LIVRE CINQUANTE-NEUVIÈME
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connussions la purification invisible de 1 àme-, cl saint Pierre ne laissa pas de baptiser Corneille avec l'eau, quoiqu'il eut re('u le baint- Esprit par avance {2). L'indignité du ministre ne nuit point au sacrement , parce que c est le Saint-Esprit qui opère, et Judas baptisoit comme les autres apôtres (3). Les enfants peuvent proliter de la foi d'autrui , comme le paralytique de l Evangile et la iille de la Çananée(4). Enlin, vous qui ne voulez dans 1 Eglise aucune cérémonie sensible , pourquoi observez-vous si religieusement de vous laver les pieds les uns les autres? Venant au sacrement de l'eucharistie, il dit : Quand nous offrons ce sacrifice, le pain et le vin mêlé d'eau, sanctifiés sur l'autel par la croix et les paroles de Jésus-Christ , deviennent son vrai et propre corps , et son vrai et propre sang , quoiqu ils paroissent être autre chose. L'évéque répondit ensuite à quelques objections , et rapporta quelques histoires miraculeuses , pour montrer la vérité du changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ. . .
A ce discours, tous les fidèles qui etoicnt présents fondoient en larmes , et louoient la puissance et la miséricorde de Dieu (5). Levéque se tournant vers les hérétiques , leur demanda s'ils avoient quelque chose à repondre. Us dirent , avec de grands soupirs , que ce qu'ils venoient d'entendre leur lermoit la bouche , et ils avouèrent leur fiiute , se frappant la poitrine et se prosternant par terre. Us admiroient la bonté de Dieu, qui les avoit soufferts si long-temps à la honte du nom chrétien,
occupé d'autres affaires , il se contenta de leur fair quelque questions sur leur créance ; et voyant qu'ils étoient dans l'erreur, ils les ht mettre en prison jusqu'au troisième jour. Le lendemain il ordonna un jeune au\ clercs et aux moines pour la conversion de ces here-
Tf troisième jour, qui étoit un dimanche , l'évéque vint à Notre-Dame, revêtu de ses ornements , accompagné de ses archidiacres aussi revêtus, avec les croix et les évangiles , et environnés de toute la multitude du cierge et du peuple. On chanta le i^smmeJ^xurgat Deus{i) ; puis l'évéque, s'élant assis avec les abbés et les autres selon leur rang, il ht amener les prisonniers , et fit au peuple un sermon sur leur sujet en général. Ensuite, s adressant aux prisonniers , il leur demanda quelle étoit leur doctrine et leur culte , et quel en etoit l'auteur. Us répondirent qu'ils étoient disciples d'un nommé Gandulfe d'Italie, et qu il leur avoit appris à ne recevoir point d autre écriture que les Evangiles et les écrits des apôtres ; mais il étoit venu à la connoissance de l'évéque quils rejetoient le baptême, 1 eucharistie , la pénitence , le mariage , et qu ils méprisoient les églises , et ne reconnoissoicnt point pour saints les confesseurs , mais seulement les apôtres et les martyrs. C'est pourquoi il les interrogea sur ces articles , et, commençant par le baptême , il leur dit : Puisque vous prétendez recevoir la doctrine évangelique , vous devez aussi recevoir ce sacrement , car
l'Evangile rapporte que Jésus-Christ dit a Ni- ^^f^c cVTi-noieZau'il n'y eût plus de pardon codème (2) -. Quiconque ne renaîtra point de et us ^^^"«"«^ ^^Jl'J » ^^j^ Jj^^ i»; .jeurs l'eau et de l'esprit n'entrera point dans le P^sTéVêque leur dU
royaume des cieux.
Us répondirent : La doctrine que nous avons apprise de notre maître est conforme à lEvangile car elle consiste à quitter le monde , reprimer les désirs de la chair, vivre du travail de ses mains, ne faire tort à personne, et exercer la charité envers tous ceux qui ont du zèle pour notre institut. Nous croyons qu'en gardant cette justice, on n'a point besoin de baptême , et que si on la viole , le baptême ne sert de rien pour le salut. Or, le baptême est inutile pour trois raisons. La première est la mauvaise vie des ministres, qui ne peuvent procurer le salut ; la seconde est la rechute dans les vices , auxquels on a renoncé dans le baptême ; la troisième , qu'il ne semble pas qu'un enfant qui ne désire et ne connoit pas même son salut, puisse profiter de la volonté et de la foi d'autrui.
autres. L'évéque leur dit : Vous auriez raison de craindre, vous qui défendiez aux pécheurs d'espérer aucun fruit de la pénitence ; mais si vous rejetez de bonne foi vos erreurs pour recevoir la doctrine catholique , je vous promets avec confiance le pardon de la part de
Dieu. . .
Il continua donc de les instruire , premièrement touchant les églises matérielles , qu'ils méprisoient comme n'étant que des amas de pierres , touchant l'autel , l'encens et les cloches (6). Il leur expliqua tous les ordres, depuis le portier jusqu'à revenue ; car ces hérétiques ne vouloient aucun culte extérieur , et tenoient pour indifférent quels fussent les ministres de leur religion , et en quels lieux ils en fissent l'exercice , dans des bois , dans des
carrefours , dans des cloaques. Ils ne se metloient point en peine non plus en quel lieu on les enterrât , disant que les cérémonies des funérailles n'étoient qu'une invention de l'avarice des prêtres. L'évéque les instruisit ensuite sur la pénitence , montrant qu'elle est utile même aux morts, pour l(»squels on fait des prières , des aumônes , ou d'autres œuvres pénales (1 ) ; car, dit-il , un ami peut suppléer à la pénitence que son ami n'a pu accomplir, étant prévenu par la mort.
Il passe au mariage, et dit qu'il ne faut ni le défendre généralement, ni le permettre indifféremment à tous , parce qu'il n'est plus permis à ceux qui se sont une fois engagés au service de l'Eglise. Il montre que l'on doit honorer les saints confesseurs , aussi bien que les martyrs. Il justifie la psalmodie , la vénération de la croix et des images , l'ordre des dignités ecclésiasticiues. Enfin il établit la nécessité de la grâce contre la fausse justice de ces hérétiques. Sur tous ces points il rapporte , autant qu'il est possible, des preuves tirées du nouveau Testament par les discours et les exemples de Jésus-Christ et des apôtres , mais il en allègue aussi plusieurs de l'ancien Testament (2).
Cette instruction de l'évéque dura jusqu'à la On du jour , et comme il vit que les hérétiques paroissoient convaincus , il leur ordonna de condamner leurs erreurs , et lui-même en prononça ainsi la condamnation avec tous les abbés,*les archidiacres et le clergé (3) : Nous condamnons et anathématisons cette hérésie, qui (lit que le baptême ne sert de rien pour effacer le péché originel et les péchés actuels ; que les péchés ne peuvent être remis par la pénitence ; que l'Eglise , l'autel , le sacrement du corps et (lu sang de Notre Seigneur ne sont autre chose que ce que l'on voit des yeux du corps, regardant ce sacrement comme une chose vile , et qui rejette les mariages légitimes. Nous condamnons cette hérésie et tous ceux qui la soutiennent. Ils ajoutèrent une profession de foi contraire à ces erreurs, où ils disent, en parlant de l'eucharistie : Nous déclarons que c'est la même chair qui est née de la vierge, qui a souffert sur la croix, qui , étant sortie du sépulcre, a été élevée au-dessus des cieux, et est assise à la droite du père.
Cette condamnation fut prononcée en latin ; mais , parce que ceux qui avoient professé l'hérésie neTentendoient pas bien, on la leur fit expliquer en langue vulgaire par un interprète, et ils déclarèrent qu'ilsacquiesçoient à la condamnation et à la profession de foi. On la leur fit souscrire, comme ils pouvoient , en faisant une croix , et tous les assistants , rendant grâces à Dieu, se retirèrent avec la bénédiction de l'évéque. Il envoya la relation de ce synode à un évêque voisin, que l'on croit être Renauld de Liège, pour le précautionner contre ces hérétiques ,
qui avoient su se déguiser si bien dans son diocèse qu'il les avoit laissés aller impunis. Gérard ajoute : Ceux qu'ils avoient envoyés chez nous pour en séduire d'autres , ayant été pris, résistoient avec une grande dissimulation , et on ne pou voit tirer leur confession par aucua tourment, jusqu'à ce que, étant convaincus par ceux qu'ils avoient presque infectés de leur erreur, ils nous en expliquèrent une partie.