XXVIII. Eglise du Saint-Sépulcre abattue
On apprît, peu de temps après, que le prince de Babylone avoit fait abattre l'église du Saint- Sépulcre à Jérusalem ; et il passa pour constant en France que c'étoit à la poursuite des juifs. Voici comme le moine Glabert le raconte. Les juifs étoient indignés de voir une multitude innombrable de chrétiens aller en pèlerinage au .^aint sépulchre (2). Il y avoil grand nombre de juifs à Orléans , où le roi Robert faisoit souvent son séjour , et c'étoient les plus fiers et les plus hardis de tous. Ils gagnèrent donc par argent un nommé Robert, serf fugitif du monastère de Melleray, qui couroit le monde en habit de pèlerin, et l'envoyèrent avec des lettres écrites en caractères hébraïques , et enfermées dans un bâton , adressées au prince de Babylone, qui porloient que s'il ne faisoit promptement détruire cette maison, si vénérable aux chrétiens, ils le dépouilleroient bientôt de son royaume. Le prince alarmé envoya des gens à Jérusalem , qui renversèrent l'église de fond en comble. Ils s'efforcèrent même de rompre avec des masses de fer la grotte du saint sépulcre, mais ils ne purent. C'est la seconde fois que cette église lut ruinée : la première fut au mois de juin six cent treize, quand elle fut brûlée par les Perses.
On sut ensuite par tout le monde que ce désastre étoit arrivé par la malice des juifs; et les chrétiens résolurent d'un commun consentement de les bannir de toutes leurs terres (3). Ainsi la haine publique éclatant contre eux , on les chassa des villes ; plusieurs furent noyés ou tués par le fer, et par d autres genres de mort, et quelques-uns se tuèrent eux-mêmes , en sorte qu'il en paroissoit peu dans la chrétienté. Les évéques firent défense à tous les chrétiens d'avoir avec eux aucun commerce d'affaires , ordonnant toutefois de recevoir ceux qui voudroient se convertir. Ainsi plusieurs se firent baptiser, par la crainte de la mort , et revinrent peu après à leur ancienne façon de vivre.
Le porteur de la lettre, qui avoit causé tant de mal , revint à Orléans , et fut reconnu par un pèlerin , qui avoit voyagé avec lui au Levant, et qui le trouva encore en grande liaison avec les juifs, dont il avoit reçu de grandes récompenses. 11 fut pris et fouetté si rudement , qu'il confessa son crime j et aussitôt les
(1^ Mabill Saec.6, p. 81.
Pet. Dam. Opusc. vi, c. 26.
(2 Glab. m, Hist. c. 7.