VI. Retraite de sainte Cunégonde
En Allemagne, l'impératrice Cunégonde , se trouvant libre par le décès de saint Henri , son époux, se retira au monastère de Caufunge en Hesse , près de Cassel , qu'elle avoit fondé , et dont elle fit dédier l'église le jour de l'anniversaire de saint Henri, quinzième de juillet mil vingt-cinq. Pendant la messe, elle se présenta devant l'autel, revêtue de tous les ornements impériaux, et offrit premièrement une particule de la vraie croix. Après l'évangile , elle se dépouilla de la pourpre, et se revêtit d'une tunique brune, qu'elle avoit faite de ses mains et que les évêques avoient bénie, elle se fit couper les che^ veux, qui furent gardés en son honneur dans le monastère, et reçut des évêques le voile et l'anneau, chantant les prières marquées pour la consécration solennelle des vierges (1). Ayant ainsi fait profession , elle passa dans ce monastère les quinze ans qu'elle vécut encore, mais en simple religieuse , soumise à toutes ses sœurs et humble sans ostentation. Comme elle excelloit dans les ouvrages de broderie , elle travailloit de ses mains , sachant, dit l'auteur de sa vie, qu'il est écrit (2) que qui ne travaille point ne doit point manger. Elle avoit toujours l'esprit occupé de prières ou de lectures, qu'elle faisoit elle - même ou qu'elle écoutoit ; elle visitoit les sœurs malades et prenoit grand soin des pauvres. Enfin, consumée de veilles et d'austérités, elle mourut le troisième de mars mil quarante , et fut enterrée à Bamberg prés de l'empereur, son époux; mais elle défendit qu'on lui fît de pompe funèbre. II se fit plusieurs miracles à son tombeau , et elle fut canonisée en douze cent par le pape Innocent m (3).