LITRE CINQUANTE-HUITIÈME
d'ériger un évêché à Babemberg ou Bamberg, enFranconie. Il aimoit, dès l'enfance, cette ville qui étoit de son patrimoine, et, quand il fut roi , il commença à y bâtir une église , et y amasser peu à peu tout ce qui étoit nécessaire pour le services divin. Comme Bamberg étoit du diocèse de Yirtzbourg , le roi pria l'évêque de la lui céder, avec son territoire, lui offrant d'autres terres en échange. L'évêque y consenfit, à condition qu'il deviendroit archevêque, et que le nouvel évêque de Bamberg lui seroi't soumis. Le roi donc, célébrant la Pentecôte à 3Iayence, le vingt-cinquième de mai, la sixième année de son règne , qui étoit l'an mil sept, déclara son dessein touchant l'érection de cet évêché (1). N'espérant point d'enfants , puisqu'il gardoit la continence avec la reine, il vouloit faire Dieu même héritier de son patrimoine, et contribuer à la destruction du paganisme chez les Sclaves, dont Bamberg se trouvoit proche. Pour lui faire un diocèse, il reçut de Henri , évêque de Yirtzbourg , uiî comté, et partie d'un autre territoire, lui donnant, en échange, cent cinquante manses ou familles. Ce traité se fit du consentement des évêques qui assistèrent à l'assemblée de Mayence, savoir : l'archevêque Yilligise, Bouchard de A\ ormes , quatre autres de ses suffragants ; Liudolfe de Trêves et ses suffragants ; Thèodoric de Metz , et les évêques de Toul et de Yerdun ; Héribert, archevêque de Cologne, et Nolquer, évêque de Liège, son sulTragant, et Erluin de Cambrai; Tagmon, archevêque de Magdebourg , et Hidolfe, évêque de Mantoue.
Ensuite le roi Henri envoya à Rome deux de ses chapelains, Albéric et Louis, chargés de ses lettres et de celles de l'évêque de Yirtzbourg , pour obtenir du pape la confirmation de cette érection. Le pape Jean XYIII l'accorda dansun concile, et en écrivit à tous les évêques de Gaule et de Germanie. Hausses lettres , il marque que la nouvelle église dédiée à saint Pierre sera sous la protection particulière de l'église romaine , et toujours soumise à l'archevêque de Mayence , son métropolitain. La date est du mois de juin , indiction cinquième , qui est la même année mil sept.
Les chapelains du roi étant revenus en Allemagne, il tint un grand concile à Francfort, le premier de novembre delà même année (2). L'évêque de Yirtzbourg y futappelé; mais, sachant qu'il n'avoit pas obtenu le titre d'archevêque , il refusa d'y venir et d'accomplir sa promesse. Les évêques étant assemblés , le roi se prosterna devaiit eux jusqu'à terre ; mais il fut relevé par Yilligise, archevêque de Mayena», dans le diocèse duquel le concile se lenoit. Le roi expliqua son intention touchant le nouvel évêché, ajoutant qu'il avoit le consentement de la reine son épouse , à qui il avoit
Cl) Ibid. p. 60 ; tom . 9 (2) To. 9,Conc. p. 78i. Conc. p. 785. Dilm. p. 67.
donné Bamberg pour son douaire, et de son frère, son héritier présomptif. Il pria que l'absence de l'évêque de Yirtzbourg ne lui nuisît pas, offrant, quand il se présenteroit, d'eu passer par l'avis du concile.
Alors Berniger, chapelain de Tévêque de \irtzbourg et son député, dit que la crainte du roi avoit empêché son maître de venir au concile, qu'il n'avoit jamais consenti au dommage de l'église qui lui étoit confiée , et qu'il conjuroit les assistants de ne pas permettre qu'elle en souffrît en son absence. Puis on fit lire à haute voix les privilèges de cette égfise. Les évêques s'étant mis à délibérer, le roi se prosternoit toutes les fois qu'il voyoit balancer leurs avis. Enfin l'archevêque de Mayence demandant ce qu'il falloit décider, Tagmon, archevêque de Magdebourg, répondit le premier que l'on pouvoit légitimement accorder ce que le roi désiroit; tous les autres s'y accordèrent etsouscri virent la lettre de confirmation donnée par le pape. On y voit les noms de trente-cinq évêques : premièrement de Yilligise, archevêque de Mayence avec ses suffragants ; de Liudolfe, archevêque de Trêves, Hartung de Juvaveou Saltzbourg , Héribert de Cologne, Tagmon de Magdebourg, Bouchard de Lyon, Badolfede Tarantaise, et Anastase, archevêque des Hongrois , c'est-à-dire de Strigonie : ces trois derniers sans suffragants. Le roi Henri donna le nouvel évêché de Bamberg à Eberard , son chancelier, qui fut sacré le même jour par l'archevêque de Mayence ; et, dans la suite, Héribert, archevêque de Cologne, remit l'évêque de Yirtzbourg dans les bonnes grâces du roi. Outre l'église cathédrale dédiée a saint Pierre et à saint George , le roi bâtit à Bamberg un monastère de chanoines du côté du midi en l'honneur de saint Etienne , et au septentrion un monastère de moines en l'honneur de saint Michel et de saint Benoît.