XL. Religion de saint Henri
Tandis que Vempereur Henri étoiten Italie, il fonda un évéché à Robio, par le conseil des évéques de la province, qui le jugèrent nécessaire (1). C'est le lieu où mourut saint Colomban, et où reposent ses reliques. L'empereur ayant célébré à Pavie la fête de Pâques, qui, cette année mil quatorze, étoit le vingt-cinquième d'avril, repassa les Alpes, et visita avec peu de suite divers lieux de piété. Cependant Ardouin, qui se prétendoit toujours roi de Lombardie, ravi du départ d'Henri, s'empara de Yerceil, dont l'évéque Léon eut de la peine à se sauver. Mais Ardouin fut enfin obligé de se soumettre; et abandonnant le monde, il se retira dans le monastère de Frutare, où il mourut lan mil dix-huit, le second jour de mars ; quelques-uns le comptent entre les saints.
L'empereur Henri , retournant en Allemagne, vint à Clugny voir 1 abbé saint Odilon, pour lequel il avoit une telle affection (2), qu'il le visitoit souvent, et le menoit quelquefois à sa cour. A cette visite, il donna au monastère sa couronne, son sceptre, sa pomme, son habit impérial, et un crucifix, le tout d'or, du poids de cent livres. Après avoir obtenu d'être associé à cette sainte communauté, il se recommanda à leurs prières, et leur donna des terres considérables en Alsace. Saint Meinverc, évêque de Paderborn, qui accompagnoit l'empereur, profita de cette occasion pour demander à saint Odilon des moines, afin de fonder un monastère près de sa ville. Il emporta aussi le poids du pain, la mesure du vin, le livre de la règle, celui des hymnes, et un antiphonier; et quand il fut de retour, il fonda près de Paderborn une chapelle en T honneur de saint Benoit, qui devint depuis un monastère fameux.
L'empereur célébra à Bamberg la Pente-
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An de J.-C. .lOtO]
côte, puis il vint au monastère de Coibie en Saxe, où la vi(^ relâchée des moines lui déplut tellement, qu'il entreprit de les réformer, et en fit emprisonner seize des plus rebelles. Comme ce monastère étoit du diocèse de Paderborn, saint Meinverc en ayant été chassé honteusement , l'empereur, sur sa remontrance, lit déposer l'abbé, et mit en sa place Drutmar, moine de Loresheim, Tan mil quinze, ce qui ailligea tellement les moines, qu'ils se retirèrent tous excepté neuf. Plusieurs toutefois revinrent ensuite, et se soumirent à la
rè""le (1).
Le zèle de rempereur Henri pour la vie monastique le i)orla jusqu'à vouloir en faire profession lui-même (2). Il aimoit particulièrement Richard , abbé de Saint-Vanes de Verdun et lui avoit souvent fait de riches présents en or, en argent, et en ornements. Un jour il vint voir les nouveaux bâtiments des lieux réguliers, que l'abbé avoit rétablis; et en entrant dans le cloître , soutenu d'un coté par l'évcVpie Heimon, et de l'autre par l'abbé Richard, il dit ces paroles du psaume (3) : C'est ici moii repos pour toujours, c'est l habitation que j'ai choisie. L'évéque remarqua cette parole de l'empereur , et dit à l'abbé en particulier : Si vous retenez ce prince, et lefiiites moinecomme il le désire, vous perdrez tout l'empire. L'abbé y fit une sérieuse réflexion, et trouva un expédient pour contenter l'empereur sans nuire à l'étal.
Il le fit venir au milieu de la communauté, et l'interrogea sur son dessein. L'empiTcur répondit avec larmes qu'il avoit résolu de quitter Ihabit séculier, et servir Dieu en ce lieu même avec les moines. Voulez -vous, dit l'abbé, suivant la règle et suivant l'exemple d(^ Jésus-Christ, être obéissant jusqu'à la mort? Il dit qu'oui, et de tout son cœur. El moi, dit l'abbé, je vous reçois pour moine, et dès ce jour je me charge du soin de votre âme. C'est pourquoi je veux que vous fassiez, avec la crainte de Dieu, tout ce que je vous ordonnerai. Henri le promit, et l'abbé Richard c(mtinua : Je veux donc, et je vous ordonne, que vous retourniez gouverner l'empire que Dieu vous a confié ; et que, par votre IVrmelé à rendre justice, vous pnKuriez, selon votre pouvoir, le salut de tout l'état. L'empereur obéit , bien qu'à regret, et reprit le gouvernement de l'empire ; mais il visiloit souvent l'abbé Richard, qui régloit par son conseil les affaires les plus importantes de l'état.