XLII. Le pape repousse les Sarrasins
L'année mil seize , les Sarrasins , venant par mer en Italie, prirent Lune en Toscane, chassèrent l'évéque, et se rendirent maîtres (lu [)ays (3). Le pape Benoît l'ayant appris , assembla tous les évéques et les défenseurs des églises , et leur ordonna de venir avec lui attaquer les ennemis, espérant, avec l'aide de Dieu , les mettre à mort. En même temps , il envoya secrètement une grande multitude de barques pour leur couper le chemin à leur retour. Le roi des Sarrasins s'en étant aperçu,
{\) Chr. Saxo.Vilac.lO, n. 70. Ditm. p. 88.
(i> Mirac. B. Rich. c. 8.
S»c. 6, Bened. p. 533.
(3) Ps. CXXXI, 14.
(1) ViU. c. I, n. i, c. 3, («) C.6,7,8, 10,n.72,elc. ^' lî. n. 78.
(3) Ditm. lib. 7, p. 06.
se sauva avec peu de suite ; ses troupes s'assemblèrent, et d'abord eurent grand avantage sur les chrétiens trois jours durant. Enfin ils prirent la fuite, et furent tous tués, jusqu'au dernier , en sorte que les chrétiens ne pouvoient compter le nombre des morts, ni la quantité du butin. I^ur reine fut prise , et, pour punir son audace, eut la tête coupée. Le pape prit pour lui l'ornement d'or et de pierreries qu'elle porloit sur sa tête , et envoya à l'empereur sa part du butin , estimé mille livres. Après le partage du butin , les chrétiens , victorieux , s'en retournèrent chacun chez eux rendre grâces à Dieu. Le roi des Sarrasins , irrité de la mort de sa femme et de la perle de ses troupes , envoya au pape un sac plein de châtaignes , et lui fit dire par le porteur que, l'été suivant, il lui amèneroit autant de soldats. Le pape lui envoya un petit sac plein de millet, en disant que s'il n'éloit pas content du tort qu'il avoit fait au patrimoine de Saint-Pierre , il vînt une seconde fois, et qu'il trouveroil autant ou plus de gens armés.
Vers le même temps , il y eut à Rome un tremblement de terre qui commença le vendredi-saint, après l'adoration de la croix (1). Un juif de la synagogue grecque donna avis au pape qu'à la même heure les juifs Iraitoient avec dérision l'image du crucifix. 1^ pape s'en étant informé exactement, et ayant trouvé qu'il étoit ainsi , condamna les coupables à perdre la vie ; et après qu'ils eurent été décapités , la fureur des vents cessa.
XLin. Normands en Italie.
Cependant il vint à Rome un seigneur normand, nommé Raoul, qui, s'étant attiré l'indignation du duc Richard , étoit sorti du pays avec tout ce qu'il avoit pu emporter (2). H expliqua son aventure au pape Benoît, qui , le jugeant brave guerrier, lui exposa les entreprises des Grecs sur l'empire d'Occident; car l'empereur Basile avoit ordonné au catapan, c'est-à-dire au gouverneur de ce qui lui restoil en Italie, d'exiger le tribut qu'il prétendoit lui être dû; et, en exécution de cet ordre, le catapan avoit subjugué une partie de la province de Bénévent. Le pape se plaignit donc à Raoul qu'il ne trouvoil personne dans le pays capable de repousser les Grecs. Il s'y offrit ; le pape l'envoya à Bénévent , et il conduisit si bien les Italiens, qu'il leur fit remporter des avantages considérables.
Les Normands étoienl déjà connus en Italie; car , seize ans auparavant , c'est-à-dire vers l'an mil , quarante Normands , revenant du pèlerinage de Jérusalem, arrivèrent à Salerne, qu'ils trouvèrent assiégée par les Sarrasins (3), Les Italiens admirèrent la grande taille de ces
(1) ChroD. Ademar. p.
(2) Glob. III, c. 1.
(3) Cbr.Ca9S.lib.il,c.37'
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
étrangers , leur bonne mine et leur adresse à manier les armes. Gaimar, prince de Salerne, leur donna des armes et des chevaux , et ils ûrent une sortie sur les infidèles, si imprévue et si vigoureuse , qu'ils les forcèrent à se retirer Le prince de Salerne les combla de louanges , leur offrit de grands présents , et les pressa instamment de demeurer avec lui ; mais ils répondirent qu'en ce qu'ils avoient fait , ils n'avoient eu autre motif que 1 amour de Dieu et de la religion , refusèrent les présents , et retournèrent en leur pays. Le prince de Salerne envoya avec eux des députés en Normandie , avec des citrons , des amandes et d'autres fruits d'Italie , des étoffes précieuses et des harnois dorés pour les chevaux , alin d'exciter d'autres Normands à venir dans un pays qui produisoit ces ricliesses.
Le bruit des victoires de Raoul s'étant répandu de tous côtés , une multitude innombrable de Normands sortirent de leur pays avec leurs femmes et leurs enfants, non seulement par la permission du duc Richard, mais par ses ordres pressants (1). Après plusieurs victoires sur les Grecs , Raoul , voyant que ses troupes diminuoient, et que les Italiens etoient peu propres à la guerre, passa les monts avec peu de suite , et alla trouver l'empereur Henri pour lui exposer l'état des choses. L'empereur, qui , sur sa réputation , désiroit de le voir, le reçut très-bien , et lui tit divers présents. Nous verrons les grandes suites de celle entrée des Normands en Italie.