LIVRE QUARANTE-DEUXIEME
(8) P. 55.Gr.XU,Ep.l5.
Sup. 1. XXX VI, 37, (3) P. Ô7, 59.
aesgensquI ueloot que du scaiidale, t»t du moins sont inutiles à l'Eglise et à létat. Mus avons vu que dans le siècle préc:édeot ii y avoit en Espagne de ces faux monastères sans discipline, dont sainl Fructueux de Braque sp plaignoit (1). ""
Rède dit que cet abus régnoiten Angleterre depuis environ trente ans , et , continuant de donner ses avis à l'évéque Egbert, il l'exhorte à faire instruire soigneusement le peuple do la foi et des mœurs (2) , d'enseigner conrtûin est salutaire la frtM|uente communion tell. qu'elle se pratique en Italie, en Gaule, en Afrique, en Grèce et par tout l'Orient. Mais , ajoute-t-il, les laïques de notre province soul presque tous si éloignés de cette dévotion, que les plus pieux ne communient qu'à Noël , i\ l'Epiphanie et à Pâques, quoiqu'il y ail une inlinilé de p<TS4Mines d une vie très-pure, de tout âge et de tout si»xe , qui, sans aucune difficulté, pourroient communierions les dimanches et les fêtes des apôtres et des martyrs, comme vous avez vu faire à Rome ; mênae les gens mariés le feroiejU volontiers si on leur niontroit les bornes de la œnlinence, c'est-à dire qu'ils doivent la garder en s approchant des sacrements.
La même année sept cent trente-cinq mourut le vénérable Rède , si fameux par st^ écrits (3). 11 naquit! an six cent soixante-treize, en Northumbre, aux confins de l'Ecosse, dans le territoiredu double monasière de Viremoutli et de ^arow. A I âge de sept ans, ses parents le mirent dans ce monastère pour y tHre élevé, et il denK»ura premièrement à Viremouth , sous saint Benoit Biscop , qui l'a voit fondé, puis sous saint Céolfrid, à Jarow , où il passa le reste de ses jours (4). Toute sa vie fut employé<^ à s'instruire dans les sciences et méditer l'Ecriture sainte , sans se dispensiT des exercices réguliers, c'est-à-dire de la psalmodie» <( du travail des mains, qui étoit en vigueur dans ce monastère. Sans en sortir, il apprit lelalin, le grec, la versification latine, 1 astronomie,
I arithmétique, en un mot, toutes les sciences.
II eut pour maître dans l'Ecriture sainte, entre autres, le moine Trumbert, disciple de saint Céadda, évêque de Lichfeld ; il apprit le chant de Jean, archidiacre de Rome, amené en Angleterre par sainl Benoît Biscop. Bède eut aussi pour maîtres des disciples de sainl Théodore de Cantorbéry et de l'abbé Adricn(5). A l'âge de dix-neuf ans, il fut ordonné diacre, quoique, selon l(»s canons, il en fallût vingtcinq , mais quelquefois le mérite en faisoit dispenser (6). A trente ans, il fut ordonné prêtre, lan sept cent deux, et il reçut l'un et l'autre ordre des mains de Jean, alors évéque
(1) Sup. I. x\xix, B. «3.
Reg. S. irucl. c. 18.
(Si) P. 54, 60.
(3) Act.SS.Ben.l.i, p.
(i) Sup.
(5) Sup. B. IV; HiJt. c. 3,
(6) Sup.
dUaculstad et depuis d'York , et par le commanaement de saint Céolfrid, son abbé , car le monastère de Jarow étoit dans le diocèse d'Hagulslad(l). Depuis que Bède fut prêtre , il s'appliqua à écrire principalement sur l'Ecriture sainte. Il composa premièrement sa petite explication sur l'épître de saint Jean, puis I explication sur l'apocalypse , dédiée à Hubert, surnommé Eusèbe, depuis son abbé.
Ensuite il commenta les actes des apôtres par l'ordre d'Acca , qui fut évêque d'Hagulstad , depuis l'an sept cent neuf. Il expliqua ensuite l'évangile de saint Luc , puis les trente questions sur les livres des rois, à la prière de Northelme, alors prêtre de Londres, et depuis archevêque de CantorbiTy. Ensuite il donna le commentaire sur Samuel, dont il commença le troisième livre après la mort de l'abbé saint Céolfrid , c'est-à-dire en sept cent seize. Il donna l'explication sur saint Marc long-temps après celle de saint Luc ; il en fit une sur saint Paul et sur les épîtrcs canoniques , recueillie avec un grand travail des écrits de saint Augustin. 11 acheva le livre des six âges du monde, la neuvième année de l'empereur Léon Lsaurien , c'est-à-dire l'an sept cent vingtquatre.
Cet ouvrage de Bède lui attira des reproches de quelques ignorants, qui le traitoient d'hérétique , jusqu'à faire contre lui des chansons , prétendant qu il disoit que Notre Seigneur ne s'étoit pas incarné dans le sixième âge du monde. Le fondement de cette calomnie étoit que Bède, préférant avec saint Jérôme l'original hébreu à la version des septante, comptoit moins de cinq mille ans jusqu'à la venue de Jésus-Christ. Ainsi c'étoit la même objection des juifs, réfutée environ quarante ans auparavant par saint Julien de Tolède. Bède, sensiblement alarmé de cette accusation d*hérésie, écrivit une lettre apologétique à un moine, nommé Plégwin , où il justifie doctement sa chronologie, ot montre qu'il n'y a aucun fondement à l'opinion vulgaire qui couroit alors, que le monde devort durer six mille ans ; en un mot, que l'on ne doit chercher par aucune conjecture le temps de la fin du monde , que Dieu a voulu nous tenir caché.
Bède écrivit aussi la vie des cinq abbés qui avoient gouverné jusqu'alors les deux monastères de Viremouth et de Jarow, savoir, saint Benoit Biscop , saint Céolfrid , Estervin, Sigefrid et Vilbert ; ce qui comprend l'histoire de ces monastères.
, Lliistoire ecclésiastique des Anglois fut un Jie ses derniers ouvrages (2). 11 y fut principalement excité et aidé par l'abbé Albin , disciple de saint Théodore et d'Adrien , qui, étant très-instruit de tout ce qui regardoit l'église de Cantorbéri et les pays voisins , en envoya Qe bons mémoires à Bède par Northelme , prêtre de Londres , qui lui rapporta encore plu-
(1) Act. p. 555.
(ï) Epist. ad Reg. Ceol.
sfeurs choses de vive voix. Northelme alla ensuite à Rome , et , avec la permission du pape Grégoire III, chercha dans les archives de l'église et en tira plusieurs lettres de saint Grégoire et des autres papes , qu'il apporta à Bède pour les insérer dans son histoire. Daniel , évêque de Wincesler , lui fournit quelques mémoires touchant l'histoire ecclésiastique des provinces de \V c^sex et de Sussex, et de l'île de Wicht. Il apprit des moines de Leslinguen la conversion de Merce et d'Essex par le ministère des évêques Ceddi et Céadda. L'abbé Eli l'instruisit de l'histoire d'Estangle. Pour celle de Northumbre , son pays , il en savoit beaucoup par lui-même , et apprit le reste des moines de Lindisfame et de plusieurs autres personnes. C'est Bède qui rend ainsi compte de ses auteurs au roi Céodulfe, à qui il dédie son histoire. Elle est divisée en cinq livres, dont le premier commence à l'entrée de Jules-César dans la GrandtvBretagne, et finit à la mort de saint Grégoire. Les quatre livres suivants contiennent tout ce qui étoit arrivé depuis, principalement touchant ia religion, et j'en ai rapporté ce qui m'a semblé de plus remarquable.
Bède joignit à son histoire un épitome ou abrégé contenant les dates des principaux faits, et finissant de même à l'an sept cent trente-un , car ce qui est au delà a été ajouté depuis. Il le finit par un sommaire de sa vie et un catalogue des ouvrages qu'il avoit publiés jusqu'à cette année, la cinquante-neuvième de son âge. Ce sont des explications sur la plupart des livres de l'Ecriture , tirées des ouvrages des pères , principalement de saint Augustin; des traités du bissexte et de l'équinoxe par rapport au compute ou calcul de la pâque, qu'il avoit étudié avec soin à cause de l'erreur des» Bretons et des Irlandois. Un martyrologe, plusieurs vies des maints, son histoire et quelques autres ouvrages moins importants que nous avons pour la plupart ; mais on lui en attribue plusieurs qui ne sont pas de lui. 11 passa sa vie dans une grande innocence et une application continuelle à servir l'Eglise, soit en étudiant, soit en instruisant par écrit et de vive voix, et mourut dans son monastère de Jarov»^ , l'an sept cent trente-cinq , âgé de soixante-trois ans. Un de ses disciples, nommé Cullibert, depuis abbé de Jarow , nous a laissé les circonstances de sa mort en cette manière :
Environ quinze jours avant Pâques , il fat attaqué d'une grande difficulté de respirer, quoique sans douleur (1). Il passa en joie et en actions de grâce tout le temps qui restoit jusqu'à l'Ascension , qui fut le vingt-sixième de mai , donnant tous les jours des leçons à ses disciples, et employant à chanter des psaumes le reste du temps, même la plus grande partie de la nuit. Il disoit souvent des passages de l'Ecriture convenables à l'état où il se trouvoit , et il en avoit traduit quelques endroits en vers
(1) Act. 530.
HISTOIRE DL CHRISTIANISME
[Ande J.-C. 731
auglois. En ces derniers jours de sa vie, il travailloit à deu\ ouvragées , une traduction de l'évangile de saint Jean en anglois et des extraits du livre des notes de saint Isidore de Séville ; il en dicta encore le jour de l'Ascension, et, à l'heure de none , il dit à Cuthbert : J'ai quelque chose de prix dans ma cassette , du poivre , des mouchoirs , des parfums ; cours vite, et amène-moi les pnUrcs de notre monastère, alin que je leur fasse de petits présents de ce que Dieu m'a donné. Il parla à chacun d'eux, les priant de célébrer des messes et de faire des prières pour lui , puis il mourut étendu sur le pavé de sa cellule , en chantant Gloria Pairi^ plein de conGance et de joie. LTglise honore la mémoire de Bède le vingt-septième de mai , et les ancii»ns n'ont point fait dilRculté de lui donner le nom de saint (1). Depuis on lui a attribué particulièrement le titre de vénérable, dont on ne voit pas d'autre raison, sinon que l'on qualifîoit ainsi les plus saints moines. Ses ouvrages furent estimés dès son temps, et , peu après sa mort, saint Boniface les demanda à Egbert, archevêque d'York, à Hubert, et ensuite à Culhbert, abbé de Jarow, comme lui devant être fort utiles dans sa mission (2).
Céolulfe , roi de Northumbre , à qui Bède avoit dédié son histoire, profita tellement de cet ouvrage . que lan sept cent trente-sept il quitta son royaume , qu il gouvernoit depuis neuf ans, et embrassa la vie monastique àLindisfarne, sous la conduite de saint Guthbert(3). Il porta dans ce monasltre ses trésors, et lui donna plusieurs terres; mais il en affuiblit un peu l'observance; car, de son temps, on permit l'usage du vin et de la bière , au lieu qu'auparavant on n'y buvoit que de l'eau ou du lait. 11 vécut vingt-deux ans dans le monastère , et mourut , comme l'on croit , l'an sept cent soixante, le quinzième de janvier, et est honoré comme saint.