XII. Leiire de Bédé à Egbert
Le vénérable Bède vivoit encore , et , Tan sept cent trente-quatre, il écrivit à l'évêque Egbert une lettre , qui est un illustre témoignage de son amitié pour ce prélat , et de son zèle pour l'Eglise. L'année précédente qui étoit la seconde du pontiticat d'Egbert, Bède avoit passé quelques jours à instruire dans le monastère d'York, et l'évêque l'avoit prié d'y revenir l'année suivante; mais, étant letenu par la maladie qui lui survint, et qui fut apparemment la même dont il mourut, il suppléa a sa visite par cette lettre. Avant toutes choses, dit-il, évitez les conversations inutiles, et vous appliquez à la méditation des saintes Ecritures, principalement des épîtres de saint Paul à Timothée et à Tite , du pastoral de saint Grégoire et de ses homélies sur les Evangiles (3). Comme il ne convient pas d'employer les vases sacrés à des usages profanes , il n'est pas moins indécent que celui qui est consacré au service des autels se répande au sortir de l'église en des discours ou des actions indignes de son rang. Ayez toujours avec vous des personnes capables de vous aider et vous soutenir dans les tentations ; et ne faites pas comme certains évoques, qui ne sont accompagnés que de gens de plaisir et de bonne chère , capables de les divertir par des entretiens frivoles. Et ensuite :
Parce que votre diocèse est si grand , que vous ne pouvez seul aller partout , même en un an , il est nécessaire que vous établissiez
(1) Pœla Annon. tom. 4, (2) P. 561. Ad. SS. p. 5, 500. - (3) P.i6,edit,Paris.l66fl.
des pre^rosdansrliaque villaf^^c pour iuslruin; et aduiinitarer les sacrenn^ts; et ils doiveot primipalenMfit av4>ir soin que tout le monde sache par cœur le symbole elloraisun dominicale, et que ceux qui n entendent pas le latin , le chantent en leur langue , soit laïques , soit clercs ou moines (1). C'est pour cela que je les ai traduits en anglois , en laveur de plusieurs prêtres ignorants. On dit qu'il y a plusieurs villages dans les montagnt^s inacœssibles de notre nation , où jamais on n a vu d'évéques exercer aucune fonction spirituelle, ni personne pour instruire ; et toutefois aucun de ces villagt^s n'est exempt de paver des redevances à l'évèque. Ainsi , loin de prêcher gratuitement, suivant le précepte de JNotre- Seigneur, on reçoit sans prêcher largent qu'il a défendu de' prendre , Et ensuite :
Le meilleur moyen pour rétablir notre église est de multiplier les évèques ; car qui ne voit combien il vaut mieux partager à plusieurs ce fardeau immense que d'en accabler un seul? C'est pourquoi le saint pape Gréjgoire , écrivant à l'archevêque Augustin , avoit ordonné d'instituer douze évêques, dont celui d'York seroitle métropolitain (2). Je voudrois que vous remplissiez ce nombre avec le secours du roi : c'étoit Céolulfe , roi de Northumbre , prince trés-pieux. Bède continue : Je sais que par la négligence; des rois précédents , et leurs libéralités inconsidérées, il n'est pas aisé de trouver un lieu vacant pour érigerun évôché. C'est pourquoi j'estimerois à propos de prendre pour cet effet quelque monastère, et, pour obvier à l'opposition de l'abbé et des moines, on pourroit leur permettre de choisir lévéque d'entre eux ou de le prendre dans le territoire qui feroit le nouveau diocèse. Ce qui en rendra l'exécution plus facile , c'est le nombre inflni de lieux qui portent trés-mal à propos le nom de monastères, quoiqu'il n'y ait point d'observance monastique.
Car vous savez que de purs séculiers , sans aucune expérience ni aucune affection pour la vie régulière, donnent aux rois de l'argent, et en achètent des terres sous prétexte d'y fonder des monastères, et en font assurer la propriété à leurs héritiers par des lettres des rois, confirmées par les évêques (.3). Là ils vivent avec toute sorte de licence, gardant leurs femmes et leurs enfants, et y rassemblent, sous le nom de moines, ceux qui, pour leur indocilité, sont chassés des vrais monastères , ou qu'ils en peuvent débaucher , ou qu'ils trouvent vagabonds, ou leurs vassaux, à qui ils donnent l'habit etse font promettre obéissance. Ils prétendent être tout ensemble abbés et gouverneurs de provinces ou ofliciers du roi, et donnent à leurs femmes de semblables monastères à gouverner. Ce seroit donc un grand bien
HISTOIRE DU CHRISTIANISME. t An do j.-c. ,3,
d'employer utileiiKMil ces terres ociupées par
An de J.-C. 7Sl. ]