XXI. Mort de Gisilier. Tagraon, archevêque de Mag
debourg.
En Allemagne , le roi Henri s'appliquoit à régler les affaires que la jeunesse de l'empereur Othon et sa mort précipitée Tavoient empêché de terminer. Une des principales éloit le rétablissement de l'évêché de Mersbourg, supprimé par Othon (.3). Le roi Henri, ayant donc célébré à Polden la fête de Noël , la seconde année de son régne, vint à Dornbourg d'où il envoya à Magdebourg Villigise, archevêque de Mayence, avec d'autres hommes sages, vers Gisilier , archevêque de Magdebourg, dangereusement malade depuis long-temps. Le roi lui mandoit de rentrer en lui-même, de reconnoîlre la main de Dieu , qui le châlioit si visiblement, de quitter le siège de Magdebourg qu'il avoit usurpé, de reprendre celui de Mersbourg qui lui appartenoit légitimement, et de réparer tout le mal qu'il avoit fait en le détruisant. Il étoit si éloigné de le faire, qu'il avoit peine même à en écouter la proposition • toutefois, il répondit en peu de mots que dans trois jours il iroit rendre au roi une réponse certaine. Il se fit donc monter sur un chariot la seule voiture dont il usoit depuis longtemps, et se fit mener à la maison de Tribur où, consumé de maladie, il mourut au bout de deux jours, le vingt-cinquième de janvier l'an mil quatre. '
Le roi Henri l'ayant appris , s'y rendit pour accompagner le corps jusqu'à Magdebourg et y envoya devant Vipert, son chapelain, avec ordre de faire élire Tagmon pour archevêque
(1) Glab. lib. 11,0.11,
(I) Glab. If, c. 12.
W Apoc, XX, 7.
(3),Chr.Sax.lW*.Ditai»
Iib. 5, p. 57,
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
( An de J.-C. lOGi;
Cependant Valthard, prévôt de l'église de Magdebourg , assembla le clergé , pour leur déclarer que l'archevêque étoil mort , et que le roi venoit les visiter, leur demandant en même temps leur avis sur l'élection d'un successeur. Ils déclarèrent tout d'une voix qu'ils l'élisoient lui-même, quoiqu'il le refusât humblement. Le corps de l'archevêque Gisilier étant arrivé à Magdebourg , et le roi ensuite , il envoya le lendemain Arnoul, évêque d'Halberstad, pour persuader au clergé et aux vassaux de Téglise vacante, d'élire Tagmon. Le prévôt Yalthard répondit qu'il renonçoit volontiers à l'élection faite en sa faveur, mais qu'il prioit le roi, au nom de tous, de leur laisser la liberté d'une élection canonique , et de ne pas souffrir que la dignité de leur église fût avilie deleur temps. Sur cette réponse , le roi fit venir le prévôt et les principaux de l'église de Magdebourg séparément , et fit si bien par prières et par promesses , qu'ils élurent Tagmon , à qui aussitôt il donna le bâton pastoral de l'évêque Arnoul, pour signe de l'investiture de cette église, et l'installa dans la chaire pontificale avec les acclamations ordinaires. Ensuite on célébra les funérailles de Gisilier.
Tagmon étoit disciple de saint Yolfang , évêque de Ralisbonne, qui l'avoit élevé dès l'enfance comme son fils ; et quand il fut plus avancé, lui donna l'intendance de tous ses biens (1). Il le mit si bien dans l'esprit de l'empereur et du duc de Bavière, qu'il ne doutoit point qu'il ne fût un jour son successeur. Mais, étant près de mourir , il le fit venir et lui dit : Mettez votre bouche sur la mienne, et recevez du Seigneur le souffle de mon esprit, pour tempérer en vous l'ardeur de la jeunesse par celle de la charité. Si vous êtes maintenant privé de ma dignité, sachez que dans dix ans vous en recevrez une plus grande. Saint Yolfang mourut en neuf cent quatre-vingt-quatorze ; et Tagmon , étant élu tout d'une voix pour lui succéder au siège de Ratisbonne, vint trouver l'empereur ; mais il n'obtint pas son consentement , et ce prince donna l'évêché de Ratisbonne à Gebehard, son chapelain. Celuici traita honnêtement Tagmon, que l'empereur lui avoit recommandé; mais la diversité de leurs mœurs ne permit pas qu'ils demeurassent long-temps ensemble, et Tagmon s'attacha à Henri , alors duc de Bavière, qui l'aima par-^ ticulièrement à cause de la pureté de sa vie , et qui , étant devenu empereur , le fit archevêque de Magdebourg, au bout de dix ans, suivant la prédiction de saint Yolfang. Il fit de grands présents au roi et à la reine , et à ceux qui le servoient avec lui, pour témoigner sa reconnoissance.