LIVRE CINQUANTE-HUITIÈME
Entre les évéques cliéris de l'empereur saint Henri, on compte saint Yolbodon de Liège, qui , étant né en Flandre d'une famille illustre, fut élevé dans le chapitre d'Utrecht, en gouverna l'école , et en fut prévôt (2). Après la mort de Baudri , successeur de Notger, l'empereur donna à Volbodon l'évèché de Liège en mil dix-sept. Il fut sacré par saint Hèribert de Cologne , et il contribua ensuite à le réconcilier avec l'empereur. Il ne tint le siège que quatre ans , et mourut le vingtième d'avril mil vingt-un. Son successeur fut Durand, né serf, mais lellement distingué par sa science et sa vertu , que saint Yolbodon l'avoit recommandé à l'empereur, qui l'èleva à cette dignité, et le mit ainsi au-dessus de ses anciens maîtres.
En Saxe , Eid , évéque de Meissen , revenant de Pologne , mourut à Leipsik le vingtième de décembre mil quinze (3). Ayant été élevé dans la communauté de Magdebourg, il n'accepta la dignité épiscopale que pour gagner des âmes à Dieu ; et quoiqu'il fût noble et riche en fonds de terres , il donna un illustre exemple de pau-
vreté évangélique. Il ne portoit point de linge, et peu d'habits ; quelquefois il étoit si transi de froid , qu'à peine pouvoit-on le réchauffer dans un poêle. Il jeûnoit rigoureusement , et marchoit plus à pieds nus qu'à cheval. Quand la nourriture lui manquoit dans ses voyages , on qu'il se trouvoit en quelque autre embarras , il remercioit Dieu , et ordonnoit à ceux qui l'accompagnoient d'en faire de même. Il étoit continuellement occupé à prêcher, à baptiser, à conûrmer, non-seulement dans son diocèse, mais en plusieurs autres. Il consacra plusieurs églises, et souvent sans dire la messe , car il la disoit rarement , faisoit rarement le saint-chrême , et ordonnoit peu de clercs. Ses larmes continuelles lui avoient affoibli la vue. De ce qu'il épargnoit sur la dépense de sa maison , il acquit à son église près de deux cents manses ou maisons de serfs. Il pratiqua pendant vingt-trois ans cette manière de vie si laborieuse , qui n' étoit pas approuvée des autres évêques, comme, de son cùlé, il n'approuvoit pas la leur. .
Sa mort fut suivie de près de celle de Maingaud , archevêque de Trêves ; et l'empereur donna ce siège à Poppon , fils du marquis Léopold et prévôt de l'église de Bamberg. Il le fit sacrer par Archambauld , archevêque de Mayence, nonobstant les remontrances de Thierry, évêque de Metz, qui prétendoit que c'étoit à lui, comme premier suffragant, à ordonner son métropolitain.
Ditmar, évêque de Mersbourg, qui nous a conservé la mémoire de ces faits, mourut luimême quatre ans après, savoir, le premier jour de décembre mil dix-neuf (1). Il éloit de la première noblesse de Saxe : ses ancêtres paternels et maternels avoient commandé des armées, et
(1) Glab.ibid.
(2; \llaS«c. 6. Ben. p.