans le corps par en bas, et sortir par sa bouche avec un grand bruit ; puis ces abeilles le piquoimtet l'agitoient, et, après lavoir tourmenté long-temps, lui parloientet lui commandoientde faire plusieurs choses impossibles aux hommes. Fatigué de cette vision Il vint chez lui et quitta sa femme, prétendant suivre un précepte de l'Evangile. Il sortit comme pour aller faire sa prière , et , étant entre dans l'église, il prit la croix et la brisa avec l'image du crucifix. Ceux qui le virent lurent effrayés, et le crurent insensé ; mais comme c'étoient des paysans simples et crédules, il leur persuada qu'il faisoit tout cela en vertu d'une merveilleuse révélation qu'il avoit reçue de Dieu.
Il parloit beaucoup, et vouloit paroître un grand docteur ; mais ses discours avoient aussi peu de solidité que de vérité II disoit qu'il ne alloit croire qu'une partie de ce qu'avoient dit lj;s prophètes , et que le reste éloit inutile. H disoit aussi qu il étoit superfiu de donner des dîmes II s'acquit la réputation d'un saint homme et s'attira en peu de temps une grande partie du peuple. Gébouin, alors évt^ue de thAIons, vieillard très-savant, le fit venir et 1 mterroga sur tout ce qu'il avoit ouï-dire de ses discours et de ses actions. Leutard voulut cacher ses erreurs et employer des autorités (tel Ecriture, qu'il n'avoit pas étudiée, mais i evéque le convainquit de contradiction et a extravagance, et désabusa le peuple qu'il avoil séduit. Le malheureux Leutard se voyant confondu et abandonné, se précipita dansunpuils. ^